Accueil E Veille médias E ÉTUDE INÉDITE : comment BFMTV se cache derrière ses (nombreux) invités pour masquer son manque de pluralisme

ÉTUDE INÉDITE : comment BFMTV se cache derrière ses (nombreux) invités pour masquer son manque de pluralisme

22 juillet 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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Der­rière une appar­ente pro­fu­sion d’invités et d’experts, BFMTV parvient-elle vrai­ment à garan­tir le plu­ral­isme auquel elle est tenue ? Dans le deux­ième volet de notre con­tre-étude inédite, l’Observatoire du jour­nal­isme s’est penché sur la grille de la chaîne de Rodolphe Saadé durant le mois de mars 2025, péri­ode de référence retenue par l’Arcom et RSF pour sanc­tion­ner CNews. Le con­stat est sans appel : plu­ral­ité des invités, oui, plu­ral­isme des idées, non.

Deux­ième volet de notre con­tre-étude inédite. Le 2 juil­let dernier, l’Observatoire du jour­nal­isme vous révélait com­ment l’Arcom, qui venait de met­tre en demeure CNews au nom du plu­ral­isme, avait, dans le même temps, fer­mé les yeux sur les « déséquili­bres man­i­festes » de France Info et LCI. Par devoir d’équité, de trans­parence et d’honnêteté, nous avions passé au peigne fin, durant plusieurs semaines, les émis­sions de ces chaînes. Con­clu­sion : le plu­ral­isme des deux chaînes d’info s’est révélé large­ment con­testable en matière de traite­ment de l’information.

Mais quid de BFMTV, la chaîne de Rodolphe Saadé, le mil­liar­daire chou­chou d’Emmanuel Macron ? On fait le point.

La guerre en Ukraine, principal thème du mois de mars 2025

À l’instar de LCI et France Info, notre analyse de BFMTV porte égale­ment sur la péri­ode de mars 2025, soit la même péri­ode que celle analysée par RSF et l’ARCOM pour met­tre en demeure CNews.

Pour par­faire notre analyse, nous avons passé au crible les prin­ci­pales émis­sions d’information et de débat dif­fusées quo­ti­di­en­nement sur BFMTV : Pre­mière édi­tion, Face à face, Apolline de 9 à 10, Le Dej’In­fo, BFM Sto­ry, Face à Duhamel, Tout le monde veut savoir, 20 h BFM, les édi­tions spé­ciales, Week-end pre­mière, Le DEJ Week-end News box, C’est pas tous les jours dimanche et Long for­mat (à 21 h). Un choix qui ne doit rien au hasard puisque, là encore, ces émis­sions représen­tent l’essentiel du traite­ment poli­tique et inter­na­tion­al de la chaîne sur la péri­ode étudiée.

Pre­mier con­stat : le mois de mars 2025 est mar­qué par une forte con­cen­tra­tion de plusieurs événe­ments nationaux et inter­na­tionaux qui struc­turent durable­ment la pro­gram­ma­tion de BFMTV.

Les prin­ci­paux thèmes récur­rents sont ain­si :

  • L’évolution de la guerre en Ukraine,
  • Les rela­tions entre Don­ald Trump, Volodymyr Zelen­sky et les dirigeants européens
  • Les som­mets diplo­ma­tiques con­sacrés au con­flit russo-ukrainien
  • Le procès des assis­tants par­lemen­taires du RN et les con­séquences poli­tiques pour Marine Le Pen
  • Les réqui­si­tions con­tre Nico­las Sarkozy dans le dossier libyen
  • Le procès de Gérard Depardieu
  • La dis­pari­tion du jeune Émile
  • De nom­breux faits divers forte­ment médiatisés

Dans le détail, si cer­taines affaires font l’ob­jet d’un suivi qua­si­ment con­tinu sur plusieurs journées con­séc­u­tives, c’est bien la guerre en Ukraine qui demeure un sujet per­ma­nent. Elle tient la palme du sujet le plus traité au cours du mois de mars 2025, mois mar­qué par les négo­ci­a­tions de cessez-le-feu ini­tiées par Don­ald Trump.

Les annonces diplo­ma­tiques, les réu­nions inter­na­tionales organ­isées à Paris, les pris­es de posi­tion des autorités français­es et européennes, ain­si que les déc­la­ra­tions des dirigeants améri­cain et russe ali­mentent ain­si quo­ti­di­en­nement les dif­férentes édi­tions d’information.

En out­re, l’affaire Émile con­stitue aus­si l’un des prin­ci­paux fils con­duc­teurs de la pro­gram­ma­tion de la sec­onde moitié du mois. Les nom­breuses gardes à vue, les déc­la­ra­tions du pro­cureur de la République, les hypothès­es d’en­quête ain­si que les analy­ses de spé­cial­istes don­nent lieu à une cou­ver­ture très soutenue, mobil­isant quo­ti­di­en­nement jour­nal­istes spé­cial­isés, anciens enquê­teurs, mag­is­trats, avo­cats, médecins légistes et psychologues.

Une récurrence des analyses

À l’instar de notre analyse de LCI et France Info, cette pho­togra­phie pré­cise des sujets abor­dés sur BFMTV cache en réal­ité un autre enseigne­ment fon­da­men­tal qui sem­ble pour­tant avoir échap­pé à l’ARCOM : la très forte récur­rence des mêmes inter­venants (qu’il s’agisse des jour­nal­istes de la rédac­tion, des édi­to­ri­al­istes ou des experts extérieurs). Autrement dit : les faits d’actualité sont présen­tés sur la chaîne de Rodolphe Saadé d’une manière biaisée qui souf­fre peu du con­tra­dic­toire.

Ain­si, sur la péri­ode étudiée, l’OJIM a observé qu’à plusieurs repris­es au cours d’une même journée, les mêmes jour­nal­istes spé­cial­isés inter­vi­en­nent suc­ces­sive­ment dans dif­férentes émis­sions afin de com­menter l’évo­lu­tion d’un même dossier.

Il en va d’ailleurs de même pour plusieurs experts régulière­ment sol­lic­ités, notam­ment d’an­ciens mag­is­trats, anciens respon­s­ables de la police judi­ci­aire, avo­cats pénal­istes, médecins légistes ou édi­to­ri­al­istes poli­tiques, dont les inter­ven­tions se retrou­vent dans plusieurs tranch­es horaires successives.

Si cette organ­i­sa­tion édi­to­ri­ale con­tribue à assur­er une con­ti­nu­ité dans le traite­ment des prin­ci­paux sujets d’actualité, elle con­duit, par la force des choses, à une forte sta­bil­ité et une évi­dente récur­rence des analy­ses pro­posées tout au long de la journée : les mêmes inter­venants dévelop­pent en effet des raison­nements sim­i­laires devant des publics poten­tielle­ment différents.

Un manque criant de pluralisme

En out­re, notre analyse fait appa­raître un nom­bre par­ti­c­ulière­ment élevé d’invités. À pri­ori, cela pour­rait laiss­er penser que la chaîne assure ain­si une large diver­sité des points de vue.

Or, en plongeant dans le détail du par­cours de chaque invité, notre appré­ci­a­tion s’avère plus nuancée. Plusieurs dossiers observés au cours de mars 2025 révè­lent en effet une (très) forte homogénéité des analy­ses. Cette con­ver­gence appa­raît par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble dans le traite­ment du con­flit entre la Russie et l’Ukraine, des procé­dures judi­ci­aires con­cer­nant Marine Le Pen, des développe­ments de l’af­faire Émile et bien sûr dans le traite­ment des con­séquences diplo­ma­tiques de la poli­tique menée par Don­ald Trump.

Il ressort de notre étude que les analy­ses alter­na­tives demeurent qua­si inex­is­tantes en com­para­i­son aux com­men­taires dévelop­pés de manière récur­rente par les prin­ci­paux inter­venants.

Recherche désespérément contradictoire

Prenons l’exemple du con­flit rus­so-ukrainien, sujet présent tout au long du mois de mars 2025. Si les invités de la chaîne appar­ti­en­nent prin­ci­pale­ment au monde diplo­ma­tique ou sont d’anciens respon­s­ables mil­i­taires et des jour­nal­istes spé­cial­isés, il appa­rait toute­fois qu’aucune inter­ven­tion n’exprime de véri­ta­ble cri­tique au sou­tien incon­di­tion­nel apporté à Kiev et à Volodymyr Zelen­sky par les cap­i­tales européennes. Les analy­ses, très main­stream, demeurent glob­ale­ment inscrites dans le cadre de la posi­tion diplo­ma­tique française et européenne, hos­tile à l’égard de Moscou.

Sur le volet poli­tique, il appa­rait égale­ment que les analy­ses dévelop­pées à pro­pos des procé­dures con­cer­nant Nico­las Sarkozy et Marine Le Pen présen­tent une forte homogénéité.

Si les con­séquences poli­tiques ou sociales de ces déci­sions, notam­ment les réac­tions sus­cep­ti­bles d’être provo­quées auprès de leurs électeurs, sont régulière­ment évo­quées, les plateaux don­nent très rarement lieu à une argu­men­ta­tion con­tes­tant le bien-fondé des procé­dures ou des con­damna­tions envis­agées, bien au con­traire.

Les points de vue favor­ables aux intéressés sont prin­ci­pale­ment, pour ne pas dire « unique­ment », exprimés par leurs avo­cats, leurs proches ou des représen­tants de leur famille politique.

Pour résumer, l’ob­ser­va­tion de la pro­gram­ma­tion de BFMTV sur l’ensem­ble du mois de mars 2025 met en évi­dence une grande diver­sité des inter­venants invités à l’an­tenne. Respon­s­ables poli­tiques, jour­nal­istes, diplo­mates, mil­i­taires, mag­is­trats, uni­ver­si­taires, avo­cats et spé­cial­istes de nom­breux domaines par­ticipent régulière­ment aux dif­férentes émis­sions d’in­for­ma­tion et de débat.

Toute­fois, notre analyse mon­tre que la diver­sité des pro­fils pro­fes­sion­nels ou insti­tu­tion­nels ne se traduit pas néces­saire­ment par une diver­sité équiv­a­lente des opin­ions exprimées sur cer­tains sujets majeurs de l’ac­tu­al­ité. En par­ti­c­uli­er, s’agis­sant du con­flit rus­so-ukrainien, les analy­ses dévelop­pées au cours de la péri­ode observée appa­rais­sent large­ment convergentes.

Si les inter­venants provi­en­nent d’hori­zons dif­férents, leurs appré­ci­a­tions s’in­scrivent dans une même lec­ture des événe­ments. Aucun inter­venant recen­sé au cours du mois étudié n’a par exem­ple exprimé un point de vue sen­si­ble­ment dif­férent de la diplo­matie du pou­voir exé­cu­tif français.

Notre étude met ain­si en évi­dence qu’il con­vient de dis­tinguer deux notions dis­tinctes : la plu­ral­ité des per­son­nes invitées à inter­venir à l’an­tenne ne se con­fond pas néces­saire­ment avec le plu­ral­isme des courants de pen­sée et d’opin­ion effec­tive­ment exprimés.

Julie Solveig

Voir aus­si : ÉTUDE INÉDITE. Plu­ral­isme dans l’audiovisuel : com­ment l’Arcom a fer­mé les yeux sur LCI et France Info

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