Accueil E Veille médias E Le très médiatique Nicolas Bouzou, économiste chéri du bloc central

Le très médiatique Nicolas Bouzou, économiste chéri du bloc central

18 mai 2026 | Temps de lecture : 19 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 18 347,99€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 205
61,2%

Habitué de nom­breux médias depuis des années, Nico­las Bouzou fait par­tie de cette poignée d’économistes invités dès que l’on cherche un « expert ». Mais der­rière cette omniprésence médi­a­tique, qui se cache der­rière Nico­las Bouzou ? Quels sont ses réseaux ? Ses idées ? Ses ambitions ?

« Nico­las Bouzou, écon­o­miste touche-à-tout » : voilà com­ment Le Figaro présen­tait il y a une décen­nie celui qui s’était retrou­vé face à Marine Le Pen, lors de l’émission « Vie poli­tique » de TF1, la veille des élec­tions prési­den­tielles de 2017. « C’é­tait pas­sion con­tre rai­son ; et la rai­son, c’est beau­coup plus dif­fi­cile à défendre. J’ai été le plus rigoureux pos­si­ble pour démon­tr­er que son pro­gramme économique ne tient pas la route », con­fi­ait-il au lende­main de ce débat.

Dix ans plus tard, Bouzou est tou­jours aus­si présent. Édi­to­ri­al­iste pour L’Express, à un an des élec­tions prési­den­tielles de 2027, il compte bien peser dans l’élection à coups d’articles. Récem­ment, il s’en est encore pris à dif­férentes fig­ures du « pop­ulisme » dans un papi­er amal­ga­mant Didi­er Raoult, le Brex­it, le « régime des mol­lahs », Trump, Pou­tine, Mélen­chon, et, pour bien finir, Marine Le Pen. Bien sûr, ce n’est pas la pre­mière fois que l’« écon­o­miste » sort de son champ d’expertise pour don­ner son avis sur la poli­tique française. Et sans doute pas la dernière.

Un « chien de garde » ?

On se sou­vient que c’est le jour­nal­iste du Monde diplo­ma­tique, Serge Hal­i­mi, citant le philosophe Paul Nizan, qui avait réac­tu­al­isé l’expression de « chiens de garde ». Util­isée à l’époque pour désign­er les intel­lectuels à la botte de l’ordre établi, cette expres­sion n’a rien per­du de son actu­al­ité – même si les thèmes ont logique­ment évolué.

Le but de ce livre sor­ti en 1997, et réac­tu­al­isé en 2005, était sim­ple : démon­tr­er la col­lu­sion entre pou­voirs médi­a­tique, poli­tique et économique, à l’aide d’une étude minu­tieuse de la télévi­sion et des grands jour­naux français. Évidem­ment, ce tra­vail con­sis­tait aus­si à démon­ter le traite­ment par­fois par­tial et com­plaisant de cer­tains médias français, et donc aus­si de per­son­nes, vis-à-vis des sociétés qui en sont les action­naires. Sur cette liste des « chiens de garde » de l’époque, aux côtés d’Alain Minc, Alain Duhamel, Lau­rent Jof­frin et Edwy Plenel, on retrou­vait déjà Nico­las Bouzou, même pas âgé de 30 ans. Rien de bien sur­prenant pour celui qui, depuis des années, est un habitué des médias. Comme le dis­ait lui-même l’intéressé au Nou­v­el écon­o­miste en octo­bre 2008, il veut « dur­er ». « J’aimerais être le Baschung ou le Daho de l’économie », avouait-il.

Il est vrai que le CV médi­a­tique de l’économiste est imposant : en plus d’avoir présen­té pen­dant 4 ans des chroniques économiques pour le groupe Canal+ (de 2011 à 2015), il a été inter­venant réguli­er dans les émis­sions C dans l’air sur France 5, 28 min­utes sur Arte, / 24H Pujadas sur LCI, 19H Ruth Elkrief sur BFMTV, Les décodeurs de l’é­co sur BFM Busi­ness, sur Radio Clas­sique dans Accords/Désaccords avec Guil­laume Durand. Mais ce n’est pas tout, puisqu’il est aus­si con­tribu­teur réguli­er pour Le Figaro, Les Échos, Le Temps (Genève), et édi­to­ri­al­iste à L’Ex­press, comme nous l’avons dit, pour lequel il pub­lie une chronique heb­do­madaire. Pen­dant trois ans à par­tir de 2021, il a aus­si tenu l’« édi­to éco » tous les lundis, mer­cre­dis et ven­dredis dans la mati­nale de Dim­itri Pavlenko sur Europe 1 Matin.

Mais quel est donc le par­cours de cet « écon­o­miste » si prisé des médias cen­traux ? D’ailleurs, est-il vrai­ment écon­o­miste ? Né en 1976 à Boulogne‑Billancourt, diplômé de l’université Paris-Dauphine et de Sci­ences Po Paris (DEA d’économie appliquée, pro­mo­tion 1999), Bouzou a fondé le cab­i­net de con­seil Aster­ès en 2006 et il est directeur d’études au sein du MBA Law & Man­age­ment de l’université de Paris-II-Assas.

À la gauche de la gauche, les com­pé­tences de Nico­las Bouzou ne séduisent guère. En juil­let 2025, dans une vidéo inti­t­ulée « Pourquoi on ne voit jamais des vrais écon­o­mistes à la TV ? », les jour­nal­istes du média Blast esti­maient qu’être « pro­fesseur de man­age­ment et le fon­da­teur d’un cab­i­net de con­seil » ne fai­sait pas de lui un « écon­o­miste ». Pour appuy­er leur pro­pos, ils pointent du doigt l’absence de pro­duc­tion uni­ver­si­taire de l’intéressé et, surtout, revi­en­nent sur les dif­férents scan­dales qui l’ont affec­té – dont l’affaire « Uber files », sur laque­lle nous revien­drons. Mal­gré cela, à chaque fois qu’il passe sur un plateau, la men­tion « écon­o­miste » accom­pa­gne son ban­deau de présentation.

Un homme du « bloc central »

En 2007, il pub­lie chez Eyrolles un Petit pré­cis d’é­conomie appliquée à l’usage du citoyen prag­ma­tique. Le livre est récom­pen­sé du prix spé­cial du jury Tur­got 2008 – Chris­tine Lagarde va même jusqu’à saluer une « jeune valeur mon­tante ». D’ailleurs, Nico­las Bouzou est lui-même vice-prési­dent et, acces­soire­ment, « représen­tant des lau­réats » du Cer­cle Tur­got qui remet ce prix. Ce cer­cle regroupe des dirigeants de grandes entre­pris­es et des respon­s­ables poli­tiques. On retrou­ve par­mi ses mem­bres : l’ancien directeur général des Aéro­ports de Paris Augustin de Romanet, l’ancien prési­dent de la Banque cen­trale européenne Jean-Claude Trichet, le prési­dent d’honneur de la FNCDS (Fédéra­tion nationale des cadres dirigeants et salariés) Jean-Louis Cham­bon, ou encore l’économiste habitué des plateaux Philippe Dessertine.

En 2014, il par­ticipe au groupe Keyser Söze – dont on sait peu de choses – et depuis enter­ré par Jacques Attali. Mais ce n’est pas tout. Il est aus­si le cofon­da­teur du Cer­cle de Belém, un think tank libéral, européiste et pro­gres­siste dont l’objectif est d’aboutir à des « pré­con­i­sa­tions opéra­tionnelles pour les pou­voirs poli­tiques ». Ce cer­cle pro­pose de répon­dre aux enjeux de la mon­di­al­i­sa­tion car ils « font ressor­tir avec tou­jours plus d’acuité l’existence d’une iden­tité européenne, alors les débats de société restent encore cir­con­scrits aux fron­tières nationales ». Le libéral­isme et l’européisme sont le cœur de cible de ce groupe d’intellectuels européens. À leur act­if, une tri­bune pour défendre Schen­gen et une autre qui prône pour régler la ques­tion migra­toire la destruc­tion des frontières.

Mais l’homme en veut tou­jours plus. En 2018, Nico­las Bouzou crée les Ren­con­tres de l’avenir, qui ont lieu depuis à Saint-Raphaël. Sur le site de Ren­con­tres de l’avenir, on apprend que le maire de Saint-Raphaël, Frédéric Masque­li­er, auteur du livre La dic­tature bureau­cra­tique (Her­mann, 2022), et dont David Lis­nard a fait la pré­face, fait par­tie des sou­tiens du lance­ment du pro­jet. En plus des médias La Tri­bune et de Radio Clas­sique, l’évènement a comme parte­naires GRDF, Sanofi, le cab­i­net de con­seil Eurogroup Con­sult­ing, ou encore Aster­ès (le pro­pre cab­i­net de con­seil de Bouzou). La liste des par­tic­i­pants est pres­tigieuse : du côté busi­ness, on retrou­ve Lau­rence Poiti­er-Ditez (direc­trice générale GRDF), Aurélien Hamelle (Total­En­er­gies) ou Charles Wolf (directeur France de Sanofi) ; du côté poli­tique, beau­coup de têtes con­nues de la Macronie, comme Stéphane Séjourné, Gérald Dar­manin, Clé­ment Beaune, Bruno Le Maire ou encore Ben­jamin Had­dad. Le monde de la presse n’est pas en reste avec Jean-François Achili (jour­nal­iste France Télévi­sions), Éric Chol (L’Express), François Vial (Les Échos), ou Marie Visot (Le Figaro) ; et cela, sans compter sur la rib­am­belle de per­son­nal­ités divers­es comme Lau­rent Alexan­dre (entre­pre­neur), Xavier Gorce (dessi­na­teur), Olivi­er Babeau (prési­dent de l’Institut Sapi­ens), ou les philosophes Luc Fer­ry et Pierre-Hen­ri Tavoillot.

Si on prend pour déf­i­ni­tion du « Bloc cen­tral » qu’il est l’idée d’un pou­voir poli­tique, cul­turel et médi­a­tique au cen­tre – avec des élé­ments de droite et de gauche –, fondé sur l’européisme, l’universalisme et le libéral­isme, alors on peut dire, objec­tive­ment, que Bouzou appar­tient à ce bloc.

Con­cer­nant le pou­voir poli­tique, par exem­ple, rap­pelons que Bouzou fut mem­bre (en 2011) du Con­seil d’analyse de la société. Créé par un décret du 8 juil­let 2004, par le gou­verne­ment de Jean-Pierre Raf­farin, et sup­primé par un décret du 22 avril 2013, ce con­seil devait « éclair­er les choix poli­tiques du gou­verne­ment, par l’analyse et la con­fronta­tion des points de vue, lorsque les déci­sions à pren­dre présen­tent des enjeux liés à des faits de société ». Il était aus­si com­posé « de per­son­nal­ités choisies en rai­son de leur com­pé­tence, qui sont nom­mées par arrêté du Pre­mier min­istre pour un man­dat de cinq ans renouvelable ».

En tout cas, le tro­pisme post­na­tion­al et proeu­ropéen se retrou­ve con­stam­ment dans les engage­ments de Bouzou (il suf­fit de voir son tweet lors de la Journée de l’Europe, le 9 mai 2026). Mais déjà en 2016, lors de la pri­maire de la droite en prévi­sion des élec­tions prési­den­tielles de 2017, il se déclare en faveur du can­di­dat le plus européiste qu’est Alain Jup­pé. Après la défaite de son poulain, il con­fie à Fran­ce­in­fo :

« Dans le débat poli­tique assez ten­du du moment, je trou­ve ça bien de garder une cer­taine lib­erté. J’aime bien Macron et Fil­lon, je vois les deux, mais le fait de ne pas en soutenir un me per­met de les cri­ti­quer si nécessaire. »

Plus tard, en 2022, il signe la tri­bune des « Vingt-et-un libéraux » – avec Raphaël Enthoven et deux per­son­nes que nous venons de citer plus haut, Olivi­er Babeau et Pierre-Hen­ri – dans laque­lle ils appel­lent à vot­er Emmanuel Macron con­tre Marine Le Pen au sec­ond tour de l’élection prési­den­tielle. La tri­bune com­mence ain­si : « Le choix en poli­tique n’est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable », écrivait Ray­mond Aron. Le préférable aujourd’hui, c’est un can­di­dat qui ne veuille pas porter atteinte aux valeurs de notre pays. Le détestable, c’est le pro­jet de Marine Le Pen, dont les valeurs sont aux antipodes de l’ADN de l’attachement à l’état de droit et aux lib­ertés fon­da­men­tales que représente la famille de pen­sée libérale. »

Nico­las Bouzou fait donc par­tie de la petite famille des « écon­o­mistes stars » qui défend­ent tous l’orthodoxie libérale, à la fois poli­tique et économique. Une chose qu’on ne peut lui enlever : c’est un libéral cohérent. Ain­si, dans un entre­tien avec le site Umanz, il expli­quait que « la grandeur de l’homme con­siste non pas à s’enraciner mais à se déracin­er ». Et à la ques­tion de la chose qui l’inquiète le plus, il répondait très hon­nête­ment « la mon­tée des fake news et des populismes ».

Un toutologue assumé

« Il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne se trompe jamais. »

En don­nant son avis depuis plus de vingt ans sur la poli­tique, Nico­las Bouzou n’a pu échap­per à ce proverbe français bien con­nu. Loin de le dis­créditer, cer­taines de ses erreurs ne l’ont pas écarté des médias ou des colonnes des journaux.

Il faut admet­tre que Bouzou est un auteur pro­lifique – plus d’une ving­taine de titres ! –, et qui se risque sur des sen­tiers s’éloignant de son domaine de com­pé­tence ini­tiale. Si ses sujets sont très large­ment économiques (Krach financier (Eyrolles, 2008), Le Cap­i­tal­isme idéal (Eyrolles, 2010), Le Cha­grin des class­es moyennes (J.-C. Lat­tès, 2011), Pour un libéral­isme pop­u­laire (L’Observatoire, 2022)), cela ne l’empêche pas de par­ler d’autres sujets (Le Grand Refoule­ment, Stop à la démis­sion démoc­ra­tique (Plon, 2015), L’Amour aug­men­té (L’Observatoire, 2020), L’Éternel Sur­saut, Une his­toire con­fi­ante de France (XO, 2026).

Aus­si, cer­taines de ses pris­es de posi­tion ont pour le moins été con­testées. Déjà en 2009, le site Arrêts sur Images le présen­tait comme « l’expert omni-chaînes ». « Mais en 2008, avec la crise économique, sa cote explose : pas moins de 20 appari­tions dif­férentes, avec une nette pré­dom­i­nance dans le 19/20 de France 3, sans oubli­er l’émission « Ripostes » sur France 5. Pour 2009, on en est à 12 appari­tions. » À l’époque, il avait été appelé mas­sive­ment pour com­menter le fait que les « traders de la BNP allaient touch­er un mil­liard d’euros de primes ». Revenant sur ces mon­tants, Bouzou les décrivait « comme une bonne nou­velle pour l’économie réelle ».

Mais l’article d’Arrêt sur Images revient aus­si sur une de ses prévi­sions, en avril 2008. Dans un entre­tien avec 20 Min­utes, après le sauve­tage de la banque Bear Stearns par la Réserve fédérale améri­caine et de ban­ques anglais­es par le gou­verne­ment, il déclarait qu’il fal­lait acheter en Bourse. « Le gros de la crise ban­caire est passé », assur­ait-il. « Main­tenant, les pou­voirs publics améri­cains se con­cen­trent sur les autres acteurs financiers qui pour­raient être touchés à leur tour : les fonds de pen­sion, les hedge funds et cer­taines com­pag­nies d’assurance. C’est en tout cas le moment d’acheter en Bourse pour ceux qui ont les reins solides, on est au creux de la vague, les valeurs bour­sières ne peu­vent pas tomber beau­coup plus bas. » On pour­rait nous rétor­quer que Bouzou n’est pas le seul écon­o­miste à s’être trompé sur la crise de 2007–2008. Ceci est vrai. Toute­fois, qua­si­ment à la même époque, en 2009, celui-ci sig­nait une note pour la fon­da­tion de l’innovation poli­tique, le think tank de l’UMP, qui s’intitulait « Qua­tre propo­si­tions pour que l’Europe ne tombe pas dans le pro­tec­tion­nisme ». À l’heure où les mots « pro­tec­tion­nisme » et « sou­veraineté » sont sur toutes les lèvres, cela prête à sourire… Dix ans plus tard, il annonce aus­si un krach bour­si­er à venir :

« On va subir en 2019 un krach bour­si­er vio­lent. C’est qua­si acquis, la prob­a­bil­ité est proche des 100 ».

Covid, Ukraine, Trump : les crises pour faire avancer l’agenda européiste et libéral

Bouzou fut aus­si beau­coup act­if au moment du Covid-19. Au début de la crise san­i­taire, il fait par­tie des écon­o­mistes triés sur le volet qui, chaque semaine, et lors d’une con­férence télé­phonique, con­seil­lent l’ancien min­istre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire. « Dès le début, on s’est dit qu’il fal­lait associ­er un max­i­mum d’acteurs, y com­pris les écon­o­mistes, expli­quait l’entourage du min­istre, dans l’Opinion. […] On a regardé les écon­o­mistes qui s’expriment régulière­ment et qui ont des choses à dire. » « Il ne faut pas être naïf, c’est aus­si le moyen de traiter les écon­o­mistes pour qu’ils n’aillent pas baver ailleurs », souri­ait un par­tic­i­pant de l’époque.

Invité de la mati­nale de Bernard Poirette sur Europe 1, le 14 mars 2020, l’é­con­o­miste assur­ait qu’il était « tout à fait légitime de met­tre le monde en réces­sion pen­dant quelque temps ». Pour l’es­say­iste, les dépens­es colos­sales qu’im­pli­quait la lutte con­tre cette épidémie étaient « des investisse­ments jus­ti­fiés ». « Moi, vous savez, en matière de finances publiques, je suis quelqu’un de très rigoureux. Donc, si je vous dis ça, par­don­nez-moi, je fais un peu d’autopromotion, vous pou­vez me croire. » Aus­si pen­dant la Covid, cer­tains rap­pelèrent qu’il avait sou­vent appelé à une réduc­tion des dépens­es publiques dans le domaine de la san­té. Dans un tweet en 2014, il disait :

« On se dit la vérité main­tenant ? Dans dix ans, nous aurons deux fois trop de lits d’hôpitaux. »

Bien que libéral, il fut aus­si un défenseur du passe san­i­taire, pré­tex­tant que ce n’était pas « le passe san­i­taire qui était lib­er­ti­cide, mais bien la Covid-19 ». Tou­jours aus­si proche des poli­tiques cen­tre-droit, le 22 avril 2021, il signe une tri­bune « zéro Covid » dans Le Monde avec le maire de Cannes, David Lis­nard, qui avait dés­in­fec­té les plages de sa ville.

Enfin dernier sujet d’analyse pour Nico­las Bouzou : la guerre. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Bouzou a pris, sans sur­prise, fait et cause pour Kiev. « Sous cou­vert d’une “économie de guerre”, lit-on dans Mar­i­anne en mars 2025, néces­saire pour réarmer le pays face à la men­ace russe, représen­tants patronaux et édi­to­ri­al­istes libéraux appel­lent à nous faire tra­vailler plus, réduire les dépens­es sociales ou par­tir à la retraite plus tard, plutôt que de miser sur l’emprunt ou la réqui­si­tion des avoirs russ­es. » La guerre à l’est se présente alors comme une for­mi­da­ble oppor­tu­nité pour faire avancer l’agenda européiste et libéral.

Sans sur­prise, au lende­main de l’altercation entre Don­ald Trump, J. D. Vance et Volodymyr Zelen­sky en févri­er 2025, Bouzou en appelle à réa­gir et à « aug­menter le temps de tra­vail, par­tir en retraite plus tard, sim­pli­fi­er rad­i­cale­ment la vie des entre­pris­es, libér­er l’innovation ». Toutes les réformes qu’il pro­pose doivent se faire au nom des « impérat­ifs sécu­ri­taires » face « au risque de guerre ». Quelques jours plus tard, au micro d’Yves Calvi sur RTL, il récidive :

« Il faut qu’on passe douce­ment de l’État-providence à l’État pro­tecteur. Con­crète­ment : gel­er les dépens­es sociales, pour trou­ver 6 à 10 mil­liards d’euros très rapi­de­ment, qu’on va réin­jecter dans le bud­get de la défense. […] Les presta­tions sociales sont indexées sur l’inflation. Je pense qu’on peut, pen­dant deux ou trois ans, les désindexer. »

Bouzou a donc rejoint cette grande famille du cen­tre euro-fédéral, désor­mais mil­i­tarisé, qui s’oppose, de manière indis­tincte, à ceux présen­tés comme les « enne­mis de l’Occident ». « Être libéral, écrivait-il sur X, c’est défendre le droit, la rai­son, la lib­erté. C’est pourquoi nous serons tou­jours du côté des Ukrainiens qui lut­tent pour leur démoc­ra­tie, comme nous sommes du côté de la résis­tance afghane ou des femmes irani­ennes qui retirent leur voile. »

Lobbyiste ou économiste ?

Le pro­gramme économique de Bouzou est sim­ple : baisse des dépens­es publiques, refus de toute hausse d’impôts, et pari sur l’innovation. En clair, le cock­tail par­fait pour plaire aux patrons du pays et aux dif­férents gou­verne­ments se suc­cé­dant. Comme indiqué sur son site, Bouzou vise à « mari­er le meilleur du monde intel­lectuel et entre­pre­neur­ial » (Asterès.fr, 2025).

En tout cas, son activ­ité médi­a­tique lui a per­mis de se con­stituer un solide car­net d’adresses poli­tiques, médi­a­tiques et aus­si pro­fes­sion­nelles. Sur le site de L’Essentiel de l’Eco, on peut lire : « Le cab­i­net Aster­ès, bras armé de Bouzou, fonc­tionne à la croisée du con­seil, de la com­mu­ni­ca­tion et de la pro­duc­tion d’expertise. […] Avec une quar­an­taine d’études par an, pour des clients comme LVMH, Uber, ADP ou des mutuelles, Aster­ès a trou­vé son marché. Les tar­ifs sont acces­si­bles pour un cab­i­net de ce type – autour de 25 000 euros l’étude – ce qui favorise leur reprise dans les médias et les institutions. »

Toute­fois, au fil des années, ses activ­ités liées à son cab­i­net et ses nom­breuses appari­tions médi­a­tiques ont fait naître des soupçons. Cer­tains se sont alors demandé si l’« écon­o­miste ne jouait pas au lob­by­iste » ? D’autant plus que Bouzou a pris posi­tion publique­ment sur des sujets qui con­cer­naient directe­ment ses clients. Ain­si, en juil­let 2019, Mar­i­anne men­tion­nait que Bouzou avait pris posi­tion en faveur de la pri­vati­sa­tion d’Aéroports de Paris (ADP), notam­ment avec une tri­bune parue dans Le Figaro, où il se prononçait en faveur d’une sor­tie totale de l’État du cap­i­tal de l’entreprise, à con­di­tion de le ven­dre « très cher ». Par­fois, ces clients peu­vent aus­si se mon­tr­er « gênants ». Dans Chal­lenges, on apprend par exem­ple que Nico­las Bouzou avait tra­vail­lé pour le géant chi­nois des télé­coms Huawei. Pour celui qui « affirme défendre sys­té­ma­tique­ment les intérêts de la France », cela pas­sa mal de tra­vailler pour ce groupe soupçon­né par les ser­vices de ren­seigne­ments de faciliter l’espionnage. « Le débat s’est posé et nous avons accep­té, répond Bouzou, d’habitude plus prompt à cri­ti­quer les “enne­mis de l’Occident”. Si la ques­tion se posait à nou­veau, nous la réexaminerions. »

En règle générale, celui-ci se range sage­ment du côté de ses clients. « Quelle chance pour notre pays ! », s’exclame-t-il à pro­pos du groupe LVMH (X, jan­vi­er 2025), qui fait par­tie des groupes ayant fait appel à son cab­i­net. « Le prob­lème de la France, c’est qu’il nous faudrait dix fois plus de LVMH » (X, jan­vi­er 2025), surenchérit-il. Tou­jours dans Chal­lenges, David Ben­sous­san et Lau­rent Far­gues nous appren­nent que « le suc­cès du cab­i­net repose large­ment sur l’image de Bouzou et sa ligne macro­niste pro-busi­ness ». Un con­sul­tant cité dans l’enquête du mag­a­zine souligne sa capac­ité à « plac­er des idées dans le débat pub­lic » et à « fréquenter les dîn­ers influ­ents ». De tels liens avec ces entre­pris­es ont mul­ti­plié les accu­sa­tions de lob­by­ing. De son côté, Nico­las Bouzou assure « main­tenir une fron­tière étanche avec le lob­by­ing », même s’il ne s’interdit pas d’aller présen­ter ses travaux aux décideurs poli­tiques « en toute indépen­dance » (Mar­i­anne, mars 2025).

Il n’est pas nou­veau que les grandes entre­pris­es en quête de légitim­ité recherchent des cau­tions académiques ou des écon­o­mistes médi­a­tiques. Toute­fois, cer­tains liens posent ques­tion. Lors de la révéla­tion des « Uber Files », le 10 juil­let 2022, Nico­las Bouzou est mis en cause. En 2015, une étude fac­turée du cab­i­net fac­turait une étude « 10 000 euros hors tax­es » afin de met­tre en valeur « la con­tri­bu­tion économique » d’Uber en France. Un tra­vail accom­pa­g­né d’un « ser­vice après-vente auprès de la presse et des par­lemen­taires ». En 2023, Nico­las Bouzou a défendu son tra­vail pour l’entreprise face à la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire sur les « Uber Files ». « Mon équipe tra­vaille en totale indépen­dance […] garantie dans nos con­trats. […] Nous ne nous enga­geons jamais sur un résul­tat au préal­able », a‑t-il déclaré lors de son audi­tion du 6 avril. Pour­tant, dans une enquête du Monde, Adrien Séné­cat révèle un cour­riel envoyé par Bouzou le 1ᵉʳ avril à Uber. Après avoir « réfléchi au mode d’accompagnement qui pour­rait être le plus effi­cace pour Uber France », Bouzou écrit à la multi­na­tionale que « le plus utile serait de pub­li­er une note syn­thé­tique qui démon­tr­erait la con­tri­bu­tion d’Uber à l’économie française ».

En tout cas, cela n’empêchera pas Bouzou de con­tin­uer à rester un con­férenci­er. Présent sur de nom­breux sites (A‑Speakers, Pre­mi­um Com­mu­ni­ca­tion, Ora­tors, etc.), Bouzou fait par­tie de la longue liste des per­son­nal­ités que les entre­pris­es sélec­tion­nent pour ani­mer leurs col­lo­ques et con­férences. « Ces ren­con­tres improb­a­bles se mul­ti­plient à l’initiative des entre­pris­es et des fédéra­tions pro­fes­sion­nelles, lit-on dans Les Échos. Alors qu’elles évolu­aient repliées sur elles-mêmes jusqu’au milieu des années 90, elles recourent volon­tiers à des con­férenciers très éloignés de leur univers pour « pren­dre de la hau­teur » et mieux décrypter les vicis­si­tudes de la péri­ode actuelle. » Tan­dis que Bouzou est cité dans cet arti­cle pour l’évène­ment Pulse organ­isé par EDF, on apprend que « ce type de presta­tion coûte entre 6 000 et 7 000 euros en moyenne, pour quar­ante-cinq min­utes d’intervention suiv­ies par vingt min­utes de ques­tions-répons­es. » Bref, nous n’avons pas fini d’entendre par­ler de Nico­las Bouzou, et encore plus pour les élec­tions 2027.

Rodolphe Cart

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs :