Ojim.fr
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Violences faites aux journalistes : le Media Freedom Rapid Response

2 mars 2023

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Violences faites aux journalistes : le Media Freedom Rapid Response

Violences faites aux journalistes : le Media Freedom Rapid Response

Temps de lecture : 5 minutes

La profession de journaliste est souvent controversée et parfois risquée. Risquée, lorsque des reporters doivent, comme en Ukraine, aller au plus près des combats au péril de leur vie. Controversée, lorsque la défiance vis-à-vis des médias traditionnels ne cesse de croître en France et ailleurs. Dans un tel climat, des violences verbales ou physiques peuvent survenir. C’est afin de jauger et chiffrer cette tendance que le rapport de Media Freedom Rapid Response est publié chaque année.

Des ONG, un syndicat et l’U.E.

Ce rap­port est un état des lieux des vio­lences subies par la pro­fes­sion de jour­nal­iste. Qu’elles soient ver­bales, physiques, numériques, judi­ci­aires, il entend faire la syn­thèse de l’évo­lu­tion de ces vio­lences et de ces atteintes à la lib­erté de la presse sur l’ensem­ble de l’an­née dans les pays mem­bres de l’U­nion européenne, mais aus­si dans les pays can­di­dats. Ce doc­u­ment est issu d’une col­lab­o­ra­tion entre cer­taines ONG qui ont com­pilé le rap­port et Media Free­dom Rapid Response qui l’édite.

Par­mi les struc­tures ayant com­pilé le rap­port, se trou­ve l’In­ter­na­tion­al Press Insti­tute, créé en 1950 et qui lutte pour la « préser­va­tion de la lib­erté de la presse ». Cer­taines de ses branch­es con­sti­tu­tives dont Human Rights Watch sont financées par l’Open Soci­ety de George Soros. Ensuite, nous trou­vons la Fédéra­tion européenne des Jour­nal­istes, la plus large organ­i­sa­tion jour­nal­is­tique en Europe, créée en 1994 et comp­tant actuelle­ment 320 000 membres.

Enfin, il y a le Cen­tre européen pour la lib­erté de la presse et des médias. Dans le pan­el de ces struc­tures, nous trou­vons des mem­bres des grandes rédac­tions main­stream des pays européens, telles que la BBC ou El Paìs. Pour finir ces présen­ta­tions, soulignons que c’est la Com­mis­sion européenne qui finance ce rapport.

L’Ukraine en tête de liste

Sans sur­prise, la guerre en Ukraine occupe une par­tie notable du rap­port. Sur l’ensem­ble des sig­nale­ments recueil­lis pour com­pos­er ce rap­port, ceux liés à ce con­flit représen­tent près de 17% des cas. Ce con­flit a égale­ment fait de 2022 l’une des années les plus meur­trières pour les jour­nal­istes, puisque neuf d’en­tre eux sont morts sur le ter­rain. Le rap­port souligne que ces décès sont, pour la majorité, sur­venus dans les qua­tre pre­miers mois du con­flit durant la péri­ode où les lignes de front étaient les plus mobiles. La sta­bil­i­sa­tion du front, sur­v­enue à l’été, a dimin­ué les risques. Par­mi les neuf per­son­nes tuées, cinq l’ont été lors de fusil­lades. Notons que près de 54% des attaques ont lieu sur les lignes de front.

Si le rap­port reste rel­a­tive­ment objec­tif et factuel sur ce con­flit, nous trou­vons néan­moins un oblig­a­toire cou­plet anti-russe, lorsque les rédac­teurs indiquent que les Russ­es auraient ciblé, de manière délibérée, des jour­nal­istes et leurs équipes mal­gré le port du bras­sard « presse ». Par ailleurs, le rap­port indique qu’il y aurait « des preuves évi­dentes » que les Russ­es auraient exé­cuté au moins trois autres jour­nal­istes ukrainiens dans les ter­ri­toires occupés. Néan­moins, si les rédac­teurs insis­tent sur le fait que ces trois per­son­nes ont été tuées car elles étaient jour­nal­istes, ils notent égale­ment que « les motifs ne sont pas encore clairs ». Si le motif n’est pas encore clair, com­ment peu­vent-ils savoir que ces exé­cu­tions ont un lien avec leur pro­fes­sion de journaliste ?

851 signalements en 2022

La suite du rap­port est con­sacrée à un tour d’hori­zon sur les procé­dures abu­sives, les vio­lences per­pétrées con­tre des jour­nal­istes dans la cou­ver­ture de protes­ta­tions écologiques et, enfin, à un bref rap­port pour chaque pays membre.

En tout, il y a eu 851 sig­nale­ments en 2022 soit 197 de plus qu’en 2021. Cette aug­men­ta­tion est due au con­flit en Ukraine. Nous noterons que la France arrive en qua­trième posi­tion par­mi les sig­nale­ments effec­tués auprès de Media Free­dom Rapid Response avec 51 sig­nale­ments. D’ailleurs, le rap­port note, con­cer­nant les actions abu­sives con­tre les médias, que « La France est une zone par­ti­c­ulière­ment con­cernée sur ce sujet en 2022. ». Le rap­port cite les plaintes déposées par Avisa Part­ners con­tre Medi­a­part, Reflets et Arrêt sur images. Néan­moins, le rap­port ne revient pas sur les liens entre ce cab­i­net et l’actuel gou­verne­ment. De la même manière, le rap­port insiste à plusieurs repris­es sur le fait que des activistes d’ex­trême droite har­cè­lent, et par­fois agressent, des jour­nal­istes. L’ex­em­ple cité est celui du jet d’une chaise de bar en direc­tion de Fany Bou­caud de la part d’un mil­i­tant du RN le jour du sec­ond tour de l’élec­tion prési­den­tielle. Cepen­dant, c’est la seule fois où le rap­port se pose la ques­tion de savoir qui har­cèle et agresse les jour­nal­istes. Pour­tant, quelques affaires, telles que la séques­tra­tion de Jor­dan Flo­rentin par Yas­sine Bel­latar (2021) ou encore l’a­gres­sion du même Flo­rentin par Daph­né Deschamps (2023), mon­trent que la vio­lence à l’en­con­tre des jour­nal­istes n’est pas l’a­panage de « l’ex­trême droite ». Le rap­port cite aus­si les « vio­lences » con­tre les sup­posés fact-check­ers, Tris­tan Mendès-France ou encore Rudy Reich­stadt. Il se penche égale­ment sur les mal­heurs de Julien Pain (France Info) et Pierre Plot­tu, jour­nal­iste à Libéra­tion. Tous les qua­tre appar­ti­en­nent curieuse­ment au monde libéral libertaire.

Con­clu­ons en notant que ce rap­port, au demeu­rant plutôt factuel, demeure influ­encé par des inflex­ions poli­tiques clas­siques et ne creuse pas beau­coup les ques­tions qu’il abor­de. Il ne se penche pas sur les per­son­nes qui sont à l’o­rig­ine des atteintes rap­portées, ni même sur leurs caus­es. Attribuons-lui généreuse­ment une note de 12/20 : assez bien, con­tin­uez vos efforts en élar­gis­sant vos sources et en vous ouvrant à un peu plus de pluralisme.