Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Accueil | Portraits | Pierre Plottu
Pierre Plottu

29 mars 2021

Temps de lecture : 7 minutes

Accueil | Portraits | Pierre Plottu

Pierre Plottu

Pierre Plottu

Les yeux grands fermés

Ce jeune journaliste, spécialiste autoproclamé de l’extrême-droite, a l’attirail du parfait militant. Victime collatérale du virage éditorial de France-Soir, dont il fut viré sans ménagement, il prophétise dans Libération et Slate, telle une Cassandre antifasciste, la menace fantôme du terrorisme d’extrême-droite.

Formation

De 2011 à 2013, il suit une licence de jour­nal­isme en alter­nance partagée entre l’Institut Inter­na­tion­al de Com­mu­ni­ca­tion de Paris (IICP) une petite école privée, et l’entreprise Immo­bil­ière 3F, où il est chargé de la com­mu­ni­ca­tion externe. Sa for­ma­tion com­prend des enseigne­ments relat­ifs au jour­nal­isme de presse écrite et dig­i­tale, com­plétée par des notions de jour­nal­isme audiovisuel.

Parcours professionnel

De 2008 à 2011, il est con­seiller clien­tèle chez Soges­sur, une com­pag­nie d’assurance fil­iale de la Société Générale. De 2012 à 2013, il effectue son stage de fin d’études à la gazette locale de Mantes-la-Jolie « Cour­ri­er de Mantes », l’hebdomadaire de sa ville natale. Il pro­duit à cette péri­ode des inter­views et des por­traits de per­son­nal­ités liées à la vie locale de Mantes.

À par­tir de juin 2013, il devient ensuite jour­nal­iste en CDI chez France-Soir où il réalise des enquêtes et rédi­ge des dossiers ain­si que des por­traits. Jour­nal­iste mul­ti­tâche, il doit rédi­ger des arti­cles sur des thèmes très divers en l’absence d’une ligne édi­to­ri­ale forte : les faits divers voisi­nent avec les alertes canicules et les con­seils santé.

Il devient chef de ser­vice à par­tir de mars 2016 et se spé­cialise pro­gres­sive­ment dans le jour­nal­isme poli­tique, avec un tro­pisme pour l’extrême-droite au sens large. C’est à cette péri­ode que Xavier Azal­bert, écon­o­miste de for­ma­tion et entre­pre­neur à suc­cès, reprend le con­trôle du jour­nal et devient directeur de publication.

Des dis­sen­sions ne tar­dent pas à sur­venir entre la rédac­tion et Azal­bert, en dépit de la rentabil­ité du titre. Cette mésen­tente cul­min­era par une grève des qua­tre jour­nal­istes salariés en août 2019, dont Plot­tu et Macé, qui exi­gent une con­ven­tion col­lec­tive, l’égalité salar­i­ale et un recen­trage sur un jour­nal­isme cri­tique plutôt que pro­mo­tion­nel. L’ensemble de la pro­fes­sion s’émeut de ce con­flit et prend par­ti pour les grévistes. France Info offre une tri­bune à Plot­tu, deux semaines après le début de la grève. La direc­tion ne cède pas un pouce de ter­rain et licen­cie l’intégralité de la rédac­tion, après une réten­tion par­tielle des salaires, le 19 octo­bre 2019, pour motif économique. Au vu de l’orientation volon­tiers droitière et pop­uliste du site depuis la purge de 2019, il est aisé de devin­er l’ampleur des diver­gences idéologiques entre les protagonistes.

« Jour­nal­iste indépen­dant » à par­tir de novem­bre 2019, il devient un con­tribu­teur réguli­er de Slate et Atlanti­co, puis de Libéra­tion à par­tir de jan­vi­er 2020.

A compter de cette date, il se con­sacre entière­ment à la car­togra­phie des mou­ve­ments dits d’extrême-droite et à leur dan­gerosité du point de vue de la sécu­rité intérieure et extérieure. Toutes les thé­ma­tiques rel­a­tives à la com­mu­nau­tari­sa­tion sont passées en revue, de l’arme­ment légal à l’exode urbain. La stratégie du binôme Plot­tu-Macé sem­ble être de met­tre en exer­gue un pen­dant à l’extrémisme islamiste, en l’espèce un supré­macisme blanc, quitte à exagér­er son influ­ence, réal­isant la clas­sique symétrie des fauss­es fenêtres. A France Info, les deux hommes s’étaient déjà fait une spé­cial­ité de mon­ter en épin­gle des faits anec­do­tiques.

Son zèle mil­i­tant est tel qu’il com­pro­met par­fois la sécu­rité des envoyés spé­ci­aux mis­sion­nés par son employeur. Ain­si, lorsqu’il fait savoir que Marc de Cac­quer­ay, ancien gudard, s’est porté volon­taire aux côtés des Arméniens dans le con­flit du Haut-Karabagh, il pré­cise que « la propo­si­tion faite d’aller se bat­tre en Azer­baïd­jan s’in­scrit dans une longue tra­di­tion à l’ex­trême droite rad­i­cale ». L’article sera retiré quelques mois à la demande de l’envoyé spé­ciale de Libéra­tion en Arménie, puis remis en ligne. Cette demande fai­sait suite aux men­aces de mort adressées par des mem­bres revendiqués de l’Ar­mée secrète arméni­enne pour la libéra­tion de l’Ar­ménie (Asala) envers le quotidien.

Parcours militant

Le jour­nal­iste fig­u­rait, aux côtés de son père, sur la liste du can­di­dat du Par­ti Social­iste lors des élec­tions munic­i­pales de 2014 à Mantes-la-Jolie. En 2006, le père, Jean-Paul Plot­tu, fai­sait par­tie du comité de sou­tien des Yve­lines en faveur de la can­di­da­ture de Ségolène Royal.

Son engage­ment local remonte à plus loin, car il con­fesse dans un tweet avoir fait du sou­tien sco­laire via une asso­ci­a­tion catholique pour aider des « jeunes » de la cité du Val Four­ré, un quarti­er pri­or­i­taire et très islamisé de Mantes.

Sa nébuleuse

Maxime Macé : son com­plice de plume, écrivent la plu­part de leurs arti­cles à qua­tre mains. Diplômé de l’ESJ Paris, Macé se lie d’amitié avec Plot­tu à France-Soir.

Nico­las Lebourg : Doc­teur en his­toire et auteur d’une thèse inti­t­ulée « Les Nation­al­ismes-révo­lu­tion­naires en mou­ve­ments : idéolo­gies, pro­pa­gan­des et influ­ences (France ; 1962–2002) ». Ancien mil­i­tant à Ras l’Front, il est la cau­tion pseu­do académique du duo Plot­tu-Macé, qui relaie ses opin­ions, sou­vent peu nuancées, sur l’état des droites-extrêmes en France et dans le monde.

Rudy Reich­stadt : Les deux hommes se retwee­t­ent volon­tiers mutuelle­ment et Reich­stadt est sou­vent sol­lic­ité par le jour­nal­iste pour son éclairage anticomplotiste.

Ils ont dit

« En réal­ité, on voit que, quand on ne s’inscrit pas dans des cas de “com­plo­tisme anti­sémite”, ces accu­sa­tions relèvent sou­vent du critère suiv­ant : “Est accusée de com­plo­tiste toute per­son­ne qui ques­tionne ou remet en ques­tion la doxa médi­a­tique sur des cen­tres d’intérêt forts des néo­con­ser­va­teurs, en par­ti­c­uli­er ayant trait à la poli­tique inter­na­tionale des États-Unis et de leurs alliés” », Olivi­er Berruy­er, Les Crises, 22 mai 2018

« Alors que vient d’être votée une loi con­tre le har­cèle­ment en ligne, un grou­pus­cule d’antifas inter­na­tionaux répon­dant au nom dou­teux de Sleep­ing Giants se vante de harcel­er, sur Twit­ter, les annon­ceurs de Boule­vard Voltaire jusqu’à ce que ceux-ci s’engagent à se retir­er de notre site. […]
Ils font indi­recte­ment de la pub­lic­ité à Boule­vard Voltaire, qu’ils en soient remer­ciés. En revanche, leurs infor­ma­tions erronées nuisent à la crédi­bil­ité de leur sup­port. Cela a d’abord été un arti­cle sur France­Soir : si Pierre Plot­tu, le jour­nal­iste qui en est l’auteur, avait pris la peine de nous appel­er, il aurait évité de repro­duire sans véri­fi­er le chiffre – revendiqué par les Sleep­ing Giants – de « 1.000 annon­ceurs » man­quant à l’appel. », Boule­vard Voltaire, 29 juil­let 2019.

« Hier soir, le jour­nal­iste Pierre Plot­tu, ancien de France Soir passé chez Libé et Slate, com­men­tait ain­si l’attaque de la con­férence de Robert Ménard sur Twit­ter : « Une vidéo des affron­te­ments ». Des « affron­te­ments » ? Non. Une ten­ta­tive d’effraction, une agres­sion et une dégra­da­tion des biens publics et privés com­mis par une mil­ice. Le traite­ment médi­a­tique de l’extrême gauche de com­bat est sidérant de com­plai­sance. », L’Incorrect, 13 févri­er 2020.

« Le réel effraye sou­vent Pierre Plot­tu et les com­men­ta­teurs en général. Ne croy­ant pas en Dieu, ni à l’existence d’ethnies dif­férentes, il voudrait qu’il en soit ain­si pour tout le monde. Hélas, partout dans le monde, il est impos­si­ble d’analyser des ten­sions ou des con­flits sans ces fac­teurs essen­tiels. », Jean-Armand Kom­chouyan, prési­dent de Sol­i­dar­ité Arménie, Bil­let de France, 20 octo­bre 2020.

« Le prob­lème avec vous (Plot­tu et Macé, ndlr), c’est que vous crim­i­nalisez des trucs com­plète­ment logiques et nor­maux, comme vouloir se défendre ou fuir une ville trop dan­gereuse. Et vous rel­a­tivisez les faits qui devraient être large­ment dénon­cés. », Code Rein­ho, You Tube, 24 novem­bre 2020.

En réac­tion à l’arti­cle visant Damien Rieu : « Curieux comme les défenseurs de l’ex-future loi Avia, appelant à dénon­cer les inter­nautes dif­fu­sant de fauss­es infor­ma­tions, se pré­cip­i­tent ici, accep­tant comme preuve, la mise sur écoute de “ l’accusé” , d’une manière détournée, par un groupe de faux-jetons ayant “ infil­tré l’organisation de ce site, qui appa­raît avoir été orchestrée par le col­lab­o­ra­teur RN” […]Dites donc, les gars, quelle serait votre réac­tion si, appli­quant vos méth­odes de pour­ris, un vrai jour­nal… comme “Valeurs Actuelles” par exem­ple, osait met­tre sur écoute un attaché par­lemen­taire éti­queté  “ La France Insoumise ”… ou “ La Ripou­blique en Marche” ? », Riposte Laïque, 28 novem­bre 2020.

Réponse à l’arti­cle à charge accu­sant Guil­laume de Thieul­loy de partager des iden­ti­fi­ants de monéti­sa­tion pub­lic­i­taire avec un blogueur néon­azi : « La dernière pos­si­bil­ité est non idéologique: les mag­nifiques « enquê­teurs » de Libéra­tion (qui ont, pour l’essentiel, copié-col­lé ce que cer­tains de leurs con­fères avaient déjà écrit sur moi, mais en réus­sis­sant le tour de force de se tromper à plusieurs repris­es dans ces copi­er-coller!) ont bel et bien été regarder le code source du site de ce M. Del­bau­vre et y ont trou­vé le code de notre compte… par­mi des dizaines ou des cen­taines d’autres. Car, effec­tive­ment, on trou­ve bien les codes AdSense des sites que je dirige, mais au milieu d’articles repris des­dits sites. Si vous copiez un arti­cle de Libéra­tion sur votre site, vous copiez aus­si, dans le cas général, les liens vers les pub­lic­ités de Libéra­tion. Cela implique-t-il que Libéra­tion entre­tient une col­lu­sion cachée avec le nazisme? Pas sûr que nos plumi­tifs soient aus­si favor­ables à l’amalgame en ce cas… », Guil­laume de Thieul­loy, Le Salon Beige, 14 décem­bre 2020.

Il l’a dit

« C’est ici, presque en face de l’en­trée du mag­a­sin Cita­di­um, que Clé­ment Méric est mort le mer­cre­di 5 juin 2013. En pleine après-midi, au milieu des pas­sants nom­breux dans cette rue com­merçante, une bagarre éclate entre deux groupes. D’un côté, le jeune mil­i­tant de l’Ac­tion antifas­ciste Paris ban­lieue et étu­di­ant à l’In­sti­tut d’é­tudes poli­tiques de Paris et plusieurs de ses amis; de l’autre des mem­bres des Jeuness­es nation­al­istes révo­lu­tion­naires (JNR), un grou­pus­cule d’ex­trême droite dis­sous depuis. La rixe est vio­lente (cer­tains témoins évo­quent un poing améri­cain), mais brève. Très vite, Clé­ment Méric s’ef­fon­dre. Le jeune homme de 18 ans qui se remet­tait d’une leucémie est mort. », France Soir, 26 mai 2015. Pour une recen­sion moins par­tiale de l’Affaire Méric, con­sul­ter ce dossier.

« Les bar­bares voulaient les tuer, ils les ont ren­dus immor­tels. Arnaud Bel­trame est désor­mais immor­tel. La preuve que la République et ses valeurs de lib­erté, d’é­gal­ité et de fra­ter­nité sont plus fortes que le nihilisme islamiste des intolérants de Daech. La preuve qu’ils ne gag­neront jamais. », France Soir, 28 mars 2018.

« L’é­tranger dénon­cé ici comme un vio­leur par les iden­ti­taristes est donc avant tout et surtout un Africain, voire un Maghrébin.

Sauf que le pro­fil type du vio­leur est bien éloigné de ce qu’es­saie de faire croire la pro­pa­gande d’ex­trême droite: les sta­tis­tiques offi­cielles indiquent même que, sur les vingt dernières années, env­i­ron 80% des mis en cause sont de nation­al­ité française. Cette pro­por­tion grimpe а plus de 90% pour les vio­ls sur mineur·s. Une réal­ité des chiffres dont, et c’est un clas­sique, ne s’embarrassent pas les pro­pa­gan­distes qui instru­men­talisent tout autant les vio­lences faites aux femmes que l’é­colo­gie ou la jus­tice sociale. », Slate, 28 novem­bre 2019.

« Après, la réal­ité d’un poten­tiel pas­sage à l’acte ter­ror­iste de mil­i­tants de l’ex­trême-droite rad­i­cale –plus que celle d’un groupe de l’ex­trême droite- est matéri­al­isée par les faits. Depuis 2002, avec la ten­ta­tive d’as­sas­si­nat de Jacques Chirac par Maxime Bruner­ie d’U­nité Rad­i­cale, on au moins une ten­ta­tive par an. Rien que l’an­née dernière, deux groupes se fai­saient égale­ment arrêter : Action des Forces Opéra­tionnelles et les Bar­joles. Il y avait des pro­jets très con­crets. Pour le pre­mier, lors de l’ar­resta­tion, les ser­vices de ren­seigne­ments se sont ren­du compte que l’un d’en­tre eux était en train de con­stru­ire un lab­o­ra­toire de con­struc­tion d’en­gins explosifs. », Atlanti­co, 14 juin 2019.

« On en retien­dra que la famille des grands fachos n’aime pas qu’on s’at­taque à Soral. Et que révéler sa fuite en suisse les tit­ille. », Twit­ter, 29 novem­bre 2019.

Source illus­tra­tion : cap­ture d’écran vidéo FranceInfo