Accueil | Actualités | Médias | Schneidermann au secours de Taddeï

Schneidermann au secours de Taddeï

L’affrontement entre Frédéric Taddeï en Patrick Cohen, la semaine dernière dans « C à vous » sur France 5, ne laisse visiblement pas indifférent le monde médiatique.

Accusé en direct par Patrick Cohen de donner la parole à des gens « peu fréquentables », Frédéric Taddeï était parvenu à se défendre, au nom de la liberté d’expression et à moucher son confrère sur le plateau d’Alessandra Sublet. Mais l’affaire fait à présent des vagues.

L’attaque de la meute

Le journaliste Bruno-Roger Petit, a ainsi affirmé sur Le Plus du Nouvel Obs, que les invités de « Ce soir (ou jamais !) » n’étaient rien d’autre que des « ennemis du système républicain », des « personnalités peu recommandables d'un point de vue républicain » ou encore des « représentants des France extrémistes »… Pour lui, le principal problème est que la contradiction ne leur serait jamais donnée. Quelle contradiction ? Celle de « la gauche traditionnelle, celle qui est l'héritière directe de 1789, la gauche socialiste et social-démocrate, la gauche socialiste et républicaine, la gauche libérale et sociale, n'est jamais la mieux représentée et incarnée chez Taddeï ». La télévision doit ainsi porter la bonne parole de gauche. Ça a le mérite d’être clair.

Autre sortie anti-Taddeï, Frédéric Haziza, journaliste sur LCP et Radio J, a accusé l’animateur, sous un angle qui lui est cher, d’inviter des « pseudo-intellectuels antisémites ». Le même Haziza qui sur Radio J avait déclaré en 2008 : « Tout au long de ma carrière de journaliste, j’ai toujours défendu Israël ». Cyril Hanouna, animateur de « Touche pas à mon poste », s’est quant à lui plaint d’une trop grosse place faite à la culture à la télévision (sic !)… « On peut pas laisser passer ça ! » s’est-il indigné, déplorant que Taddeï fasse trop peu d’audience et qu’il n’y ait pas assez de place pour les copains. « On laisse trop de place à ces gens-là ! » a-t-il poursuivi, déterminé. Enfin, pour conclure en beauté, Claude Askolovitch, dans son style habituel mêlant grossièreté et indignation lyrique, estime sur son compte Twitter que Taddeï « invite les salauds que les autres ne valident pas ailleurs, et qu’il offre une tribune au racisme, à l’antisémitisme et à l’islamophobie… »

Schneidermann à la rescousse

Face à la meute clouant Taddeï au pilori médiatique, Daniel Schneidermann du site @rrêt sur images a tenu à défendre l’animateur et son émission dans une tribune parue dans Libération.

[blockquote align="right" cite="Daniel Schneidermann" citeLink="http://www.liberation.fr/medias/2013/03/17/la-liste-de-patrick-cohen_889214"]« Un théologien, un humoriste, un publiciste inclassable, un écrivain : voici la liste des proscrits, des interdits, des bannis, dressée pour la première fois, tranquillement, sur un plateau de télé convivial et sympathique. » Daniel Schneidermann[/blockquote]

Dénonçant une « liste noire » d’invités à proscrire, Schneidermann a fait remarquer que « les quatre proscrits [Dieudonné, Alain Soral, Tarik Ramadan, Marc-Edouard Nabe mis en cause par Cohen] sous une forme ou une autre, ont dit des choses désagréables sur les juifs, Israël, ou le sionisme ». Une remarque qui explique également le profil pro-israélien de la plupart de ceux qui se sont indignés contre Taddeï. « Être journaliste, c’est choisir, trier, hiérarchiser. Mais aucune raison d’en faire une question de principe, et de proclamer que même la baïonnette dans les reins, on n’invitera pas Bidule » a-t-il ajouté, mettant le doigt sur le caractère partisan des positions de Cohen, officiant sur France Inter, et donc sur le service public.

Aussi, le patron d’ASI considère cet état d’esprit comme relevant de la « faute professionnelle » : « se priver d’invités intéressants parce qu’on n’est pas d’accord avec eux est, pour un journaliste payé par le contribuable, une faute professionnelle. Et non seulement c’est indéfendable, mais c’est contre-productif. » « Le pré carré audiovisuel, s’il veut rester un lieu crédible de débat d’idées, n’a donc plus d’autre choix que de s’ouvrir aux paroles jadis bannies, quitte à leur opposer une contradiction vigoureuse et argumentée, ou à les prendre à leur propre piège de la dialectique », a-t-il conclu.

Une bouffée d’air frais qui ne fera pas de mal à Frédéric Taddeï et à son émission, une des seules qui valent encore son pesant d’intérêt… précisément pour les raisons qui lui sont reprochées.

Crédit photo : puremedias/France 5 via Dailymotion – capture d’écran vidéo

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l'Observatoire du journalisme, c’est contribuer au développement d’un outil indépendant, librement accessible à tous et à votre service.

Notre site est en effet entièrement gratuit, nous refusons toute publicité et toute subvention - ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépendance. En donnant 100 € vous financez un portrait de journaliste et avec l'avantage fiscal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En donnant 200 € vous financez un dossier. Vous pouvez régler par CB, par PayPal, par chèque ou par virement. Rejoignez les donateurs de l'Ojim ! Nous n'avons pas d'autres sources de financement que nos lecteurs, d'avance merci pour votre soutien.

5% récolté
Objec­tif : mars 2019 ! Nous avons récolté 100,00€ sur 2.000,00€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux