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Renaud Dély sur Franceinfo, de délit d’opinion à délit d’État
Publié le 

20 septembre 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Renaud Dély sur Franceinfo, de délit d’opinion à délit d’État

Déjà présent sur Arte pour les infos du soir, Renaud Dély a profité du mercato d’été pour asseoir sa position étatique en rejoignant Franceinfo. Cela méritait une petite écoute matinale.

Renaud Dély, alias délit d’opinion, ayant pu être qual­i­fié de « maître étalon du poli­tique­ment cor­rect » n’est pas un incon­nu des lecteurs de l’OJIM ou des habitués des médias main­stream. Comme on le trou­ve presque dans tous les médias offi­ciels, il n’est pas sur­prenant de voir que Renaud Dély est passé par Libéra­tion, Le Parisien, Mar­i­anne, France Inter, le Nou­v­el Obser­va­teur, France 5, So Foot, RTL, Arte (« 28 min­utes »), de nou­veau Mar­i­anne, comme directeur de la rédac­tion en mai 2016. Un poste qu’il quitte en juil­let 2018 pour rejoin­dre Fran­ce­in­fo. Renaud Dély y offi­cie depuis la ren­trée médi­a­tique de sep­tem­bre 2018 en com­pag­nie de Marc Fau­velle, pour l’interview poli­tique de 8 h 30, en rem­place­ment du cou­ple Aphatie/Tou­s­saint. Les médias de l’État sont les lieux de repli, home sweet home, des petits sol­dats de la « Médi­archie » (Yves Cit­ton, Médi­archie, Seuil) et le turn over est une con­di­tion du main­tien de la même parole médi­a­tique un peu partout. Les mêmes voix, les mêmes plumes, cha­cun à son tour sur le même fau­teuil.

Un petit tour avec Dély

Fran­ce­in­fo, c’est un des nom­breux médias de l’État français, financé par l’argent pub­lic. Un média qui donne au monde une image de la France con­tem­po­raine, tout en orches­trant l’opinion quo­ti­di­enne. Du coup, être en respon­s­abil­ité de l’interview poli­tique de 8 h 30 n’est pas anodin. Un peu d’écoute, au hasard : le 7 sep­tem­bre 2018, Marc Fau­velle et Renaud Dély, dont les obses­sions au sujet des divers­es droites, et par­ti­c­ulière­ment de tout ce qui a trait aux droites sou­verain­istes, sont de notoriété publique, rece­vaient Sébastien Chenu, porte-parole du Rassem­ble­ment Nation­al au sujet de l’élection d’un rem­plaçant au per­choir de l’Assemblée Nationale, de « la dif­fi­cile ren­trée du gou­verne­ment » et plus générale­ment de l’actualité poli­tique. Ver­ba­tim : 

Démission de Hulot et climat
  • Dély lance Chenu sur la démis­sion de Nico­las Hulot, indi­quant que par­mi les « véri­ta­bles enjeux de cette ren­trée » il y a « l’enjeu cli­ma­tique ». La réponse de Chenu porte sur le fait que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit « 250 mil­lions de migrants cli­ma­tiques poten­tiels ». Ce n’est pas l’objectif de Dély qui insiste : « Mais, sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, c’est quoi le pro­gramme du Rassem­ble­ment Nation­al, j’ai regardé j’ai rien trou­vé » (petit sourire en coin). D’emblée, le sol­dat Dély est rede­venu petit mil­i­tant libéral lib­er­taire et le jour­nal­iste a dis­paru. Il n’y a pas d’interview mais un inter­roga­toire dont l’objectif est de délégitimer les con­cep­tions du courant que Dély s’est don­né comme enne­mi depuis son pas­sage à Libéra­tion il y a plus de vingt ans. Instance accusatrice : « Vous êtes pour le diesel ». Autre instance : « Vous êtes con­tre l’éolien ». Chenu indique que « son effi­cac­ité n’est pas prou­vée ». Inter­ven­tion agacée de Marc Fau­velle : « Com­ment ça son effi­cac­ité n’est pas prou­vée ? Cela ne pro­duit pas d’électricité ? ». Vraie mal­hon­nêteté des deux mil­i­tants (par­don, jour­nal­istes) qui ne peu­vent ignor­er — étant don­né leur méti­er — les cri­tiques con­cer­nant l’éolien. Sourire de Marc Fau­velle, dont il faut rap­pel­er qu’il n’est pas là, pas plus que Dély, pour com­bat­tre une opin­ion mais pour don­ner la parole à un invité que l’on soit d’accord avec lui ou pas.
Wauquiez et l’immigration
  • Sec­ond thème : la ren­trée poli­tique de Lau­rent Wauquiez sur l’immigration. Ou plutôt une obses­sion libérale cul­turelle : la néga­tion de l’immigration. Un extrait du dis­cours de Lau­rent Wauquiez par­lant de « l’immigration de masse » dev­enue « une men­ace cul­turelle pour la civil­i­sa­tion européenne» est dif­fusé. Dély se demande quelle est la dif­férence avec le RN. Réponse très cri­tique de Chenu con­tre Wauquiez. Comme cela ne prend pas la tour­nure voulue, et comme un cheveu sur la soupe, Dély coupe la parole à son invité : « Donc, vous, vous prônez l’union des droites avec Wauquiez ? ». Et dans la foulée: « C’est un prob­lème cet isole­ment du RN, cet isole­ment depuis la créa­tion du FN ?» Dély voudrait savoir qui dirig­erait la liste du RN aux européennes : « On évoque un écon­o­miste incon­nu du grand pub­lic, Hervé Juvin ». Manière automa­tique de décrédi­bilis­er, pour­tant Juvin doit être un peu con­nu au moins autant que le nom de « Renaud Dély » auprès du « grand pub­lic ». Insis­tance méprisante (dans le ton, cela mérite d’être enten­du ici, 13’53 pour l’insistance sur le « qui »).
Les élections européennes
  • C’est déjà le troisième thème : l’Europe et les élec­tions qui approchent. Dély : « Alors, en vue des prochaines élec­tions européennes en mai prochain, il y a un cli­vage qui se met en place [que les médias et les ten­ants de Brux­elles met­tent en place en effet depuis début sep­tem­bre en réal­ité] entre d’un côté les nation­al­istes et de l’autre les pro­gres­sistes, pour repren­dre les ter­mes d’Emmanuel Macron [Dély pou­vait spé­ci­fi­er ce cli­vage en d’autres ter­mes, par exem­ple entre européens sou­verain­istes et européens libéraux, mais ce n’est pas le meilleur choix mil­i­tant], en l’occurrence Vik­tor Orban le pre­mier min­istre hon­grois et Mateo Salvi­ni, le min­istre de l’intérieur ital­ien, ont fait d’Emmanuel Macron leur prin­ci­pal adver­saire fin août et voici com­ment le chef de l’État leur a répon­du ». Tout est ici mil­i­tant : la parole est unique­ment don­née à Macron, le ton et les mots ne don­nent aucun crédit aux visions autres. Les deux jour­nal­istes omet­tent d’indiquer que l’offensive ne vient pas d’abord d’Orban ou de Salvi­ni mais de Macron qui peu après son élec­tion attaquait forte­ment ce qu’il qual­i­fi­ait alors de « dan­ger illibéral ». Notons la cita­tion de Macron : « Je ne cèderai rien aux nation­al­istes et à ceux qui prô­nent ce dis­cours de haine ». Haine ? Haine de qui, de quoi ? Ni Fau­velle ni Dély ne relèvent.
La présidence de l’Assemblée Nationale
  • Dernier thème, la prési­dence de l’Assemblée Nationale. Objec­tif de Fau­velle : coin­cer son invité sur le thème des « affaires ». En gros, si des affaires poten­tielles pèsent sur Richard Fer­rand, ne devrait-il pas se met­tre en retrait, tout comme la patronne du RN bien enten­du ? Le vis­age et la réac­tion de Fau­velle méri­tent d’être regardés (à par­tir de 20’35). Dély : « À pro­pos d’affaires, on a appris hier la quinz­ième des mis­es en exa­m­ens de respon­s­ables du RN (…) soupçon­nés de détourne­ment de fonds publics. Elle doit aus­si pren­dre du recul, Marine Le Pen ? ». Chenu indique que François Bay­rou et son par­ti sont soupçon­nés des mêmes faits mais « qu’il n’y a pas de juges nom­més pour le pour­suiv­re ». Les jour­nal­istes ne sem­blent pas trou­ver étrange que l’un soit pour­suivi, l’autre pas. Dély : « C’est une machi­na­tion ?», sug­gérant que le RN pour­rait être «com­plo­tiste ».

Pour finir, Chenu s’interroge sur le fait qu’un par­ti poli­tique se voit sup­primer ses moyens financiers sans avoir été con­damné, ce qui devrait cho­quer des mil­i­tants de gauche tels que Dély et Fau­velle, soucieux de la défense de la démoc­ra­tie. Au vu de cet entre­tien, Dély et Fau­velle sem­blent surtout attachés à leur démoc­ra­tie per­son­nelle, celle de leurs priv­ilèges entre amis.

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