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Présidentielle américaine : une presse militante en divorce avec son public
Publié le 

2 novembre 2016

Temps de lecture : 4 minutes
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Présidentielle américaine : une presse militante en divorce avec son public

L’industrie de la presse est la seule industrie qui soit garantie par la Constitution des États-Unis. Le « quatrième pouvoir », dans la vision jeffersonienne, a un rôle de censure : “la sécurité de tous réside en une presse libre… cela est nécessaire afin de conserver la pureté des eaux.” –Thomas Jefferson à Lafayette, 1823. ME 15:491.

Retour en 2016. C’est au « qua­trième » pou­voir d’être jugé à son tour. L’institut Gallup pub­lie en octo­bre une enquête qui illus­tre la méfi­ance de l’opinion à l’égard des médias : seuls 32% des inter­rogés con­sid­èrent l’information comme fiable et équitable, en baisse de 40% par rap­port à 2015. Chez les jeunes act­ifs (18–49 ans), le taux de con­fi­ance est de 26%. Ces taux sont d’ailleurs symétriques au taux de mécon­tente­ment général, mesuré lors des sondages prési­den­tiels, qui mon­trent invari­able­ment que deux tiers des améri­cains con­sid­èrent leur pays par­ti sur une mau­vaise voie.

2016 : année charnière d’un « saut qualitatif brusque » ?

Depuis les années soix­ante, les jour­nal­istes améri­cains pris indi­vidu­elle­ment ont tou­jours été poli­tique­ment par­ti­sans. Selon l’observatoire du MRC (Media Research Cen­ter), la cor­po­ra­tion jour­nal­is­tique a tou­jours voté démoc­rate avec un solide 70–80%. Dave Levinthal et Michael Beck­el, du Cen­ter for Pub­lic Integri­ty (publicintegrity.org) révè­lent le 17 octo­bre que les jour­nal­istes de la grande presse ont mas­sive­ment don­né (96%) à la cam­pagne Clin­ton plutôt qu’à celle de Trump. Ceci en con­tra­dic­tion avec la plu­part des guides de bonne con­duite des entre­pris­es de presse qui inter­dis­ent toute con­tri­bu­tion finan­cière poli­tique à leurs jour­nal­istes.

Mais l’irruption d’un can­di­dat anti-sys­tème qui dit vouloir net­toy­er les écuries d’Augias (« asséch­er le marécage », selon son expres­sion) illus­tre une muta­tion : la grande presse, en divorce avec le pub­lic, est face à une ques­tion exis­ten­tielle, celle de sa survie économique face à la com­péti­tion de médias « alter­nat­ifs » qui ont per­mis à Trump de faire jeu égal avec Clin­ton pour env­i­ron 10% des investisse­ments pub­lic­i­taires de cette dernière (inclu­ant PACs et Super PACS ). Le com­porte­ment anti-Trump des médias, d’individuel devient indus­triel.

Jorge Ramos, jour­nal­iste vedette à Uni­vi­sion, chaine améri­caine his­panophone, résume dans un édi­to­r­i­al d’Août dernier l’attitude 2016: « la neu­tral­ité n’est pas une option! », con­clu­ant que « le Jour du Juge­ment approche pour ceux qui se taisent sur Don­ald Trump ». Trump, jouant de ses provo­ca­tions, se trou­ve ain­si en col­li­sion directe avec Mon­sieur Saban, pro­prié­taire d’Uni­vi­sion et … con­tribu­teur financier de la cam­pagne Clin­ton.

Concentration capitalistique

L’industrie de la presse vit en effet un phénomène de con­cen­tra­tion cap­i­tal­is­tique qui la déracine du « ter­roir », et trans­forme le jour­nal­iste en cadre d’entreprise. Une étude de Busi­ness Insid­er (Ash­ley Lutz, 14 juin 2012) révèle que 6 multi­na­tionales con­trôlaient la plus grande par­tie des médias améri­cains, con­tre 50 en 1983. Elles généraient plus de 275 mil­liards de dol­lars de revenus, 277 mil­lions d’américains se voy­ant « servis » par les 230 cadres supérieurs de ces firmes, selon le site Fru­gal Dad. Il est donc facile de saisir qu’au-delà de leurs biais indi­vidu­els, que cer­tains parvi­en­nent à maitris­er, les jour­nal­istes cèdent à un pen­chant bien humain : aller « dans le sens de la pente cul­turelle et poli­tique», oubliant le jour­nal­isme d’investigation, nég­ligeant la poutre qui est dans l’œil de leurs action­naires.

L’arroseur arrosé

La cam­pagne prési­den­tielle améri­caine 2016 a com­mencé comme une comédie, aboutisse­ment de plusieurs années de propul­sion de Don­ald Trump dans l’imaginaire améri­cain. Tous les médias s’accordent à dire, avec regret, que Trump a béné­fi­cié de plus d’un mil­liard de dol­lars de « pub­lic­ité gra­tu­ite » dans la pre­mière phase de la cam­pagne, lui offrant l’oxygène suff­isant pour écras­er Jeb Bush et 16 autres can­di­dats répub­li­cains. Trump était alors un Berlus­coni utile, dont toutes les incar­tades étaient pris­es avec le sourire, parce qu’il rendait les répub­li­cains ridicules, les écar­tant du chemin, en atten­dant d’imploser lui-même.

Et c’est lors de sa con­sécra­tion par la con­ven­tion répub­li­caine de juil­let que la presse a réal­isé qu’elle avait créé un mon­stre. D’ag­o­nal, le con­flit est devenu polé­mologique.

Mais est-ce effi­cace? Après trois mois d’incrimination médi­a­tique, le sondage Suffolk/USA Today du 31 octo­bre annonce que 75,9% des améri­cains sont con­va­in­cus que les médias veu­lent faire élire Hillary Clin­ton. NBC, CBS, ABC, CNN, et naturelle­ment Uni­vi­sion représen­tent le noy­au dur de la « détrump­i­sa­tion for­cée». Quelques rares com­men­ta­teurs de ces groupes se sou­vi­en­nent cepen­dant qu’ils furent jour­nal­istes dans une autre vie, tel Jack Tap­per et Char­lie Rose. Hos­tiles à Trump et ce qu’il représente, ils ne se com­por­tent cepen­dant pas en aux­il­i­aires de la cam­pagne Clin­ton et sont capa­bles d’une grande sévérité à l’égard de cette dernière.

Trump, au sein de la  cav­erne  des priv­ilégiés, ne trou­ve appui que de la part de cer­taines équipes de Fox News (celles du lever et du couch­er du jour, les autres lui étant hos­tiles selon le moment). Mais c’est « hors cav­erne » qu’il puise son mojo, dans le monde réel du nou­veau Far West médi­a­tique, celui des médias soci­aux alter­nat­ifs et anti­sys­tème, Breibart News en tête.

Le 21 octo­bre, le MRC News­busters, sous la plume de Rich Noyes explique que, du 29 juil­let au 20 octo­bre, Trump a fait l’objet d’un pilon­nage hos­tile sur 91% des sujets traités. Avec, en temps passé, 440 min­utes de con­tro­ver­s­es sur Trump, con­tre 185 min­utes sur Clin­ton mal­gré de mul­ti­ples « révéla­tions » venant de Judi­cia­ry Watch, du Project Ver­i­tas, et de Wik­ileaks. Entre les 7 et 9 octo­bre, péri­ode où Wik­ileaks a révélé les con­tenus des dis­cours de madame Clin­ton aux ban­ques (fron­tières ouvertes et libre-échange, mise en avant de deux lan­gages, pub­lic et privé), 8 min­utes ont été con­sacrées à Hillary Clin­ton, cepen­dant que 103 min­utes se focal­i­saient sur la bande mag­né­tique sex­iste de Trump (Access Hol­ly­wood), qui sor­tait au même moment. Le 20 octo­bre tout indi­quait que Trump allait vers une très grave défaite.

Renversement de tendance ?

Or, la péri­ode du 24 octo­bre au pre­mier novem­bre sem­ble invers­er la ten­dance. Les révéla­tions de Wik­ileaks sur « Clin­ton Inc. » (dérives de la Fon­da­tion), la grave sur­prise con­cer­nant l’explosion des coti­sa­tions au sys­tème de san­té Oba­macare, avaient déjà resser­ré les sondages. Mais la déci­sion du FBI de rou­vrir l’enquête sur les cour­riels Clin­ton, puis la réal­i­sa­tion que le FBI con­tin­u­ait en silence d’enquêter sur de pos­si­bles malver­sa­tions autour de la Fon­da­tion Clin­ton ont remis les comp­teurs à zéro. La cam­pagne Clin­ton a été for­cée de sor­tir plus vite que prévu sa « bombe russe » sur Trump. À savoir son « intel­li­gence avec l’ennemi sous enquête du FBI ». Les médias ont for­mé le cer­cle les deux pre­miers jours accu­sant le directeur du FBI James Comey d’esprit par­ti­san puis met­tant en doute, le 3e jour le bien-fondé légal de son inter­ven­tion. À par­tir du qua­trième jour les clin­toniens rap­por­tent que le FBI a procédé à une analyse prélim­i­naire sur deux col­lab­o­ra­teurs de Trump en regard des révéla­tions Wik­ileaks. Ils en prof­i­tent pour rap­pel­er les con­nex­ions d’affaires russ­es de Trump… nouées à la même époque où Bill et Hillary Clin­ton, ou encore leur proche John Podes­ta en nouaient eux-mêmes. À suiv­re…

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