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Espagne : la presse divisée face aux erreurs commises dans la lutte contre la pandémie

12 avril 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Espagne : la presse divisée face aux erreurs commises dans la lutte contre la pandémie

Comme l’Italie, l’Espagne a un gouvernement de gauche. Le premier ministre Pedro Sánchez est à la tête d’une coalition formée par le Parti socialiste (PSOE) et le parti d’extrême-gauche Unidas Podemos, une alliance du parti « anti-système » Podemos et des communistes.

Et comme en Ital­ie, cela se ressent dans la cri­tique des fautes graves com­mis­es par le gou­verne­ment dans la ges­tion de l’épidémie de coro­n­avirus, et qui valent à l’Espagne d’avoir rapi­de­ment dépassé l’Italie en nom­bre de cas con­fir­més et d’être troisième au classe­ment mon­di­al du nom­bre de décès provo­qués par le coro­n­avirus (selon les chiffres du 9 avril 2020 au soir, avec 18.279 décès recen­sés en Ital­ie, 16.697 aux USA, 15.447 en Espagne et 12.210 en France), et même deux­ième après Saint-Marin en nom­bres de morts par mil­lion d’habitants.

Manifestation féministe du 8 mars

Comme en Ital­ie et en France, les autorités nationales ont tardé à pren­dre la men­ace au sérieux, et en Espagne la prin­ci­pale cri­tique faite au gou­verne­ment de Sánchez porte sur l’organisation des man­i­fes­ta­tions fémin­istes du 8 mars, et notam­ment de la grande marche de Madrid avec 120.000 femmes défi­lant en rang ser­rés alors que plusieurs cen­taines de cas de COVID-19 avaient déjà été con­fir­més dans la cap­i­tale espag­nole. Le bond enreg­istré dans les sta­tis­tiques à par­tir du 9 mars con­duit cer­taines voix cri­tiques à accuser le gou­verne­ment d’avoir volon­taire­ment caché la vérité pour encour­ager la gauche et l’extrême gauche à sor­tir dans la rue ce jour-là. Le 8 mars, la min­istre de l’Égalité Irene Mon­tero, d’Unidas Podemos, défi­lait en tête de la man­i­fes­ta­tion de Madrid. Qua­tre jours plus tard, elle était testée pos­i­tive au coro­n­avirus SARS-CoV­‑2. Car­men Cal­vo, la vice-prési­dente social­iste du con­seil des min­istres, était elle aus­si en tête de la man­i­fes­ta­tion du 8 mars à Madrid.

De son côté, San­ti­a­go Abas­cal, le leader du par­ti Vox, un par­ti libéral-con­ser­va­teur classé à l’extrême droite par les grands médias espag­nols, organ­i­sait un meet­ing ce jour-là et était lui aus­si testé posi­tif au coro­n­avirus quelque temps après. Il a pu être con­t­a­m­iné par Javier Orte­ga Smith, le secré­taire général du par­ti lui-même testé posi­tif deux jours après ce meet­ing poli­tique avec 9.000 par­tic­i­pants qui se voulait être une réponse aux con­vo­ca­tions organ­isées par la gauche. Con­traire­ment au gou­verne­ment qui, après avoir encour­agé la par­tic­i­pa­tion aux man­i­fes­ta­tions du 8 mars, estime qu’il a unique­ment com­mis les mêmes erreurs que tous les autres pays occi­den­taux (même si en réal­ité, comme le fai­sait remar­quer le Viseg­rád Post le 3 mars, cer­tains pays européens ont réa­gi plus rapi­de­ment et ne con­nais­sent pas la même cat­a­stro­phe san­i­taire qu’en Espagne, en Ital­ie et en France), San­ti­a­go Abas­cal et son par­ti présen­taient leurs excus­es aux Espag­nols dès le 10 mars, tout en faisant porter la respon­s­abil­ité au gou­verne­ment de Pedro Sánchez pour avoir caché la grav­ité de la sit­u­a­tion et en rap­pelant qu’ils avaient été le seul par­ti à exiger la sus­pen­sion des vols depuis l’Italie et la Chine. Le 10 mars, le min­istre de la San­té Sal­vador Illa, du PSC (la branche cata­lane du PSOE de Pedro Sánchez), défendait l’organisation des march­es fémin­istes par le fait que l’impact réel de l’épidémie ne se serait fait sen­tir que le dimanche 8 mars au soir, ain­si que le décrivait l’édition en castil­lan du jour­nal cata­lan La Van­guardia, con­sid­éré comme étant plutôt de droite, dans un arti­cle du 10 mars inti­t­ulé « Coro­n­avirus – Le gou­verne­ment jus­ti­fie le déroule­ment des march­es du 8 mars par le fait que la sit­u­a­tion a changée ‘le dimanche dans la soirée’ ».

Ligne de défense gouvernementale

Il n’empêche : désor­mais, toute cri­tique de l’attitude du gou­verne­ment espag­nol le 8 mars est con­trée par les médias qui lui sont favor­ables au moyen de ce rassem­ble­ment de Vox. Exem­ple typ­ique : sur le site de la télévi­sion publique RTVE, un arti­cle du 31 mars inti­t­ulé « Abas­cal demande à Sánchez de démis­sion­ner et de laiss­er la place à un gou­verne­ment d’urgence nationale » est illus­tré par une pho­to du leader de Vox avec la légende « Le leader de Vox, San­ti­a­go Abas­cal, pen­dant le meet­ing du 8 mars ». C’est d’ailleurs la ligne de défense du gou­verne­ment, comme on peut le voir dans cet arti­cle de La Van­guardia du 26 mars inti­t­ulé « Irene Mon­tero réap­pa­raît après sa quar­an­taine et reproche aux droites leurs cri­tiques du 8 mars », avec en chapô : « La min­istre de l’Égalité rap­pel que le même week-end il y a eu ‘des cen­taines d’événements’ comme le con­grès de Vox à Vistale­gre ».

Autre ligne de défense, la cri­tique des man­i­fes­ta­tions fémin­istes du 8 mars serait dirigée con­tre les femmes. Comme on peut le lire dans le même arti­cle de La Van­guardia, « Dans une déc­la­ra­tion à La Sex­ta [une des chaînes privées de la TNT en Espagne, NDLR], la numéro deux de Podemos a cri­tiqué ‘le niveau d’agressivité et de haine avec lequel l’extrême droite essaie de point­er du doigt les femmes en rela­tion avec la man­i­fes­ta­tion du 8 mars et la crise du coro­n­avirus ». Dans ces deux arti­cles de La Van­guardia, le jour­nal se con­tente de relater les pro­pos des uns et des autres, sans pren­dre posi­tion, ce qui est vrai aus­si pour un autre arti­cle du 31 mars où il est expliqué qu’après les attaques de Mon­tero con­tre ceux qui cri­tiquent les man­i­fes­ta­tions du 8 mars, « Le PP [Par­ti pop­u­laire, de cen­tre-droit, NDLR] demande une étude indépen­dante pour analyser l’impact du 8 mars sur l’augmentation des con­ta­gions ».

Points de vue contraires

El País, équiv­a­lent espag­nol du Monde, infor­mait ses lecteurs le 12 mars que les march­es du 8 mars avaient été con­vo­quées en con­tra­dic­tion avec les recom­man­da­tions du Cen­tre européen de préven­tion et de con­trôle des mal­adies (CEPCM). Sans sur­prise, l’article pub­lié par ce jour­nal de gauche favor­able au gou­verne­ment de Sánchez com­mençait ain­si : « Madrid a accueil­li dimanche la marche fémin­iste du 8 mars, avec 120.000 par­tic­i­pants, ain­si que le meet­ing de Vox, avec 9.000 per­son­nes rassem­blées dans un lieu fer­mé comme Vistale­gre [un com­plexe situé à Madrid, NDLR], alors que la ville rem­plis­sait depuis au moins trois jours les con­di­tions sous lesquelles l’agence de san­té publique européenne remet en ques­tion ce type d’événements et décon­seille même à la pop­u­la­tion de s’y ren­dre. »

Le jour­nal ABC, équiv­a­lent espag­nol du Figaro, mul­ti­plie au con­traire les arti­cles sur l’impact des man­i­fes­ta­tions du 8 mars en soulig­nant l’attitude irre­spon­s­able du gou­verne­ment de Pedro Sánchez. Exem­ple le 8 avril, un mois après, dans un arti­cle inti­t­ulé « L’inaction du gou­verne­ment : un mois à la remorque du coro­n­avirus après plusieurs semaines passées à min­imiser le risque ». En haut de l’article pub­lié sur le site Web d’ABC, une vidéo exposant le com­porte­ment de la min­istre de l’Égalité Irene Mon­tero, qui a, après avoir par­ticipé à la man­i­fes­ta­tion du 8 mars à Madrid et avoir été testée pos­i­tive, rompu sa quar­an­taine avant d’être à nou­veau testée pos­i­tive, avec en fin de vidéo une cita­tion de la min­istre qui rap­pelle fort l’argument avancé par le gou­verne­ment français, notam­ment pour jus­ti­fi­er les élec­tions munic­i­pales du 15 mars (qui sont, dans le con­texte de la crise san­i­taire actuelle, l’équivalent français des man­i­fes­ta­tions fémin­istes du 8 mars en Espagne) : « Nous avons agi en tout temps con­for­mé­ment à ce que con­seil­laient les experts et les autorités san­i­taires ». Dans son arti­cle, ABC dresse la liste des erreurs et nég­li­gences com­mis­es par le gou­verne­ment espag­nol depuis le mois de jan­vi­er et cri­tique le men­songe con­sis­tant à dater le début de l’épidémie au 9 mars, jour où le nom­bre de cas offi­cielle­ment con­fir­més a curieuse­ment dou­blé pour dépass­er la barre des mille. Dans un édi­to­r­i­al pub­lié le 8 avril sous le titre « Deman­der par­don », ABC appelle le gou­verne­ment espag­nol à recon­naître son erreur du 8 mars, à accroître la trans­parence et à deman­der par­don aux Espag­nols.

À l’instar de Giuseppe Con­te en Ital­ie et d’Édouard Philippe et Emmanuel Macron en France, Pedro Sánchez sem­ble tou­jours estimer que son gou­verne­ment a été un des plus rapi­des à réa­gir pour con­tenir la pandémie de COVID-19. L’heure des comptes vien­dra sans doute après la crise.

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