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Anne-Élisabeth Lemoine

4 janvier 2022

Temps de lecture : 6 minutes
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Anne-Élisabeth Lemoine

4 janvier 2022

Temps de lecture : 6 minutes

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, vise à construire une télévision débarrassée des hommes blancs de plus de 50 ans, Anne-Élisabeth Lemoine en est une des incarnations.

Origines et formations

Troisième d’une fratrie de sept enfants, Anne-Elis­a­beth Lemoine voit le jour le 29 juil­let 1970 au Plessis-Trévise, dans le Val-de-Marne.

Son père, Jean-Pierre Lemoine, est préfet. Fils d’un boulanger, il arrête pré­co­ce­ment ses études et passe le bac par cor­re­spon­dance. Après avoir passé le con­cours en interne, il intè­gre l’E­NA et devient le cama­rade de pro­mo d’Alain Jup­pé. Il fait une car­rière mar­quée par de nom­breuses muta­tions. Désor­mais à la retraite, Jean-Pierre scrute les courbes d’audiences de sa fille. Cette dernière con­fie d’ailleurs, « il est pire qu’un producteur ».

Sa mère est aus­si fonc­tion­naire. Inspec­trice du Tré­sor, elle passe une par­tie de sa vie en Algérie puis à Metz. Elle s’en­gage au sec­ours catholique puis à la CFTC avant de devenir maire du Plessis-Trévise.

Comme le note Libéra­tion, « la ten­dance famil­iale est plutôt de cen­tre droit, si ce n’est chré­tien-social [1]». Une ten­dance que garde « Babeth », comme cer­tains l’ap­pel­lent, en se ren­dant quelque fois à la messe. Avant de paraître sus­pecte aux yeux du « Tout-Paris », elle le ras­sure en se dis­ant « à fond » pour le mariage homo­sex­uel et l’a­vorte­ment, comme le pré­cise Libéra­tion[2]. Une pré­ci­sion utile pour ne pas pass­er pour un de ces « cerveaux malades » qu’exècrent Patrick Cohen.

Ado­les­cente, elle se décide à inté­gr­er une mai­son d’é­d­u­ca­tion à la Légion d’hon­neur, pour­tant réservée aux filles, petites-filles et arrières petites-filles des décorés français ou étrangers, aux orphe­lins de guer­res ou aux pupilles de la nation, trois con­di­tions que la jeune Anne-Élis­a­beth ne rem­plit pas. Ce qui ne l’empêche pas, grâce à cette école, de pra­ti­quer le théâtre jusqu’à accéder aux mati­nales de la Comédie française. Par ailleurs elle ne manque pas, à l’oc­ca­sion, d’aller aux goûters de Noël de l’Élysée. Élève bril­lante, elle passe par khâgne et hypokhâgne, avant d’obtenir un diplôme du cen­tre d’é­tudes lit­téraires et en sci­ences appliquées à la Sorbonne.

Parcours professionnel

Sa car­rière com­mence en tant que reporter sur Radio Monte-Car­lo. C’est à cette péri­ode que Marc-Olivi­er Fogiel la repère et l’en­gage pour son émis­sion On ne peut pas plaire à tout le monde, dif­fusée sur France 3. Elle reste dans l’émis­sion jusqu’en 2006. Par­al­lèle­ment, elle suit Marc-Olivi­er Fogiel sur France Inter où il ani­me Vous écoutez la télé. Lorsque l’émis­sion sera trans­férée sur RTL, elle sera la seule chroniqueuse à garder son poste au sein de l’équipe. En 2006, son men­tor quitte France Télévi­sion pour aller sur M6 ani­mer T’empêches tout le monde de dormir. Il emporte avec lui sa pro­tégée, qu’il charge de lire les SMS des téléspec­ta­teurs durant l’émis­sion. Cette même année, et tou­jours au sein du groupe M6, elle rejoint l’équipe de Pierre Les­cure dans Ça bal­ance à Paris.

L’an­née 2007 est celle de son éman­ci­pa­tion vis-à-vis de l’actuel patron de BFMTV. À la télé, elle quitte France Télévi­sion pour aller sur Canal+ en devenant chroniqueuse média dans L’Édition spé­ciale, ani­mée par Samuel Éti­enne puis Bruce Tou­s­saint. Côté radio, elle rejoint France Info où elle ani­me Elle se mêle de tout, en alter­nance avec Hélène Tram Long. Par­al­lèle­ment et sur la même sta­tion, elle ani­me une chronique, dans l’Hy­per revue de presse en quo­ti­di­enne. Lorsqu’en 2011 la Nou­velle édi­tion suc­cède à l’Édition spé­ciale, elle con­serve son poste de chroniqueuse média, puis fait ses débuts d’an­i­ma­trice en tant que rem­plaçante d’Ali Bad­dou entre 2012 et 2014. En 2012, elle cesse toute ses activ­ités radio afin de se con­sacr­er pleine­ment à la télévision.

Après la fin de son con­trat sur Canal+, elle revient sur France Télévi­sion et intè­gre l’équipe de C à Vous, ani­mée à ce moment-là par Anne-Sophie Lapix. En rem­plaçant Anne-Sophie Lapix lors de ses absences, elle reprend alors la cas­quette de chroniqueuse et de jok­er qu’elle avait dans la Nou­velle édi­tion. En sep­tem­bre 2016 lui est con­fiée l’an­i­ma­tion de C l’heb­do, un for­mat week-end de C à Vous. Enfin, un an plus tard et à la suite du départ d’Anne-Sophie Lapix sur le 20h de France 2, Pierre-Antoine Cap­ton, auprès de qui elle a tra­vail­lé à ses débuts pour Marc-Olivi­er Fogiel, la nomme ani­ma­trice à plein temps de C à Vous. Début 2021, elle se voit pro­pos­er de récupér­er une autre émis­sion d’Anne-Sophie Lapix, Le Grand Échiquier, qu’elle accepte avant de finale­ment déclin­er pour se con­cen­tr­er sur C à Vous, qu’elle con­sid­ère comme son émis­sion phare et avec laque­lle elle bat régulière­ment des records d’au­di­ences, notam­ment pen­dant la pandémie.

Vie privée

De son pre­mier mariage avec un ban­quier est né Arthur en 2004. En 2013, elle se remarie avec Philippe Coel­ho, archi­tecte por­tu­gais ren­con­tré sur le plateau de la Nou­velle édi­tion. De cette union naît un sec­ond fils, Vas­co, en 2014. Entre ces deux unions, elle eut une brève his­toire avec l’humoriste Mustapha El Atrassi, qui s’est sol­dée par une plainte pour coups et blessures déposée par l’animatrice.

Collaborations

En 2007, elle ani­me aux côtés d’Estelle Denis, l’émis­sion 5 ans avec…, con­sacrée aux élec­tions prési­den­tielles. Elle ani­me ensuite, en 2019 et aux côtés de Nagui, l’Émis­sion pour la terre, dif­fusée en prime-time sur France 2, qui porte sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et dans laque­lle inter­vient Nico­las Hulot. Enfin, la pandémie de coro­n­avirus l’amène à ani­mer l’émis­sion 6 à la mai­son aux côtés de Patrick Cohen, pour qui elle porte une haute estime, qui est un pro­gramme cul­turel mis en place durant le cou­vre-feu entre octo­bre et décem­bre 2020. L’émis­sion reprend en jan­vi­er 2021.

Salaire

Peu d’in­for­ma­tions fil­trent sur le salaire de l’an­i­ma­trice. Néan­moins, Télé 2 semaines, cité dans un arti­cle du Point, révèle qu’Anne-Elis­a­beth Lemoine toucherait entre 300 et 500 euros par émis­sion pour C à Vous[3] lorsqu’elle était chroniqueuse.

Nébuleuse et militantisme

L’an­i­ma­trice fait par­tie des têtes d’af­fich­es du ser­vice pub­lic. N’hési­tant pas à bro­carder des per­son­nages comme Éric Zem­mour ou Karine Lemarc­hand pour son entre­tien avec Marine Le Pen dans Une ambi­tion intime, Lemoine porte une haute estime pour Patrick Cohen, qu’elle juge « indis­pens­able » à C à Vous.

Côté mil­i­tan­tisme, il n’y a rien d’of­fi­ciel à sig­naler. Si lors des élec­tions de 1988 « Babeth » ose un t‑shirt « Barre con­fi­ance » en sou­tien à l’an­cien pre­mier min­istre de Valéry Gis­card d’Es­taing, aucun encar­te­ment n’est à sig­naler. Comme le souligne Libéra­tion : « Elle a beau rap­pel­er avoir tancé Macron qui se défaus­sait sur Brigitte lors d’un faux pas médi­a­tique, on la ver­rait bien s’être mise en marche assez facile­ment. »[4]. En somme elle sem­ble, par sa récur­rente prise de posi­tion con­tre le sex­isme dans le monde du PAF ou pour ses clashs con­tre Éric Zem­mour, la par­faite incar­na­tion de la nou­velle prési­dente de France Télévi­sion, Del­phine Ernotte, qui vise à con­stru­ire une télévi­sion débar­rassée des hommes blancs de plus de 50 ans.

Elle l’a dit

« C’est impor­tant de se retrou­ver face à soi-même, d’avoir un moment de silence. Et aus­si de partage. » sur sa fréquen­ta­tion de la messe domini­cale, Libéra­tion, 27 août 2017.

« C’est une réal­ité : le monde de la télévi­sion est plus dur pour les femmes. Michel Druck­er ou Jean-Pierre Fou­cault n’ont pas d’équiv­a­lents féminins. », TéléObs, 1er sep­tem­bre 2016.

« Quand j’avais 15 ans, je voy­ais Chris­tine Ock­rent à la télévi­sion et je me dis­ais que je voulais être comme elle plus tard : mod­erne et respec­tée. », Ibid.

« Je lui dois beau­coup, il le sait. […] C’est lui qui m’a for­mée, il sait faire grandir les tal­ents. », à pro­pos de Marc-Olivi­er Fogiel, Ibid.

« Je me sou­viendrais toute ma vie du livre d’Er­ic Zem­mour. J’avais été frap­pé par la façon dont il par­lait des femmes, alors je me suis accrochée à ça, je me suis fait con­fi­ance et je lui ai dit : « Elle a le droit de faire quoi votre femme à la mai­son ? ». Ce n’é­tait pas une ques­tion de jour­nal­iste mais ça avait créé un moment de dingue. C’é­tait ça que Fogiel nous autori­sait à faire : à être nous-mêmes avant d’être des jour­nal­istes. », Ibid.

« Pour moi, ce n’est pas une émis­sion de télévi­sion. Ce soir c’est la citoyenne qui va par­ler. », à pro­pos de l’Émission pour la Terre, Le Figaro, 15 octo­bre 2019.

« Les femmes sont tou­jours jugées un peu dif­férem­ment », L’Obs cité par TéléLoisirs, 26 août 2021.

« Per­son­nelle­ment j’ai dû cal­culer la date de mes deux grossess­es pour être à l’an­tenne en sep­tem­bre. » Ibib.

Ils l’ont dit

« Elle est vrai­ment le moteur de l’émission. Dès 8 heures du matin, elle peut envoy­er des tex­tos pour sug­gér­er tel sujet ou tel invité. Elle ne se con­tente pas de dis­tribuer la parole, d’accueillir les propo­si­tions et d’arbitrer. », Patrick Cohen, Le Figaro, 14 jan­vi­er 2021.

« Elle a cette exi­gence folle, cette sim­plic­ité et cette bien­veil­lance. Tous les après-midis, elle finalise avec moi mes chroniques, elle me donne son avis pour qu’il y ait un peu plus de rythme. », Mohamed Bouhaf­si, Ibid.

Notes

[1]« Por­trait : Anne-Elis­a­beth Lemoine : C à elle », Libéra­tion, 27 août 2017
[2]Ibid.
[3]« Salaire des stars de la télé : le grand débal­lage », Le Point, 04 jan­vi­er 2017.
[4] « Por­trait : Anne-Elis­a­beth Lemoine : C à elle », Libéra­tion, 27 août 2017

Illus­tra­tion : cap­ture d’écran vidéo “Bon­soir!”, 14 juin 2018, via YouTube

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