L’observatoire statistique Hexagone a publié une étude qui démontre la sous-représentation des intervenants de droite au sein de quatre émissions de France 5 entre le 20 mars et le 20 avril 2026. L’OJIM s’est entretenu avec son rédacteur en chef, Paul Cébille.
C dans l’air, C à vous, C Politique et C Ce Soir, des programmes fortement biaisés. Selon une étude publiée par Hexagone le 27 avril, les opinions de droite sont sous-représentées sur les plateaux de ces émissions politiques phares du service public. Les deux premières invitent majoritairement des invités centristes (36 invités classés au centre pour 13 invités de droite) et les deux dernières des invités de gauche (61 invités de gauche pour 17 invités de droite). « Le problème de fond est simple : le service public n’a pas pour mission de reproduire mécaniquement les résultats d’une élection, mais il ne peut pas non plus organiser durablement des plateaux qui s’éloignent à ce point de la France réelle », fait valoir Hexagone.
💥📺 Sur le service public, la droite est très minoritaire dans les émissions de débat.
Notre analyse sur 1 mois de 4 programmes de @FranceTV montre un net déséquilibre idéologique :
Seulement 15 % des invités sont classés à droite, contre 37% à gauche et 32% au centre. pic.twitter.com/zKv32zIwqY
— Hexagone — La France en chiffres (@Hexagone_org) April 27, 2026
Paul Cébille est le rédacteur en chef du think tank statistique Hexagone depuis 2024. Il était auparavant directeur d’étude à l’IFOP et chargé de mission au sein de la Délégation à la communication du ministère de l’Éducation nationale.
Jean-Charles Soulier : Paul Cébille, comment expliquez-vous cette sous-représentation des invités de droite ?
Paul Cébille : On imagine que chaque émission a sa ligne éditoriale propre, qu’ils choisissent leurs intervenants selon les thématiques qu’ils abordent. C dans l’air se spécialise plutôt dans le décryptage des faits d’actualité avec des profils d’experts. Par conséquent ils privilégient plutôt les discours « mesurés », ce qui exclut de facto des invités de droite avec des opinions plus tranchées.
Quant à C à Vous, ils sont davantage une émission de divertissement, mais eux aussi n’invitent quasiment aucun intervenant de droite, mis à part Jean-Philippe Tanguy. C Politique fait plus souvent appel à des profils universitaires de gauche avec un profil progressiste. C Ce Soir n’a invité aucun profil de droite nationale mis à part Jérôme St Marie.
J.C.S. : Est-ce que le fait que ces quatre émissions soient toutes produites par des filiales de Mediawan détenu par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton a une incidence sur leur ligne et le choix idéologique des invités ?
P.C. : Je ne crois pas que l’actionnariat ait une influence sur la ligne de l’émission. Le but de notre étude n’est pas de viser la société de production. Je ne pense pas que cela soit lié à ça. On pourrait imaginer que les sociétés de production influencent ces émissions, mais cela ne fait pas partie des conclusions de notre étude.
Le vrai problème, c’est que le service public financé par les impôts de tous les Français et donc parmi eux, de Français qui votent à droite ne représente pas cet électorat. Les émissions de débat sont par conséquent biaisées et il y a un déséquilibre manifeste entre la représentation des personnes du centre et de la gauche et les personnes de droite.
https://x.com/ojim_france/status/2024570180093772065
J.C.S. : Vous avez préféré éviter la classification de l’ARCOM ? Certaines personnes sur X ont critiqué ce choix. Considérez-vous qu’elle n’est pas fiable ?
P.C. : Le classement de l’ARCOM ne repose pas que sur quatre émissions, mais sur la TNT en général, ce qui ne convenait pas pour notre étude. En outre, la méthodologie de calcul des temps de parole de l’ARCOM peut être contestée puisqu’elle donne un tiers de temps de parole en plus au gouvernement sans leur attribuer une couleur politique. C’est critiquable puisque cela donne au camp centriste un poids supplémentaire par rapport à un autre.
De plus, l’ARCOM n’étiquette pas les journalistes en fonction de leurs opinions politiques. Or, les émissions que nous avons sélectionnées pour notre étude font régulièrement appel à des journalistes et des éditorialistes, qui ont aussi une teinte idéologique en fonction du média pour lequel ils travaillent. Enfin, le fait que le temps de parole des candidats soit décidé à partir des intentions de vote est également critiquable puisque cela exclut les petits candidats.
J.C.S. : Il y a peu d’émissions de débat comme celles que vous avez choisies dans les chaînes privées. Pensez-vous que le privé devrait s’inspirer de ce format s’il n’y a pas de rééquilibrage des couleurs politiques ?
P.C. : Comment on établit un débat qui est équilibré ? CNews est accusé de sous-représenter la gauche dans ses émissions alors que, dans la plupart des cas, ce sont les intervenants de gauche qui refusent de se rendre sur leur plateau. Mais paradoxalement, le fait qu’il y ait davantage d’intervenants de droite sur CNews, cela permet d’équilibrer par rapport aux autres émissions qui discriminent les personnes de droite. Normalement, on attend de chaque émission des débats équilibrés où toutes les sensibilités politiques peuvent s’exprimer.
Ce qui serait plus juste, c’est qu’il y ait autant de représentants de la droite, du centre et de la gauche sur les émissions de débat du service public. Un autre problème est que quand exceptionnellement des personnes de droite sont invitées, il s’agit généralement uniquement des politiques et jamais d’experts, de chercheurs ou d’intellectuels, ce qui donne l’impression que la droite ne dispose pas de profils qualifiés capables de débattre. Et dans le cas où un intervenant de droite est invité à un débat, il se trouve souvent en extrême minorité et dans une situation défensive où il n’a que des contradicteurs autour de lui. Si toutes les sensibilités politiques étaient entendues, cela permettrait d’avoir des plateaux où chacun peut défendre son point de vue de manière équitable.
Voir aussi : La guerre culturelle selon France 5
J.C.S. : Pensez-vous que le rapport de Charles Alloncle va rééquilibrer les choses et pousser le service public à inviter davantage de personnes de droite ?
P.C. : Non. Sans doute pas car le rapport de Charles Alloncle se concentre davantage sur la question des contrats de France Télé que sur la composition des émissions. En France – les réactions sous mon post le prouvent.
La note de communauté de demi-habiles sous notre travail…
“La classification politique présenté (SIC) ici n’est pas celle utilisé (SIC) par l’ARCOM pour les temps de paroles et le respect de la pluralité notamment, mais celle correspondant aux idées de l’institut, financé par… https://t.co/3mKIctHXOJ
— Paul Cébille (@Ellibec) April 27, 2026
L’ARCOM a une aura supérieure, on a du mal à la remettre en question. Mais ce sujet de la composition des invités doit être mis sur la table. On pourra voir à quel point ce sujet est traité et ce que propose Charles Alloncle dans son rapport sur ce sujet. Les bonnes pratiques pour mieux équilibrer le débat devraient être une évidence : on devrait inviter des personnes qui ont des points de vue très différents.
J.C.S. : Ne pensez-vous pas que cette ostracisation des personnes de droite sur les émissions du service public pousse les électeurs de droite à se détourner de ce même service public ?
P.C. : Non, pas nécessairement. Le problème fondamental avec ce déséquilibre idéologique est que certaines opinions sont présentées comme plus légitimes que d’autres. Ce manque de neutralité et de représentativité donne une mauvaise image du service public. Et d’ailleurs à gauche, voire à l’extrême gauche, ils ne se retrouvent pas non plus dans le service public car leur voix est aussi ignorée. Dans C dans l’Air par exemple, il y a très peu d’économistes de gauche qui viennent s’y exprimer, c’est un vrai problème.
En définitive, il n’est pas normal que la parole du premier parti de France soit quasiment absente dans ces émissions. Si l’on ne connaît jamais le point de vue de cet électorat, cela favorise les conditions d’une crise démocratique et d’une perte de confiance envers le service public de l’information.
Jean-Charles Soulier

