Accueil E Veille médias E « Le service public financé par les impôts de tous les Français ne représente pas l’électorat de droite » : entretien avec Paul Cébille (Hexagone)

« Le service public financé par les impôts de tous les Français ne représente pas l’électorat de droite » : entretien avec Paul Cébille (Hexagone)

2 mai 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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L’observatoire sta­tis­tique Hexa­gone a pub­lié une étude qui démon­tre la sous-représen­ta­tion des inter­venants de droite au sein de qua­tre émis­sions de France 5 entre le 20 mars et le 20 avril 2026. L’OJIM s’est entretenu avec son rédac­teur en chef, Paul Cébille.

C dans l’air, C à vous, C Poli­tique et C Ce Soir, des pro­grammes forte­ment biaisés. Selon une étude pub­liée par Hexa­gone le 27 avril, les opin­ions de droite sont sous-représen­tées sur les plateaux de ces émis­sions poli­tiques phares du ser­vice pub­lic. Les deux pre­mières invi­tent majori­taire­ment des invités cen­tristes (36 invités classés au cen­tre pour 13 invités de droite) et les deux dernières des invités de gauche (61 invités de gauche pour 17 invités de droite). « Le prob­lème de fond est sim­ple : le ser­vice pub­lic n’a pas pour mis­sion de repro­duire mécanique­ment les résul­tats d’une élec­tion, mais il ne peut pas non plus organ­is­er durable­ment des plateaux qui s’éloignent à ce point de la France réelle », fait val­oir Hexagone.

Paul Cébille est le rédac­teur en chef du think tank sta­tis­tique Hexa­gone depuis 2024. Il était aupar­a­vant directeur d’étude à l’IFOP et chargé de mis­sion au sein de la Délé­ga­tion à la com­mu­ni­ca­tion du min­istère de l’Éducation nationale.

Jean-Charles Souli­er : Paul Cébille, com­ment expliquez-vous cette sous-représen­ta­tion des invités de droite ?

Paul Cébille : On imag­ine que chaque émis­sion a sa ligne édi­to­ri­ale pro­pre, qu’ils choi­sis­sent leurs inter­venants selon les thé­ma­tiques qu’ils abor­dent. C dans l’air se spé­cialise plutôt dans le décryptage des faits d’actualité avec des pro­fils d’experts. Par con­séquent ils priv­ilégient plutôt les dis­cours « mesurés », ce qui exclut de fac­to des invités de droite avec des opin­ions plus tranchées.

Quant à C à Vous, ils sont davan­tage une émis­sion de diver­tisse­ment, mais eux aus­si n’invitent qua­si­ment aucun inter­venant de droite, mis à part Jean-Philippe Tan­guy. C Poli­tique fait plus sou­vent appel à des pro­fils uni­ver­si­taires de gauche avec un pro­fil pro­gres­siste. C Ce Soir n’a invité aucun pro­fil de droite nationale mis à part Jérôme St Marie.

J.C.S. : Est-ce que le fait que ces qua­tre émis­sions soient toutes pro­duites par des fil­iales de Medi­awan détenu par Xavier Niel, Math­ieu Pigasse et Pierre-Antoine Cap­ton a une inci­dence sur leur ligne et le choix idéologique des invités ?

 

P.C. : Je ne crois pas que l’actionnariat ait une influ­ence sur la ligne de l’émission. Le but de notre étude n’est pas de vis­er la société de pro­duc­tion. Je ne pense pas que cela soit lié à ça. On pour­rait imag­in­er que les sociétés de pro­duc­tion influ­en­cent ces émis­sions, mais cela ne fait pas par­tie des con­clu­sions de notre étude.

Le vrai prob­lème, c’est que le ser­vice pub­lic financé par les impôts de tous les Français et donc par­mi eux, de Français qui votent à droite ne représente pas cet élec­torat. Les émis­sions de débat sont par con­séquent biaisées et il y a un déséquili­bre man­i­feste entre la représen­ta­tion des per­son­nes du cen­tre et de la gauche et les per­son­nes de droite.

https://x.com/ojim_france/status/2024570180093772065

J.C.S. : Vous avez préféré éviter la clas­si­fi­ca­tion de l’ARCOM ? Cer­taines per­son­nes sur X ont cri­tiqué ce choix. Con­sid­érez-vous qu’elle n’est pas fiable ?

P.C. : Le classe­ment de l’ARCOM ne repose pas que sur qua­tre émis­sions, mais sur la TNT en général, ce qui ne con­ve­nait pas pour notre étude. En out­re, la méthodolo­gie de cal­cul des temps de parole de l’AR­COM peut être con­testée puisqu’elle donne un tiers de temps de parole en plus au gou­verne­ment sans leur attribuer une couleur poli­tique. C’est cri­ti­quable puisque cela donne au camp cen­triste un poids sup­plé­men­taire par rap­port à un autre.

De plus, l’ARCOM n’étiquette pas les jour­nal­istes en fonc­tion de leurs opin­ions poli­tiques. Or, les émis­sions que nous avons sélec­tion­nées pour notre étude font régulière­ment appel à des jour­nal­istes et des édi­to­ri­al­istes, qui ont aus­si une teinte idéologique en fonc­tion du média pour lequel ils tra­vail­lent. Enfin, le fait que le temps de parole des can­di­dats soit décidé à par­tir des inten­tions de vote est égale­ment cri­ti­quable puisque cela exclut les petits candidats.

J.C.S. : Il y a peu d’émissions de débat comme celles que vous avez choisies dans les chaînes privées. Pensez-vous que le privé devrait s’inspirer de ce for­mat s’il n’y a pas de rééquili­brage des couleurs politiques ?

P.C. : Com­ment on établit un débat qui est équili­bré ? CNews est accusé de sous-représen­ter la gauche dans ses émis­sions alors que, dans la plu­part des cas, ce sont les inter­venants de gauche qui refusent de se ren­dre sur leur plateau. Mais para­doxale­ment, le fait qu’il y ait davan­tage d’intervenants de droite sur CNews, cela per­met d’équilibrer par rap­port aux autres émis­sions qui dis­crim­i­nent les per­son­nes de droite. Nor­male­ment, on attend de chaque émis­sion des débats équili­brés où toutes les sen­si­bil­ités poli­tiques peu­vent s’exprimer.

Ce qui serait plus juste, c’est qu’il y ait autant de représen­tants de la droite, du cen­tre et de la gauche sur les émis­sions de débat du ser­vice pub­lic. Un autre prob­lème est que quand excep­tion­nelle­ment des per­son­nes de droite sont invitées, il s’agit générale­ment unique­ment des poli­tiques et jamais d’experts, de chercheurs ou d’intellectuels, ce qui donne l’impression que la droite ne dis­pose pas de pro­fils qual­i­fiés capa­bles de débat­tre. Et dans le cas où un inter­venant de droite est invité à un débat, il se trou­ve sou­vent en extrême minorité et dans une sit­u­a­tion défen­sive où il n’a que des con­tra­dicteurs autour de lui. Si toutes les sen­si­bil­ités poli­tiques étaient enten­dues, cela per­me­t­trait d’avoir des plateaux où cha­cun peut défendre son point de vue de manière équitable.

Voir aus­si : La guerre cul­turelle selon France 5

J.C.S. : Pensez-vous que le rap­port de Charles Allon­cle va rééquili­br­er les choses et pouss­er le ser­vice pub­lic à inviter davan­tage de per­son­nes de droite ?

P.C. : Non. Sans doute pas car le rap­port de Charles Allon­cle se con­cen­tre davan­tage sur la ques­tion des con­trats de France Télé que sur la com­po­si­tion des émis­sions. En France – les réac­tions sous mon post le prouvent.

L’ARCOM a une aura supérieure, on a du mal à la remet­tre en ques­tion. Mais ce sujet de la com­po­si­tion des invités doit être mis sur la table. On pour­ra voir à quel point ce sujet est traité et ce que pro­pose Charles Allon­cle dans son rap­port sur ce sujet. Les bonnes pra­tiques pour mieux équili­br­er le débat devraient être une évi­dence : on devrait inviter des per­son­nes qui ont des points de vue très différents.

J.C.S. : Ne pensez-vous pas que cette ostraci­sa­tion des per­son­nes de droite sur les émis­sions du ser­vice pub­lic pousse les électeurs de droite à se détourn­er de ce même ser­vice public ?

P.C. : Non, pas néces­saire­ment. Le prob­lème fon­da­men­tal avec ce déséquili­bre idéologique est que cer­taines opin­ions sont présen­tées comme plus légitimes que d’autres. Ce manque de neu­tral­ité et de représen­ta­tiv­ité donne une mau­vaise image du ser­vice pub­lic. Et d’ailleurs à gauche, voire à l’extrême gauche, ils ne se retrou­vent pas non plus dans le ser­vice pub­lic car leur voix est aus­si ignorée. Dans C dans l’Air par exem­ple, il y a très peu d’économistes de gauche qui vien­nent s’y exprimer, c’est un vrai problème.

En défini­tive, il n’est pas nor­mal que la parole du pre­mier par­ti de France soit qua­si­ment absente dans ces émis­sions. Si l’on ne con­naît jamais le point de vue de cet élec­torat, cela favorise les con­di­tions d’une crise démoc­ra­tique et d’une perte de con­fi­ance envers le ser­vice pub­lic de l’information.

Jean-Charles Souli­er

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