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Pierre-Antoine Capton

18 octobre 2021

Temps de lecture : 8 minutes
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Pierre-Antoine Capton

18 octobre 2021

L’Europe est à Vous

Pierre-Antoine Capton est le fils d’une propriétaire de salon de coiffure et d’un patron d’auto-école. Parti de Trouville avec le bac en poche, ce producteur jongle avec les opérations financières de haute volée grâce à ses amis et argentiers Niel et Pigasse. Pas rassasié par le succès de ses émissions au ton « popote chic » et ses coups éditoriaux (le documentaire sur Macron diffusé au lendemain de son élection, c’est lui), il règne désormais sur un colosse de la production et diffusion des contenus audiovisuels qui pèse 1 milliard d’euros : Mediawan. À l’instar de son meilleur ami Vincent Labrune qui a un temps dirigé l’Olympique de Marseille, il préside le club de foot sa région, le Stade Malherbe de Caen. Portrait d’un poids lourd de l’audiovisuel qui est là pour durer.

Formation

Il passe son bac­calau­réat au lycée André Mau­rois de Deauville. Via ses cours de théâtre, il entre en con­tact avec l’agent et pro­duc­teur Dominique Besne­hard, un ancien pen­sion­naire du lycée. « Un jour, alors que je venais de jouer dans Antigone, je suis allé le voir pour lui dire que je rêvais d’aller à Paris. J’avais 18 ans. Il m’a invité à venir le voir chez Art­media (une grande agence artis­tique parisi­enne ‑ndlr). J’y suis allé et j’ai son­né à sa porte. Il m’a dit : « va au cours Flo­rent et apprends ». Même s’il ne se décou­vre aucun tal­ent d’acteur, il est décidé à tra­vailler der­rière l’objectif.

Parcours professionnel

Il débute d’abord par un pre­mier stage chez AB Pro­duc­tions, alors un robi­net de sit­coms et démis­sions pour la jeunesse, où il décou­vre les couliss­es de la télévi­sion en effec­tu­ant des « petits boulots un peu désagréables » (il com­mence même en tant que cour­si­er). Pour la petite his­toire, Cap­ton rachètera la boîte de pro­duc­tion en 2017 avec Medi­awan. Après s’être fait les dents, le jeune homme débar­que à Canal Jim­my, une fil­iale du groupe Canal+ créée en 1990 : « Nous avions une dizaine de chaînes thé­ma­tiques. C’était un peu branché, il y avait Edouard Baer, Ariel Wiz­man, et tout un tas de jeunes tal­ents ». En tant que chargé des pro­grammes, il se fait repér­er par Marc-Olivi­er Fogiel qui l’embauche après un entre­tien de trente min­utes. Il tra­vaillera ain­si deux avec l’enfant chéri de la télé, puis s’occupera de la décli­nai­son de Nulle Part Ailleurs à par­tir du tour­nant du siècle.

Peu après la prise de con­trôle sur Canal de Jean Marie-Messier en 2000, il est une des vic­times du plan social qui dégraisse alors les effec­tifs de la chaîne cryp­tée. Sans se laiss­er abat­tre, il utilise son chèque de sor­tie pour lancer à 25 ans sa pro­pre boîte de pro­duc­tion dans un park­ing de Boulogne-Billancourt.

3e œil productions

L’année du lance­ment de 3e œil pro­duc­tions, il con­va­inc le patron de TPS de lui laiss­er réalis­er le pilote d’une émis­sion cul­turelle après avoir fait le pied de grue devant l’immeuble de la chaîne. Il investit toutes ces économies dans ce pro­gramme, une quo­ti­di­enne de ciné­ma, inti­t­ulée « Star Mag ». L’émis­sion sera dif­fusée pen­dant dix ans sur TPS Star et con­naî­tra plusieurs présen­ta­teurs, dont Emmanuelle Gaume, Estelle Denis, Éric Naul­leau ou encore Valérie Amourou.

La con­sécra­tion du pro­duc­teur vient avec « C à Vous », un talk-show con­vivial et déten­du pro­gram­mé à la même heure que le « Grand Jour­nal » de Canal+, la grande-messe médi­a­tique des années 2000. D’abord con­cur­rente, l’émission rivalise avec le vais­seau-ami­ral de Canal+ et finit par lui pass­er devant à par­tir de 2015 avec des moyens beau­coup moins impor­tants. Intel­lectuels, artistes et poli­tiques se pressent désor­mais sur le plateau de France 5 où les chroniqueurs dînent en prime-time dans une ambiance bour­geoise-bohème assumée où la com­plic­ité et la bien­veil­lance règ­nent. Comme le résume bien Patrick Cohen, le chroniqueur le plus ancien de l’émission : « On n’invite pas quelqu’un pour se le pay­er. Sur d’autres chaînes, c’est la poli­tique édi­to­ri­ale… »

Mediawan

Le pro­duc­teur, pas ras­sas­ié par le suc­cès de ses émis­sions phares (Zemmour&Naulleau, C à Vous) se lance dans une opéra­tion inédite en 2015 avec les deux mil­liar­daires de gauche Math­ieu Pigasse et Xavier Niel. C’est le pre­mier qui pro­pose à Cap­ton de présider une SPAC (Spe­cial Pur­pose Acqui­si­tion Com­pa­ny), une société sans activ­ité opéra­tionnelle dont les titres sont émis sur un marché bour­si­er en vue d’acquisitions dans un secteur par­ti­c­uli­er, ici le secteur des médias. La veille de l’introduction en bourse de Medi­awan, le 22 avril 2016, la société a levé pas moins de 250 mil­lions d’euros. Fort de cette puis­sance finan­cière peu com­mune, le con­glomérat s’enrichit très vite de nom­breuses sociétés de pro­duc­tion, par­mi lesquelles AB Pro­duc­tions (son act­if prin­ci­pal), CC & C, ON kids & fam­i­ly et l’ac­tiv­ité télévi­sion d’Eu­ropa Corp, la société de Luc Besson. Les acqui­si­tions de sociétés ital­i­ennes (Palo­mar) et espag­noles (Good Mood, Week­end Stu­dio) lais­sent présager la mise en œuvre de copro­duc­tions à l’échelle européenne alors même que Medi­awan met la main en 2020 sur le cat­a­logue de Lagardère Stu­dios, présent en Espagne (Groupe Boomerang), en Fin­lande (Aito Media), aux Pays-Bas (Sky­high TV), mais aus­si sur le con­ti­nent africain (Keewu au Sénégal).

Voir aus­si : Medi­awan, infographie

Ce qu’il gagne

En tant que prési­dent de Medi­awan, il reçoit en 2020 une rémunéra­tion de 450 000€ ver­sée en douze men­su­al­ités comme l’atteste le rap­port du Con­seil du direc­toire du groupe.

Vie privée

Pierre-Antoine Cap­ton épouse Alexan­dra Bikia­lo à Trou­ville le 23 juin 2013. Par­mi les invités, au risque d’en oubli­er : les trois témoins, Alessan­dra Sub­let, Vin­cent Labrune et Flo­ri­an Zeller sont ses témoins de mariage. Par­mi les invités, Julie Andrieu, Karl Zéro et Jacques Chan­cel sont de la partie.

Il est le cadet d’une fratrie de trois garçons. Son frère aîné Jérôme est jour­nal­iste sportif.

Sa femme, Alexan­dra Biak­i­lo, d’origine litu­ani­enne, sœur de Nico­las Biak­i­lo acteur et com­pos­i­teur et fille du pianiste Ger­ard Biak­i­lo. Elle a fondé la mai­son d’édition Loui­son spé­cial­isée dans la pub­li­ca­tion de lit­téra­ture d’Europe ori­en­tale. Éric Naul­leau siège au comité de lecture.

Le cou­ple a qua­tre enfants et réside dans un apparte­ment de Saint-Germain.

Il l’a dit

« Mais mon pre­mier vrai suc­cès est “C à vous”. J’ai con­sacré qua­tre ans de ma vie à cette émis­sion. Du matin au soir, je pro­dui­sais, j’étais en régie, j’inventais les chroniques, j’ai choisi et je con­tin­ue de choisir l’équipe d’antenne. C’est mon bébé. Face à un “Grand jour­nal” tout-puis­sant, on était des out­siders, et au fil des années, en restant fidèles à nous-mêmes, on a vu les courbes se crois­er. D’un coup, Lady Gaga, Sia, les poli­tiques… tout le monde voulait venir » Paris Match, 06/04/2021.

« Vous pour­riez pro­duire aujourd’hui l’émission qu’Éric Zem­mour fait sur CNews ou pas ? — Non parce qu’on est dans la con­fronta­tion aujourd’hui sur Paris Pre­mière arbi­trée par Anais Bou­ton. Sur CNews, il est inter­viewé et inter­vieweur à la fois. Ce n’est pas un for­mat avec lequel je serais à l’aise. Aujourd’hui on arrive à le pro­duire car il est en con­fronta­tion en per­ma­nence avec Éric Naul­leau », BFM TV, 12/10/2020.

«Toutes les déci­sions stratégiques sont pris­es ensem­ble [avec Niel et Pigasse, NDLR]. On se par­le par mail tout le temps. Ils me chal­len­gent sans arrêt et sont au courant de tout, explique PAC dans son bureau cosy du quarti­er Oberkampf, au siège de 3e OEil. Même dans trois ans, si Medi­awan pèse 1 ou 2 mil­liards d’eu­ros, je con­tin­uerai à suiv­re les séries et les ani­ma­teurs qui marchent. Ma force, c’est de con­naître ce milieu de l’in­térieur, de garder le nez dans les con­tenus » Les Echos, 09/03/2018.

« J’avais con­nu la fin de l’ère Les­cure-De Greef à Canal+ qui était, en ter­mes d’indépendance et de lib­erté, l’une des choses les plus mer­veilleuse que j’aie vécues. Depuis les bureaux, on pre­nait l’ascenseur et on arrivait sur le plateau de “Nulle part ailleurs” où Prince jouait en live. Ça m’a mar­qué. D’ailleurs si vous prenez l’ascenseur ici, vous arriverez sur le plateau de “C à vous” »,

Sa nébuleuse

Marc-Olivi­er Fogiel : Il ren­con­tre pour la pre­mière fois Marc-Olivi­er Fogiel en 1998 à l’initiative de l’animateur. « J’ai eu l’idée de dif­fuser tous les épisodes de la série Friends dans une seule et même soirée. C’était le pre­mier « marathon ». A l’heure de Net­flix, ça fait rire, mais à l’époque, c’était révo­lu­tion­naire. Il y avait eu un petit papi­er dans le Jour­nal du dimanche qui a été lu par Marc-Olivi­er Fogiel. Il présen­tait l’émission « TV+ » qui fai­sait rêver tout le secteur… Il m’a appelé, on a eu un ren­dez-vous qui a duré une demi-heure. » Fogiel est tout de suite séduit : « Plus que des com­pé­tences, Pierre-Antoine Cap­ton affichait une telle déter­mi­na­tion que je l’ai pris tout de suite ». Ils col­la­boreront ensem­ble pen­dant deux ans avant que Fogiel ne rejoigne France 3.

Voir aus­si : Marc-Olivi­er Fogiel, portrait

Xavier Niel : « Il lançait Free mobile mais il était invité du “Grand jour­nal” avant de venir chez nous. J’ai appelé son attachée de presse en lui dis­ant qu’on allait enreg­istr­er son pas­sage avant qu’il aille sur le plateau du “Grand jour­nal”, mais qu’on ne le dif­fuserait que le lende­main. Il est venu, on a enreg­istré et, au moment où il a pris son taxi pour aller chez Canal, on a annon­cé qu’il était en exclu le soir même chez nous. Ils ont été oblig­és de le dépro­gram­mer! ». À la fois exas­péré et intrigué par l’audace du pro­duc­teur, il cherche à l’inviter au restau­rant le lendemain.

Math­ieu Pigasse : C’est Anne Hom­mel, l’an­ci­enne con­seil­lère de DSK et fon­da­trice de l’a­gence de com­mu­ni­ca­tion Majorelle, qui le présente à Matthieu Pigasse en 2015.

La com­po­si­tion du con­seil de sur­veil­lance de Medi­awan ren­seigne sur l’ampleur des réseaux du pro­duc­teur : Pierre Les­cure (chroniqueur de «C à vous») à la prési­dence, le patron d’Eu­tel­sat, Rodolphe Bellmer (ex-Canal +), Cécile Caba­n­is, la direc­trice générale Finances de Danone, Julien Codor­gnou (Face­book Europe) ou Jacaran­da Carac­ci­o­lo (la fille de Car­lo Carac­ci­o­lo, action­naire his­torique de La Repub­bli­ca en Ital­ie). Autre cheville ouvrière du dis­posi­tif : l’av­o­cat d’af­faires Bruno Cav­al­ié (cab­i­net Racine) qui est le con­seil de Medi­awan et, acces­soire­ment, un cousin de Matthieu Pigasse.

Voir aus­si : Matthieu Pigasse, infographie

Vin­cent Labrune : L’ancien prési­dent de l’Olympique de Mar­seille, qui a longtemps joué le rôle d’intermédiaire en TF1 et la presse, est un intime de Pierre-Antoine Cap­ton. Il est même le par­rain de l’un de ses enfants. Dans Chal­lenges, il ne tar­it pas d’éloges sur l’homme qui « est drôle [et] racon­te bien les his­toires ».

Patrice Duhamel : Le frère de l’antédiluvien Alain Duhamel donne un coup de pouce impor­tant au pro­duc­teur lorsqu’il fait pencher l’appel d’offres de France 5 en faveur de Pierre-Antoine Cap­ton. Sans Duhamel, point de C à Vous.

Jacques Chan­cel : Selon Tech­nikart, il aurait béné­fi­cié des réseaux de droite de la voix mythique de « Radio­scopie » lors de la prési­dence Sarkozy.

Éric Naul­leau : Naul­leau, alors mod­este édi­teur, est repéré par Cap­ton qui le fait débuter en tant que chroniqueur sur sa pre­mière émis­sion « Star­Mag ». Cinq ans plus tard, il lui offre la présen­ta­tion de « Ça bal­ance à Paris » sur Paris Pre­mière. Les deux hommes se doivent beau­coup l’un à l’autre. Selon le chroniqueur, Cap­ton « est rég­lo, on a un car­ac­tère assez facile tous les deux, on ne se prend pas au sérieux ».

Ils ont dit

«C à vous” est l’émission la plus mar­quante de ma car­rière, géniale et telle­ment dure… Toutes ces remar­ques misog­y­nes, ces arti­cles odieux qu’on a écrits sur moi et que j’ai con­servés ! Con­tre vents et marées, Pierre-Antoine Cap­ton y a cru. Il n’y a pas beau­coup de gens à qui je peux vrai­ment tout dire, mais lui en fait par­tie », Alessan­dra Sub­let, Paris Match, 02/06/2021.

« Il n’y a rien de dingue dans leur porte­feuille. Ils avan­cent une stratégie européenne, mais cela reste très fran­co-français.» Cer­tains con­cur­rents n’ex­clu­ent pas une opéra­tion de «build-up financier» dans l’op­tique de reven­dre l’ensem­ble dans cinq ou dix ans. Selon le patron d’un poids lourd du secteur, «pour l’in­stant, c’est surtout un empile­ment de sociétés. Ce n’est pas Pierre-Antoine Cap­ton qui va fédér­er tout ça et organ­is­er un groupe. C’est plutôt un chef de bande » Les Échos, 09/03/2018.

« Pierre-Antoine a rapi­de­ment assim­ilé les codes extrême­ment com­plex­es des marchés financiers inter­na­tionaux et se meut main­tenant dans ce monde très par­ti­c­uli­er avec agilités » Bruno Cav­al­ié, Tech­nikart, 04/09/2017.

« Le tra­vail du ser­vice pub­lic, c’est d’être l’école du peu­ple, et pour ça, il faut spec­tac­u­laris­er la cul­ture, la ren­dre digeste. En tant que pub­lic­i­taire, je pense savoir le faire. Si elle ne l’est pas, les gens ne la con­som­ment pas. France Télévi­sions préfère employ­er des pro­duc­teurs qui se plantent, comme Pierre-Antoine Cap­ton, dont « Un soir à la tour Eif­fel » n’est qu’une sorte de « Vive­ment dimanche » et « C à vous » une pau­vre copie du dîn­er de « 93, Faubourg Saint-Hon­oré ». » Thier­ry Ardis­son, Le Monde, 23/10/2014.

Illus­tra­tion : cap­ture d’écran vidéo Foot Nor­mand via YouTube (Pierre-Antoine Cap­ton : “Je pense beau­coup à Jean-François Fortin”, 16 mai 2021)

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