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Mediawan à Cannes : Pierre-Antoine Capton, la palme discrète de l’influence

25 mai 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Avec neuf films présen­tés à Cannes, la mai­son de pro­duc­tion Medi­awan con­firme son poids dans le ciné­ma français et inter­na­tion­al. Son patron, Pierre-Antoine Cap­ton, défend volon­tiers l’audiovisuel public.

À Cannes, cer­tains mon­tent les march­es, d’autres comptent les films. Pierre-Antoine Cap­ton appar­tient plutôt à la sec­onde caté­gorie. Le patron de Medi­awan, groupe fondé avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, n’a pas besoin d’apparaître sur tous les tapis rouges pour peser lourd sur la Croisette. Un groupe dont le pub­lic a, bien sûr, beau­coup enten­du par­ler depuis la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire menée par Charles Alloncle.

En 2026, Medi­awan revendique neuf films au Fes­ti­val de Cannes, un record mai­son qui con­firme la puis­sance de frappe d’un groupe devenu incon­tourn­able dans la pro­duc­tion audiovisuelle.

Neuf films à Cannes, et une influence qui ne dit pas son nom

Dans le pal­marès offi­ciel, plusieurs titres liés à cet écosys­tème ont bril­lé ou occupé les sec­tions les plus vis­i­bles. Notre Salut, d’Emmanuel Marre, a reçu le prix du scé­nario, tan­dis que le Fes­ti­val a aus­si dis­tin­gué l’un de ses tech­ni­ciens par le prix CST de l’artiste-technicien. Garance, de Jeanne Her­ry, fig­u­rait en com­péti­tion, et Full Phil, de Quentin Dupieux, était présen­té en séance de minuit.

C’est une véri­ta­ble réus­site indus­trielle : Medi­awan a con­stru­it un cham­pi­on français, capa­ble de pro­duire pour les chaînes, les plate­formes, le ciné­ma et l’international. Le groupe revendique 80 sociétés de pro­duc­tion, une présence dans 14 pays et 1,5 mil­liard d’euros de chiffre d’affaires global.

France Télévisions, le robinet qu’il ne faut pas couper

Le sujet devient plus piquant lorsque Pierre-Antoine Cap­ton se fait défenseur de l’audiovisuel pub­lic. Devant la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire, le rap­por­teur Charles Allon­cle a évo­qué en févri­er dernier un vol­ume con­tractuel d’« un peu plus de 110 mil­lions d’euros par an » entre France Télévi­sions et les sociétés de Medi­awan, faisant du groupe le pre­mier béné­fi­ci­aire des con­trats de pro­duc­tion du ser­vice pub­lic. Cap­ton a con­fir­mé l’ordre de grandeur, tout en pré­cisant qu’il s’agissait de con­trats passés par une ving­taine de sociétés de production.

Le même Cap­ton assure que France Télévi­sions représente moins de 5 % de l’activité con­solidée mon­di­ale de Medi­awan, mais env­i­ron 25 % de son chiffre d’affaires en France. Autrement dit : Medi­awan n’est pas dépen­dant du ser­vice pub­lic à l’échelle mon­di­ale, mais le ser­vice pub­lic reste un client majeur sur son marché domes­tique. Sa défense de la « télé publique » prend alors une saveur par­ti­c­ulière : celle d’un four­nisseur privé expli­quant docte­ment que son meilleur client nation­al doit être protégé.

Un pilier de l’État profond culturel

La com­para­i­son avec Vin­cent Bol­loré est éclairante. À chaque mou­ve­ment de Canal+, CNews ou Europe 1, une par­tie du petit monde médi­a­tique, et ciné­matographique, s’alarme de la con­cen­tra­tion, de l’influence et du mélange des gen­res. Mais quand Medi­awan empile les sociétés, pro­duit des émis­sions poli­tiques pour France Télévi­sions, place neuf films à Cannes et capte plus de 110 mil­lions d’euros annuels auprès du groupe pub­lic, le ton devient soudain plus feutré.

Il ne s’agit pas de nier la réus­site entre­pre­neuri­ale de Cap­ton. Elle est réelle. Mais l’influence n’est pas moins digne d’examen lorsqu’elle porte un cos­tume jugé cul­turelle­ment plus accept­able. À Cannes, Medi­awan a décroché sa palme : celle du pou­voir dis­cret, sub­ven­tion­né, célébré… Et beau­coup moins surveillé.

Rodolphe Cha­la­mel

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