Avec neuf films présentés à Cannes, la maison de production Mediawan confirme son poids dans le cinéma français et international. Son patron, Pierre-Antoine Capton, défend volontiers l’audiovisuel public.
À Cannes, certains montent les marches, d’autres comptent les films. Pierre-Antoine Capton appartient plutôt à la seconde catégorie. Le patron de Mediawan, groupe fondé avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, n’a pas besoin d’apparaître sur tous les tapis rouges pour peser lourd sur la Croisette. Un groupe dont le public a, bien sûr, beaucoup entendu parler depuis la commission d’enquête parlementaire menée par Charles Alloncle.
En 2026, Mediawan revendique neuf films au Festival de Cannes, un record maison qui confirme la puissance de frappe d’un groupe devenu incontournable dans la production audiovisuelle.
Neuf films à Cannes, et une influence qui ne dit pas son nom
Dans le palmarès officiel, plusieurs titres liés à cet écosystème ont brillé ou occupé les sections les plus visibles. Notre Salut, d’Emmanuel Marre, a reçu le prix du scénario, tandis que le Festival a aussi distingué l’un de ses techniciens par le prix CST de l’artiste-technicien. Garance, de Jeanne Herry, figurait en compétition, et Full Phil, de Quentin Dupieux, était présenté en séance de minuit.
C’est une véritable réussite industrielle : Mediawan a construit un champion français, capable de produire pour les chaînes, les plateformes, le cinéma et l’international. Le groupe revendique 80 sociétés de production, une présence dans 14 pays et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires global.
France Télévisions, le robinet qu’il ne faut pas couper
Le sujet devient plus piquant lorsque Pierre-Antoine Capton se fait défenseur de l’audiovisuel public. Devant la commission d’enquête parlementaire, le rapporteur Charles Alloncle a évoqué en février dernier un volume contractuel d’« un peu plus de 110 millions d’euros par an » entre France Télévisions et les sociétés de Mediawan, faisant du groupe le premier bénéficiaire des contrats de production du service public. Capton a confirmé l’ordre de grandeur, tout en précisant qu’il s’agissait de contrats passés par une vingtaine de sociétés de production.
Le même Capton assure que France Télévisions représente moins de 5 % de l’activité consolidée mondiale de Mediawan, mais environ 25 % de son chiffre d’affaires en France. Autrement dit : Mediawan n’est pas dépendant du service public à l’échelle mondiale, mais le service public reste un client majeur sur son marché domestique. Sa défense de la « télé publique » prend alors une saveur particulière : celle d’un fournisseur privé expliquant doctement que son meilleur client national doit être protégé.
Un pilier de l’État profond culturel
La comparaison avec Vincent Bolloré est éclairante. À chaque mouvement de Canal+, CNews ou Europe 1, une partie du petit monde médiatique, et cinématographique, s’alarme de la concentration, de l’influence et du mélange des genres. Mais quand Mediawan empile les sociétés, produit des émissions politiques pour France Télévisions, place neuf films à Cannes et capte plus de 110 millions d’euros annuels auprès du groupe public, le ton devient soudain plus feutré.
Il ne s’agit pas de nier la réussite entrepreneuriale de Capton. Elle est réelle. Mais l’influence n’est pas moins digne d’examen lorsqu’elle porte un costume jugé culturellement plus acceptable. À Cannes, Mediawan a décroché sa palme : celle du pouvoir discret, subventionné, célébré… Et beaucoup moins surveillé.
Rodolphe Chalamel

