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L’ARCOM donne raison à LFI : France Télévisions rappelée à l’ordre

1 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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En met­tant en demeure France Télévi­sions et Radio France après un entre­tien avec le député insoumis Manuel Bom­pard, l’ARCOM a offert à LFI une vic­toire dans sa guerre larvée con­tre les médias publics. Ce suc­cès révèle la stratégie des mélen­chon­istes, qui con­siste à défendre le principe de ser­vice pub­lic audio­vi­suel tout en s’attaquant aux médias d’État lorsqu’ils s’éloignent un peu trop de leur ligne.

L’affaire pour­rait sem­bler pure­ment déon­tologique. Elle est en réal­ité très poli­tique. En sanc­tion­nant France Télévi­sions et Radio France pour une séquence de l’émission « Ques­tions poli­tiques », l’ARCOM a don­né rai­son le 24 avril à Manuel Bom­pard et à LFI sur un point pré­cis : cer­taines affir­ma­tions for­mulées à l’antenne étaient inex­actes. Une déci­sion qui inter­vient dans un cli­mat plus large de défi­ance réciproque entre les Insoumis et un ser­vice pub­lic audio­vi­suel qu’ils accusent régulière­ment de relay­er les obses­sions de leurs adversaires.

France Télévisions et Radio France mis en demeure pour défaut « d’honnêteté et de rigueur »

La déci­sion de l’ARCOM vise une séquence dif­fusée le 9 novem­bre 2025 sur Fran­ce­in­fo TV et France Inter, dans l’émission « Ques­tions poli­tiques ». Ce jour-là, Alix Bouil­h­aguet inter­roge Manuel Bom­pard sur Zohran Mam­dani, alors tout juste élu maire de New York, ain­si que sur l’UNRWA (le bureau de l’ONU pour les réfugiés de Pales­tine). La jour­nal­iste affirme notam­ment que Mam­dani aurait repris le slo­gan « Mon­di­alis­er l’Intifada », qu’il « botte en touche » sur la con­damna­tion du 7 octo­bre, et qu’il lève des fonds pour une UNRWA « accusée de col­lu­sion avec le Hamas ».

Manuel Bom­pard con­teste aus­sitôt les for­mu­la­tions, accu­sant la jour­nal­iste de « dés­in­former » le pub­lic. LFI saisit dans la foulée l’ARCOM, qui lui don­nera donc par­tielle­ment rai­son. Le régu­la­teur estime que Zohran Mam­dani avait bien con­damné les crimes du Hamas du 7 octo­bre, qu’il n’avait pas repris le slo­gan litigieux, et que les accu­sa­tions de « col­lu­sion général­isée » entre l’UNRWA et le Hamas n’avaient pas été établies par l’enquête indépen­dante de l’ONU.

L’ARCOM reproche aus­si aux édi­teurs d’avoir cor­rigé trop tar­di­ve­ment et trop faible­ment ces pro­pos, jugeant qu’il y avait man­que­ment aux oblig­a­tions « d’honnêteté et de rigueur » dans le traite­ment de l’information. La jour­nal­iste Alix Bouil­h­aguet avait présen­té ses excus­es, admet­tant « des for­mules impré­cis­es et par­fois inexactes ».

Sur ce dossier, le ser­vice pub­lic est en effet tout à fait en tort et Manuel Bom­pard avait alors réa­gi en direct de manière assez con­va­in­cante face à ce qui s’apparentait claire­ment à un entre­tien à charge et démon­tant immé­di­ate­ment les trois fauss­es infor­ma­tions de la journaliste.

France Info, « égout médiatique » à la remorque de CNews

Cette ani­croche a nour­ri la défi­ance de LFI à l’égard de l’audiovisuel pub­lic, qui est par­fois très ten­due. Le 9 avril, quelques jours donc avant la déci­sion de l’ARCOM, c’est Danièle Obono qui, dans l’émission « À l’air libre » de Medi­a­part, qual­i­fi­ait notam­ment France Info d’« égout médi­a­tique », accu­sant le « sys­tème médi­a­tique » de « fonc­tion­ner en boucle pour servir l’ar­rivée au pou­voir de l’ex­trême droite » et fustigeant « l’exemple de CNews ».

Une accu­sa­tion qui revient en boucle sur les médias de la gauche rad­i­cale, notam­ment depuis un arti­cle de Pauline Bock pour Arrêt sur Images, accu­sant France Info de « dérive édi­to­ri­ale », à la suite du recrute­ment pour l’émission Le Pour et le Con­tre des ex-chroniqueurs de CNews Paul Melun et Nathan Dev­ers et de la présen­ta­trice Claire-Elis­a­beth Beau­fort. Une émis­sion qui scan­dalise la gauche rad­i­cale, cat­a­strophée à l’idée de revoir le philosophe Michel Onfray (et d’autres) sur le ser­vice pub­lic. Les arti­cles dans la même veine ont été bien sûr pub­liés sur Medi­a­part, Street­press ou encore Blast. Ce dernier média était ain­si scan­dal­isé en mars dernier par les excus­es présen­tées par France Info à Eric Ciot­ti après que Nathalie Saint-Cricq l’a com­paré à Mus­soli­ni. Une déser­tion en rase cam­pagne face à « l’extrême droite ».

Les ten­ta­tives d’avilir les médias ne sont pas nou­velles En 2018, Jean-Luc Mélen­chon avait attaqué des jour­nal­istes de France Info après une enquête sur ses comptes de cam­pagne, les qual­i­fi­ant notam­ment d’« abrutis » et appelant à les « dis­créditer ». La direc­tion de Radio France avait alors annon­cé une plainte. L’épisode dis­ait déjà quelque chose du rap­port insoumis aux médias : non pas seule­ment une demande de plu­ral­isme, mais une volon­té de délégitimer les jour­nal­istes jugés hostiles.

Mélen­chon a régulière­ment accusé les médias, même Le Monde, de « faire le jeu du FN ». La thèse est com­mode : si LFI est cri­tiquée, ce n’est jamais en rai­son de ses ambiguïtés, de ses out­rances ou de ses con­tra­dic­tions, mais parce qu’un sys­tème médi­a­tique hos­tile tra­vaillerait à sa destruction.

Défendre l’audiovisuel public, sauf quand il n’est pas aligné

Le para­doxe est là. Face à la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire sur la neu­tral­ité, le fonc­tion­nement et le finance­ment de l’audiovisuel pub­lic, LFI s’est posé en défenseur résolu de France Télévi­sions et de Radio France, jusqu’à refuser de leur impos­er le devoir de neu­tral­ité, arguant que la République elle-même « n’est pas neu­tre » et qu’elle « porte des valeurs », qu’il faudrait impos­er. En clair : dans la plus pure tra­di­tion révo­lu­tion­naire, les Insoumis veu­lent faire de l’audiovisuel pub­lic des médias au ser­vice de leur lutte permanente.

Le mou­ve­ment défend moins les médias publics comme insti­tu­tions libres et plu­ral­istes que comme des out­ils devant se con­former à sa vision de l’information. La mise en demeure de France Télévi­sions est donc une vic­toire ponctuelle pour LFI, mais elle augure égale­ment la pos­si­bil­ité de voir les médias publics, pour­tant assez large­ment à gauche, abor­der 2027 avec une vision assez hos­tile au can­di­dat Mélenchon.

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