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Mélissa Theuriau

5 mai 2021

Temps de lecture : 8 minutes

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Mélissa Theuriau

Mélissa Theuriau

Lady Di journaliste

« Je ne suis pas la Mère Tere­sa de la télé », Madame Figaro, 28 juil­let 2014.

Certes, Jamel Debbouze n’a ni la prestance, ni la fortune de Dodi Al-Fayed. Mais sa femme, elle, a tout de Lady Diana : une plastique avantageuse, une trajectoire météorique (on lui propose le JT de TF1 à 26 ans), un goût pour les hommes orientaux et les couvertures des magazines people. Sans omettre la sensibilité humanitariste qui irrigue les documentaires consensuels et « citoyens » qu’elle produit via sa société 416 Prod, qu’ils soient consacrés à la jeunesse gazaouie ou aux quartiers « difficiles ». Incarnation vivante de la mixité heureuse et bourgeoise, cette grande prêtresse de la tolérance officie depuis l’île-Saint-Louis, loin des carcasses de voitures brûlées et des vapeurs de haschich. Mais les bons sentiments font les bonnes affaires.

Formation

Née le 18 juil­let 1978 à Échi­rolles, elle grandit dans la ban­lieue grenobloise, « un envi­ron­nement doux, proche de la nature, assez pro­tégé ». Elle achève ses études sec­ondaires au lycée privé catholique Pierre Ter­mi­er de Grenoble

Après le bac, elle débute une licence de droit dans l’espoir de devenir juge pour enfants. Pas­sant le plus clair de son temps sur les pistes, elle finit par bifur­quer vers le jour­nal­isme. Cette déci­sion prend sa source dans une frus­tra­tion orig­inelle : « Dans ma famille, on regar­dait beau­coup la télé. J’é­tais tou­jours éton­née de l’or­dre dans lequel étaient abor­dés les événe­ments. Cela ne cor­re­spondait pas aux sujets de con­ver­sa­tions qui nous impor­taient. De façon naïve, j’ai eu envie de don­ner la parole à d’autres per­son­nes, selon d’autres pri­or­ités. » Elle intè­gre l’Institut de la Com­mu­ni­ca­tion et des Médias, un étab­lisse­ment pub­lic « parce que les écoles de jour­nal­isme étaient inabor­d­ables ». Elle y décroche un mas­ter de jour­nal­isme. En par­al­lèle, elle valide un DUT (Diplôme Uni­ver­si­taire Tech­nologique) d’information-communication à l’IUT de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble.

Parcours professionnel

Une fois ses diplômes en poche, elle débar­que à Paris en 2002 et débute en faisant des piges pour Canal+ et Glem Pro­duc­tions. Elle enchaîne sur un poste de chroniqueuse pour l’émis­sion « J’y étais » de Match TV, une chaîne du groupe Lagardère con­sacrée à l’actualité peo­ple. Elle y ren­con­tre l’animateur Frédéric Lopez, qui la recom­mande à Jean-Claude Dassier, alors directeur général de LCI. La may­on­naise prend et la jour­nal­iste rejoint le « desk » de la chaîne d’informations en 2003. Selon elle, « c’était le Graal mal­gré la pres­sion et la pré­car­ité des piges, se sou­vient-elle. J’arrivais à 4 h 30 et je rédi­geais les jour­naux de la mati­nale. Ça allait à mille à l’heure. J’ai adoré ! » Sa car­rière décolle rapi­de­ment lorsqu’on la fait pass­er devant la caméra. En 2005, elle présente le jour­nal « LCI matin » aux côtés de Thier­ry Gilar­di, après avoir été le jok­er du jour­nal TV de la chaîne. C’est à ce moment que Dassier lui pro­pose la place, très con­voitée, de jok­er de Claire Chaz­al sur TF1. « Cette offre n’était pas jus­ti­fiée. J’étais encore en appren­tis­sage… J’avais à peine 26 ans. Des filles qui fai­saient ce job depuis dix ans méri­taient ce poste. Pas moi. Et puis, cette expo­si­tion ne me fai­sait pas rêver… » Elle est débar­quée de LCI dans la foulée, sans ménage­ment, en 2006.

La char­mante jour­nal­iste rebon­dit sur M6 en présen­tant l’émission « Zone Inter­dite » dont elle est rédac­trice en chef. Mais ses ambi­tions sont frus­trées par le fonc­tion­nement d’une chaîne privée : « J’é­tais rédac­trice en chef mais je ne par­ve­nais jamais à impos­er des sujets ». Elle ressent alors le besoin d’aller tourn­er un sujet sur les jeunes Arabes opprimés en Pales­tine, quitte à action­ner tous ses con­tacts et en dépit des réti­cences des poten­tiels diffuseurs.

En 2012, après avoir ven­du son doc­u­men­taire sur Gaza à M6 et Téva, elle se retire de la petite lucarne pour se con­sacr­er exclu­sive­ment à la pro­duc­tion de doc­u­men­taires. Depuis 2012, la société de pro­duc­tion 416 Prod, qu’elle a fondée en 2008, a réal­isé pas moins d’une ving­taine de doc­u­men­taires guidés par une idée fixe : « Tourn­er des sujets sur la jet-set ou les requins, c’est super, mais cela ne m’in­téresse pas en tant que pro­duc­trice. Je me pas­sionne pour ceux qui sont dans l’exclusion ».

Parcours militant

Respon­s­able d’un reportage ori­en­té sur les bavures poli­cières, elle sus­cite l’ire du syn­di­cat de police Alliance, comme le révèle Faits et Doc­u­ments : « Sans doute aveuglée par une haine non dis­simulée de la police, son com­porte­ment agres­sif l’a amené à salir l’ensemble des policiers ». Le com­mu­niqué est envoyé à Nico­las de Tav­er­nost, patron de la six­ième chaîne, qui défend sa jour­nal­iste. Elle était pointée du doigt pour son inter­view du min­istre de l’Intérieur de l’époque, Brice Hort­e­feux, lors duquel elle n’a pas hésité à assail­lir le min­istre de ques­tions véhé­mentes, à le con­tredire et à lui couper la parole.

Cet entre­tien suc­cé­dait au reportage de Zone Inter­dite com­prenant une vidéo mon­trant huit policiers en train de frap­per un jeune homme seul à terre, à l’époque des émeutes dans les ban­lieues en novem­bre 2005.

En 2014, elle est une des pre­mières sig­nataires du man­i­feste rédigé par le col­lec­tif « Prenons la Une », paru dans Libéra­tion, qui plaidait pour un appro­fondisse­ment de l’égalité pro­fes­sion­nelle et de la par­ité dans le monde des médias.

Ses accoin­tances poli­tiques sont mis­es en exer­gue dans un por­trait de Libéra­tion : « On se sou­vient l’avoir enten­due se féliciter de voir Greno­ble dirigée par Eric Piolle, le maire éco­lo qui se ver­rait bien aller plus haut. Elle a égale­ment évo­qué son sou­tien à Trappes, cité chère à son cœur, taxée de séparatisme ».

Collaborations

Elle crée aux côtés de 2 con­sœurs (Lau­rence Fer­rari et Claire Chaz­al) l’opération « La Rose » qui tra­vaille avec l’UNICEF pour aider à fournir une édu­ca­tion aux filles défa­vorisées. La jour­nal­iste vient égale­ment en aide à l’as­so­ci­a­tion « Rêves », qui œuvre pour les enfants malades.

Mélis­sa Theuri­au a été ambas­sadrice de la mar­que de lunettes Vuar­net. Enfin, elle a soutenu l’association Action con­tre la Faim lors de son opéra­tion « Un café con­tre la famine ».

Vie privée

La mère de la jour­nal­iste était psy­cho­logue du tra­vail, son père tra­vaille aux ressources humaines d’un hôpi­tal. Son frère Dim­itri est assistant-décorateur.

Elle ren­con­tre son prince char­mant lors d’une inter­view en marge du tour­nage d’Astérix aux Jeux Olympiques en 2007 alors qu’elle est sur le plateau pour réalis­er un sujet pour « Zone Inter­dite ». « J’ai adoré ce que j’en­tendais. Les pris­es de posi­tion, les con­vic­tions et la nuance dans ses pro­pos. C’est quelqu’un qui sait chang­er d’avis, qui apprend beau­coup des autres et qui sait écouter. Ça, ça m’a touchée très vite ».

Ils se mari­ent un an plus tard à l’abbaye des Vaux-de-Cer­nay dans la Val­lée de Chevreuse. Le « curé des loubards » Guy Gib­ert pré­side à la céré­monie. Les fes­tiv­ités se pro­lon­gent à Mar­rakech, où le mariage est cette fois célébré par un imam, dans le riad per­son­nel de l’humoriste, une rési­dence de cinq hectares située dans le quarti­er cos­su de Tar­ga. Deux enfants sont issus de cette union : Léon Ali (« sa grand-mère l’ap­pelle Ali »), né en 2008, et Lila, née en 2011.

Libéra­tion nous donne un aperçu fidèle de son cadre de vie priv­ilégié : « Elle réside désor­mais sur l’île Saint-Louis au cœur de Paris. Elle a sa mai­son dans le Lubéron. Et ral­lie sou­vent le Maroc, où Jamel a mon­té un fes­ti­val et entre­tient de bonnes rela­tions avec les pou­voirs locaux. »

Sa nébuleuse

Les mentors

Frédéric Lopez qui lui a mis le pied à l’étrier (« De manière com­plète­ment instinc­tive, j’ai tou­jours su détecter les per­son­nes bien­veil­lantes. Fred en fait par­tie »). Elle par­ticipe en 2014 à l’émission Ren­dez-vous en terre incon­nue conçue par Frédéric Lopez.

Jean-Claude Dassier qui lui a don­née sa chance et l’a formée.

L’équipe de 416 Prod

Jean-Christophe Col­lette, pro­duc­teur associé

Luc Golfin, con­seiller édi­to­r­i­al et monteur

Les réal­isa­teurs Allan Rotschild, Édouard Berg­eron, Elsa Mar­gout, Hélène Lam Trong

Luc Besson a invité le cou­ple à son mariage. Mélis­sa Theuri­au est à l’origine d’un doc­u­men­taire hagiographique sur le pro­duc­teur en 2014. L’homme, en dif­fi­culté avec la cri­tique, souhaitait alors redor­er son image.

Rokhaya Dial­lo auteur du doc­u­men­taire Les Réseaux de la Haine, pro­duit par 416 Prod.

Filmographie

Documentaires
Cinéma
  • Planes de Klay Hall (2013) : Rochelle (voix)
  • Pourquoi j’ai pas mangé mon père de Jamel Deb­bouze : Lucy

Distinctions

  • Prix Mar­cel Jul­lian de la pre­mière œuvre du Club de l’Audiovisuel pour son doc­u­men­taire sur Gaza

Ils ont dit

« Elle aurait pu se met­tre en cou­ple avec un baron de la pub­lic­ité, faire un enfant caché avec un alter ego, s’afficher avec des grands patrons ou des aven­turi­ers. Elle se marie avec Jamel Deb­bouze, comique mali­cieux au bras ban­croche, issu de l’immigration maro­caine. Elle devient une référence de la mix­ité. Son cou­ple est scruté à l’aune des dif­fi­cultés de l’intégration. Et les prénoms com­posés de leurs reje­tons passés au scan­ner de la con­for­mité comme de la dif­férence. Une amie : « Fal­lait pas qu’ils se plantent. Ils étaient atten­dus au tour­nant » », Libéra­tion, 21 avril 2021.

« Le 29 octo­bre, pen­dant les vacances de la Tou­s­saint, la min­istre de l’E­d­u­ca­tion nationale Najat Val­laud-Belka­cem, annonce le lance­ment d’une journée nationale con­tre le har­cèle­ment sco­laire, et une réal­isée par la jour­nal­iste Melis­sa Theuri­au, co-pro­duit avec le sou­tien du groupe Walt Dis­ney. […] Une vidéo qui n’est pas du goût de tous les enseignants. Dès le lende­main, le SNALC-FGAF (deux­ième syn­di­cat des enseignants du sec­ond degré) a fait con­naître son agace­ment par voie de com­mu­niqué. Il dénonce “une mise en scène peu nuancée de ce grave prob­lème”, soulig­nant que lorsque des enseignants sig­na­lent des cas de har­cèle­ment, “la réponse insti­tu­tion­nelle n’est pas tou­jours à la hau­teur” », L’Express, 5/11/2015

« La jolie ex-jour­nal­iste star, dev­enue pro­duc­trice de doc­u­men­taires qui don­nent la parole aux exclus, vit un con­te de fées avec son Trap­piste. Ils ont deux enfants, des métiers pas­sion­nants, des amis à foi­son et de la recon­nais­sance à reven­dre. Bref, une carte postale de la France mixte comme on n’oserait pas en dépein­dre de peur d’être traité de crétin », Psy­cholo­gies Mag­a­zine, 05/05/2015.

« Jamel Deb­bouze, comé­di­en, certes, mais… his­to­rien ? C’est une blague ? Que nen­ni ! En sep­tem­bre, le comique nous con­tera… l’Histoire de France sur M6 ! Va-t-il essuy­er autant de cri­tiques que le “trop à droite” Lorànt Deutsch ? Jamel Deb­bouze et son épouse Mélis­sa Theuri­au ont ven­du à M6 un pro­gramme court. Ni l’un ni l’autre n’ont de bagage d’historien : pour elle, un mas­ter en jour­nal­isme audio­vi­suel et un diplôme uni­ver­si­taire de tech­nolo­gie (information/communication), et lui, ses biogra­phies omet­tant ses études, il se peut qu’il ait passé une licence ou un mas­ter en his­toire – avec option Astérix ? – mais que, par pudeur, il le cache : sur la préhis­toire (thèse : Pourquoi j’ai pas mangé mon père, où son per­son­nage “est rejeté par les Simiens” comme une par­tie des gamins de ban­lieue par la société” ou sur l’Antiquité (mémoire : Mis­sion Cléopâtre ?) ou encore sur l’histoire con­tem­po­raine comme il le fit sur RTL en 2011 ? », Boule­vard Voltaire, 15/04/2015.

« Pour faire décoller sa mai­son de pro­duc­tion, elle dis­pose d’un sacré atout : sa notoriété. Hélène Lam Trong reste per­suadée qu’elle n’au­rait pas pu réalis­er “Maman est en prison : l’ab­sente” si l’ex-présen­ta­trice ne s’é­tait pas fendue d’un coup de fil pour déblo­quer cer­taines autori­sa­tions de tour­nage », TéléObs, 08/09/2014.

« Omar [Sy], très bon élève, a été dirigé vers une fil­ière tech­nique. Dans ma ban­lieue grenobloise, j’avais de moins bons résul­tats que lui et on m’a lais­sée pour­suiv­re vers un bac général. Pourquoi ? », Paris Match, 04/02/2012.

« Quand on reçoit un min­istre, on ne le traite pas comme ça, ce n’est pas parce que vous êtes mar­iée avec Jamel Deb­bouze qu’il faut vous croire tout per­mis… », Nico­las de Tav­er­nost, cité dans « Télé : un monde sans pitié » de Rémy Per­nelet, 2010.

Elle a dit

À pro­pos de Marine Le Pen, qui a refusé d’apparaître face aux enfants de l’émission « Au Tableau !!! » : “Peut-être qu’elle n’aime pas trop les enfants”, « La Boîte à Ques­tions », Canal+, 30/03/2018.

« Si tous les insti­tu­teurs étaient alertés et réac­t­ifs à cette prob­lé­ma­tique de l’isole­ment, on n’au­rait pas besoin de for­mer, de détecter le har­cèle­ment, on n’au­rait pas 700000 enfants par an en souf­france », L’Opinion, 04/11/2015.

À pro­pos des électeurs du Front Nation­al : « Il faut écouter ceux qu’on ne com­prend pas, avec la même bien­veil­lance que les opprimés », TéléObs, 08/09/2014.

« J’ai tou­jours eu en moi cette révolte con­tre l’injustice. Je refuse les préjugés, les idées pré­conçues. Je veux fouiller, creuser, décoller des éti­quettes. Voir les gens vivre, com­pren­dre qui ils sont : c’est le cœur de mon boulot aujourd’hui », Madame Figaro, 28/07/2014.

En évo­quant les guer­ri­ers Mas­saï : « On est dix fois plus vio­lents qu’eux. Ils cri­ent pas pour s’appeler, ils se dépla­cent beau­coup, ils ont un autre mode de com­mu­ni­ca­tion. On est dans l’amour et le respect »Ren­dez-vous en Terre Incon­nue, France 2, 21/01/2014

« Qua­si chaque semaine, on m’écrit que je fais honte à la France d’avoir épousé un hand­i­capé arabe qui ne sait pas align­er deux mots de français et qui, de toute façon, va crev­er bien­tôt […] Aujourd’hui je fais moins atten­tion, Jamel m’a appris à m’en détach­er. Lui dit que la France n’est pas raciste. Je ne suis pas de son avis », 02/01/2014.

« Être mère ne devrait pas pénalis­er les femmes. L’arrivée d’un enfant devrait au con­traire être le moment de rétablir ses pri­or­ités, de rebat­tre les cartes de sa vie pro­fes­sion­nelle. Moi, quand je regarde mes enfants, je vois ma lib­erté. Bien sûr, il y a le prob­lème du mode de garde, si coû­teux, si com­pliqué. J’ai été beau­coup aidée par une nounou qui vit en bas de chez moi et qui a des horaires sou­ples », Elle, 2013.

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