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France Télévisions et Delphine Ernotte rattrapés par l’effet Alloncle

11 juin 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Entre soupçon de faux témoignage devant la com­mis­sion d’enquête et annonces de coupes inédites dans les pro­grammes, Del­phine Ernotte voit se refer­mer l’étau autour de France Télévi­sions. Le rap­port Allon­cle, longtemps présen­té comme exces­sif, sem­ble désor­mais peser con­crète­ment sur les arbi­trages du groupe public.

Le dossier de l’audiovisuel pub­lic, que Del­phine Ernotte espérait sans doute refer­mer après des mois d’auditions par­lemen­taires, con­naît un dou­ble rebond. D’un côté, la prési­dente de France Télévi­sions est mise en cause après les révéla­tions le 9 juin de Mar­i­anne sur le recours pré­sumé au cab­i­net For­ward Glob­al pour pré­par­er cer­taines audi­tions. De l’autre, le groupe pub­lic annonce des économies spec­tac­u­laires dans sa grille. Deux séquences dis­tinctes, mais un même effet poli­tique : la com­mis­sion Allon­cle a instal­lé la ques­tion de la ges­tion de France Télévi­sions au cen­tre du débat public.

Forward Global : une réponse sous serment qui embarrasse

Lors de son audi­tion finale, Charles Allon­cle avait inter­rogé Del­phine Ernotte sur l’éventuel recours à une société privée pour pré­par­er les per­son­nes enten­dues par la com­mis­sion d’enquête. La réponse de la prési­dente de France Télévi­sions avait été un « non » catégorique.

« Madame Ernotte, pourquoi avoir men­ti ? Com­ment les Français qui payent pour France Télévi­sions peu­vent-ils encore vous faire con­fi­ance ? » a lancé le député UDR sur X le 9 juin, reprenant les infor­ma­tions de Mar­i­anne. Et l’élu de prévenir que « le délit de par­jure devant une com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire est pas­si­ble de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ».

L’entourage de Del­phine Ernotte con­teste toute idée de par­jure, avançant qu’il ne s’agirait pas d’une mis­sion formelle, mais d’échanges « hors con­trat ». L’argument paraît frag­ile poli­tique­ment : si l’intervention était utile à la pré­pa­ra­tion des dirigeants, la fron­tière entre sim­ple échange et accom­pa­g­ne­ment devient pour le moins ténue. Charles Allon­cle évoque désor­mais un pos­si­ble sig­nale­ment à la justice.

Des coupes qui donnent du poids au rapport Alloncle

Au même moment, France Télévi­sions entre dans une phase d’austérité rarement assumée aus­si net­te­ment. Le groupe s’est engagé à réduire ses coûts de 150 mil­lions d’euros pour revenir à l’équilibre, alors que la dota­tion de l’État recule de 80 mil­lions d’euros par rap­port à 2025. Stéphane Sit­bon-Gomez, directeur général adjoint du groupe, a recon­nu dans La Tri­bune le 7 juin que c’était « la pre­mière fois » que France Télévi­sions devait autant couper dans ses pro­grammes et reven­dre des droits sportifs, comme ceux du Tournoi des Six Nations.

La baisse touche aus­si la créa­tion : 55 mil­lions d’euros de dépens­es en moins sont annon­cés. Des séries comme César Wag­n­er, A pri­ori ou Dis­pari­tion inquié­tante doivent être inter­rompues. Plusieurs mag­a­zines quo­ti­di­ens, dont Vu, Flavie en France, Bel & bien ensem­ble ou Les Mater­nelles, sont égale­ment appelés à dis­paraître ou à chang­er de rythme.

Le service public ne peut plus esquiver les critiques

Ces annonces don­nent un relief nou­veau au rap­port Allon­cle. Ses propo­si­tions avaient été dénon­cées comme bru­tales, mais la direc­tion de France Télévi­sions tra­vaille désor­mais elle-même sur des scé­nar­ios de rup­ture : fusion de chaînes, coupes dans le sport, réduc­tion des jeux ou recen­trage sur l’information. Bien sûr, les coupes actuelles ne sont pas nées du rap­port Allon­cle, elles étaient déjà inscrites dans la tra­jec­toire budgé­taire de France Télévi­sions. Mais le rap­port a changé leur portée poli­tique. Ce qui rel­e­vait encore d’un ajuste­ment financier interne devient désor­mais la preuve, pour les cri­tiques du ser­vice pub­lic, qu’un mod­èle coû­teux arrive en bout de course. L’« effet Allon­cle » n’a pas créé l’austérité à France Télévi­sions, il l’a ren­due poli­tique­ment impos­si­ble à esquiver.

Olivi­er Frèrejacques

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