Entre soupçon de faux témoignage devant la commission d’enquête et annonces de coupes inédites dans les programmes, Delphine Ernotte voit se refermer l’étau autour de France Télévisions. Le rapport Alloncle, longtemps présenté comme excessif, semble désormais peser concrètement sur les arbitrages du groupe public.
Le dossier de l’audiovisuel public, que Delphine Ernotte espérait sans doute refermer après des mois d’auditions parlementaires, connaît un double rebond. D’un côté, la présidente de France Télévisions est mise en cause après les révélations le 9 juin de Marianne sur le recours présumé au cabinet Forward Global pour préparer certaines auditions. De l’autre, le groupe public annonce des économies spectaculaires dans sa grille. Deux séquences distinctes, mais un même effet politique : la commission Alloncle a installé la question de la gestion de France Télévisions au centre du débat public.
Forward Global : une réponse sous serment qui embarrasse
Lors de son audition finale, Charles Alloncle avait interrogé Delphine Ernotte sur l’éventuel recours à une société privée pour préparer les personnes entendues par la commission d’enquête. La réponse de la présidente de France Télévisions avait été un « non » catégorique.
« Madame Ernotte, pourquoi avoir menti ? Comment les Français qui payent pour France Télévisions peuvent-ils encore vous faire confiance ? » a lancé le député UDR sur X le 9 juin, reprenant les informations de Marianne. Et l’élu de prévenir que « le délit de parjure devant une commission d’enquête parlementaire est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ».
⚠️ Delphine Ernotte a affirmé sous serment, lors de son audition, qu’aucune entreprise n’avait été sollicitée pour préparer les salariés de France Télévisions entendus par la commission d’enquête.
Marianne révèle aujourd’hui que c’est faux. Un cabinet privé a bien été mandaté… https://t.co/QRGn1zyTNy pic.twitter.com/A30YvWDZz5
— Charles Alloncle (@CHAlloncle) June 9, 2026
L’entourage de Delphine Ernotte conteste toute idée de parjure, avançant qu’il ne s’agirait pas d’une mission formelle, mais d’échanges « hors contrat ». L’argument paraît fragile politiquement : si l’intervention était utile à la préparation des dirigeants, la frontière entre simple échange et accompagnement devient pour le moins ténue. Charles Alloncle évoque désormais un possible signalement à la justice.
Des coupes qui donnent du poids au rapport Alloncle
Au même moment, France Télévisions entre dans une phase d’austérité rarement assumée aussi nettement. Le groupe s’est engagé à réduire ses coûts de 150 millions d’euros pour revenir à l’équilibre, alors que la dotation de l’État recule de 80 millions d’euros par rapport à 2025. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint du groupe, a reconnu dans La Tribune le 7 juin que c’était « la première fois » que France Télévisions devait autant couper dans ses programmes et revendre des droits sportifs, comme ceux du Tournoi des Six Nations.
La baisse touche aussi la création : 55 millions d’euros de dépenses en moins sont annoncés. Des séries comme César Wagner, A priori ou Disparition inquiétante doivent être interrompues. Plusieurs magazines quotidiens, dont Vu, Flavie en France, Bel & bien ensemble ou Les Maternelles, sont également appelés à disparaître ou à changer de rythme.
Le service public ne peut plus esquiver les critiques
Ces annonces donnent un relief nouveau au rapport Alloncle. Ses propositions avaient été dénoncées comme brutales, mais la direction de France Télévisions travaille désormais elle-même sur des scénarios de rupture : fusion de chaînes, coupes dans le sport, réduction des jeux ou recentrage sur l’information. Bien sûr, les coupes actuelles ne sont pas nées du rapport Alloncle, elles étaient déjà inscrites dans la trajectoire budgétaire de France Télévisions. Mais le rapport a changé leur portée politique. Ce qui relevait encore d’un ajustement financier interne devient désormais la preuve, pour les critiques du service public, qu’un modèle coûteux arrive en bout de course. L’« effet Alloncle » n’a pas créé l’austérité à France Télévisions, il l’a rendue politiquement impossible à esquiver.
Olivier Frèrejacques

