Dans le viseur de l’inspection du travail pour ses pratiques sur les émissions « C à vous » et « C dans l’air », la maison de production Mediawan prépare la fusion de quatre sociétés. Mais derrière le champion français vanté à Cannes, le fournisseur favori de France Télévisions montre une face moins glamour.
À peine les projecteurs de Cannes éteints, Mediawan retrouve une lumière moins flatteuse. Selon La Lettre ce 26 mai, le groupe de Pierre-Antoine Capton s’apprête à fusionner Réservoir Prod, Maximal Productions, Troisième Œil Productions et Hide Park Productions dans une entité commune appelée « Mediawan France Unscripted ».
Une opération présentée en interne comme une simplification administrative, mais qui intervient alors que le groupe est suivi de près sur le terrain social, notamment pour la production de « C à vous » et « C dans l’air » sur France 5.
Quatre sociétés pour une seule maison
Officiellement, Mediawan veut rationaliser ses structures, mutualiser les fonctions juridiques, financières et RH. En d’autres termes, créer des « synergies ». L’expression est commode : elle donne toujours à une réorganisation industrielle l’allure d’une évidence managériale. Les marques, elles, ne disparaîtraient pas : elles resteraient visibles, inscrites au Kbis de la nouvelle entité.
Le calendrier, toutefois, est troublant, comme le relève La Lettre. En février dernier, cette dernière relayée avait déjà révélé qu’une filiale de Mediawan avait reçu une mise en garde de l’inspection du travail sur le recours à des doubles contrats à durée déterminée d’usage, les fameux CDDU, pour des techniciens travaillant sur « C à vous » et « C dans l’air ». Un contrôle avait eu lieu en octobre 2025 dans les locaux du groupe.
Voir aussi : Pierre-Antoine Capton, portrait
« C à vous », « C dans l’air » : l’envers du plateau
Le mécanisme décrit est simple : un technicien peut, dans la même journée, passer d’une société à l’autre, par exemple de Troisième Œil à Maximal, selon qu’il travaille pour « C à vous » ou pour « C dans l’air ». À l’écran, deux émissions bien installées du service public. En coulisses, selon les représentants des intermittents cités par la presse, deux employeurs, deux bulletins de paie, des contrats courts, des effets défavorables sur les droits sociaux et une responsabilité juridique moins lisible.
Encore selon La Lettre, plusieurs recours en justice ont été menés par des salariés contre Mediawan, pour travail dissimulé et recours abusifs à des CDD. Les plaintes souligneraient toutefois le rôle de France TV, coproducteur des émissions.
La fusion serait-elle une tentative de remettre de l’ordre dans une mécanique devenue trop visible qui jure avec l’image lisse du grand champion audiovisuel français ? À l’heure où Mediawan et son patron Pierre-Antoine Capton jouent la carte de l’anti-Bolloré après avoir reçu des lauriers à Cannes, l’envers du décor fait tache.
France Télévisions, client public très généreux
L’affaire est d’autant plus intéressante que Mediawan n’est pas un fournisseur marginal du service public. Lors de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, il a été rappelé que le groupe est le premier producteur audiovisuel en volume de contrats signés avec France Télévisions, pour plus de 100 millions d’euros et environ 400 heures de programmes. Pierre-Antoine Capton a de son côté expliqué que France Télévisions représentait moins de 5 % de l’activité consolidée mondiale de Mediawan, mais 25 % de son activité en France.
On comprend mieux, dès lors, l’attachement du patron de Mediawan à la défense de l’audiovisuel public. Quand la « télé publique » arrose largement un producteur privé, celui-ci découvre volontiers les vertus civiques du service public. Mais Mediawan n’est pas un groupe de Bolloré, il est beaucoup moins critiqué. En dépit de ses coulisses.

