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L’hebdo Le 1  et Les Césars combattent l’apartheid

27 février 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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L’hebdo Le 1 et Les Césars combattent l’apartheid

Le numéro 143 de l’hebdo Le 1 daté du 22 février 2017 et consacré au thème « Banlieues. Retour sur un Apartheid » symbolise une semaine « antiraciste » ponctuée par la cérémonie des Césars. Samedi 25 février, les stations de Radio France sont unanimes : si la cuvée des Césars n’est pas un grand cru cinématographique, elle est une vraie réussite pour la lutte contre le « racisme » des policiers et « l’apartheid » des banlieues.

Politique antiraciste d’abord

Le monde médi­a­tique est empêtré dans les affaires Théo et Mék­lat, causées par un « apartheid » selon l’hebdo Le 1 dirigé par Éric Fot­tori­no, jour­nal­iste et écrivain, ancien PDG du groupe Le Monde. Les Césars ne pou­vaient y échap­per. La céré­monie a cédé à l’ambiance de la semaine et des applaud­isse­ments unanimes ont été réservés aux dis­cours mil­i­tants con­sacrés à la lutte « antiraciste ». François Cluzet a ain­si déclaré : « Si on peut dire bam­boula c’est con­ven­able, on doit pou­voir dire enculé de raciste c’est un com­pli­ment ». Applaud­isse­ments nour­ris de par­tic­i­pants qui n’ont pas souhaité relever l’homophobie de l’expression « enculé de raciste ». La soirée a eu son lot de temps forts. L’émotion de Déb­o­rah Luku­mue­na, César du meilleur sec­ond rôle féminin pour son inter­pré­ta­tion de Maimouna dans Divines. Le pre­mier film de Hou­da Benyam­i­na est par ailleurs le grand gag­nant des Césars d’après Europe 1. Ce film avait déjà obtenu la Caméra d’or du dernier Fes­ti­val de Cannes dans un autre con­texte d’engagement pour la pro­fes­sion : en faveur des « réfugiés ». Peu avant, un grand éclat de rire a sec­oué la salle quand le maître de céré­monie, Jérôme Com­man­deur, a déclaré : « Pour remet­tre le César du meilleur film étranger, j’appelle Flo­ri­an Philip­pot ». L’engagement poli­tique du ciné­ma français atteignait cepen­dant son point d’orgue avec l’intervention de la lau­réate du César du meilleur court-métrage, la réal­isatrice d’origine séné­galaise Alice Diop qui a dédié son trophée aux plus récentes vic­times du racisme polici­er en ban­lieue. Émo­tion per­cep­ti­ble puis applaud­isse­ments nourris.

Le 1, l’hebdo dans le sens du vent

L’hebdo de Fot­tori­no peut se tar­guer d’avoir anticipé la grande soirée de la bobosphère sur Canal +. Dans son numéro du mer­cre­di 22 févri­er, le mag­a­zine se pro­pose de faire « retour sur l’apartheid » et le racisme polici­er qui sévi­raient dans les ban­lieues. Les médias main­stream utilisent l’expression « apartheid » de préférence à celle de « ter­ri­toires per­dus de la république », con­sid­érée comme trop mar­quée poli­tique­ment. Le dessin de Une mon­tre un jeune enfer­mé dans une ban­lieue et con­trôlé par six policiers : « Après l’agression du jeune Théo, Le 1 revient sur l’hostilité entre police et jeunes des ban­lieues ». Ce « retour sur un apartheid » suit la ligne de l’hebdo : « Chaque semaine, une ques­tion d’actualité, plusieurs regards », don­nant la parole à des per­son­nes issues de la diver­sité migra­toire des ban­lieues. Un habi­tant de Gen­nevil­liers explique ain­si n’avoir pas imag­iné qu’un polici­er « pour­rait lui tir­er dessus ». Ambiance ten­due : « Il y a six ans, un copain à moi qui roulait en voiture volée s’est fait pour­suiv­re par la police. Ils l’ont inter­pel­lé et l’ont frap­pé au sol, avec leurs pieds et avec une matraque ». Des « petits » regar­dent et risquent d’être trau­ma­tisés, les jeunes deman­dent poli­ment aux policiers d’arrêter, une mère de famille inter­vient… Rien n’y fait. Men­acé par un polici­er, le jeune témoin s’enfuit et se fait tir­er dessus. Blessé, il pré­cise : « Je sais que j’aurais dû me ren­dre mais j’étais fiché parce que j’avais fait des con­ner­ies avant. J’ai pris du sur­sis pour agres­sion, men­ace et défaut de per­mis (…) Pour l’histoire de Théo (..) il faut vrai­ment avoir de la haine pour faire ça ». Un regard par­mi d’autres pro­posé par l’hebdo, dont ceux de jeunes en réus­site à l’université, d’une enseignante de ban­lieue, d’un habi­tant d’Aubervilliers racon­tant l’entrée des policiers des stups dans son apparte­ment, avec fusils à pompe, d’un édu­ca­teur sportif, de deux « poli­tistes » et de deux policiers. Le cha­peau qui intro­duit les divers témoignages indique que Manuel Valls avait rai­son en 2015 d’utiliser le mot « apartheid » pour désign­er « la sit­u­a­tion des quartiers sensibles ».

La bande dessinée comme arme culturelle

Le racisme à l’encontre des pop­u­la­tions de ban­lieue est aus­si illus­tré par une planche de bande dess­inée signée Julien Revenu. L’auteur a toute légitim­ité : il a « gran­di en Seine-Saint-Denis, à Aulnay-sous-Bois et Livry-Gar­gan ». Le 1 ne pré­cise pas s’il y a un lien entre Revenu, Théo ou l’association du frère de ce dernier. La planche racon­te les événe­ments sur­venus le 2 févri­er à Aulnay. Le texte dit : « Théo Luha­ka est grave­ment blessé lors d’une inter­pel­la­tion. Le lende­main, la radio reprend directe­ment la ver­sion poli­cière invo­quant un acci­dent. De nou­veau, les ban­lieues s’embrasent. Le prési­dent de la République appelle au calme (il dit : “Il faut respecter la police”). Quand on sait que quelques bre­tons en colère peu­vent faire capot­er une loi fon­da­men­tale, on se demande qui sont ces citoyens de sec­onde zone dont la colère ne mérite même pas une réponse poli­tique ». Plus loin : « Bien sûr, des travaux ont été engagés pour désen­claver les quartiers et rénover l’habitat… mais le vrai tra­vail sym­bol­ique reste à faire. Influ­encée par la cul­ture améri­caine et l’héritage de la pen­sée colo­niale, notre généra­tion est racial­isée (…) L’universalisme, s’il est un idéal à attein­dre, sert par­fois à mas­quer les dif­férences de traite­ment appliquées aux minorités. Nous devons affirmer haut et fort notre nou­velle iden­tité nationale, ouverte et mul­ti­cul­turelle, en réponse aux frac­tures de la société ». Julien Revenu con­clut sur les mots que les jeunes issus des migra­tions veu­lent enten­dre : « Vous êtes la France ». À l’exclusion des autres bien entendu.

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