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América ! América !

11 juillet 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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América ! América !

Temps de lecture : 5 minutes

Éric Fottorino en général de presse et François Busnel en spécialiste es littérature américaine lancent América, « L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue ». L’opération est menée par le l’hebdomadaire Le 1.

Jeux de mots, jeux de vilains

François Bus­nel : « Nous vivons l’un des plus grands défis lancés à la démoc­ra­tie : un pays-con­ti­nent de 325 mil­lions d’habitants vient de porter à sa tête un homme qui a con­quis la Mai­son Blanche comme on décroche le gros lot d’un jeu de téléréal­ité. Don­ald Trump est un per­son­nage de roman. En trois mois, mani­ant l’invective et l’insulte, il a mul­ti­plié les out­rances et les provo­ca­tions : entre la dépor­ta­tion des sans-papiers, l’interdiction de ter­ri­toire aux ressor­tis­sants de sept pays musul­mans, le retour des anti­a­vorte­ments, la sup­pres­sion annon­cée de l’Obamacare, la destruc­tion des ter­res indi­ennes, les remon­trances et les men­aces adressées à des pays dont les dirigeants n’ont qu’un geste à faire pour déclencher le feu nucléaire, on est bien par­tis ! ». Eh bien… out­rances, insultes, dépor­ta­tions, feu nucléaire… François Bus­nel aurait-il per­du de sa superbe ?

Un petit tour de piste gauche culturelle caviar

De quoi s’agit-il ? De résis­ter au Mal. Autrement dit, à Don­ald Trump. Il est évidem­ment très dif­fi­cile pour des mem­bres du milieu des let­tres français­es comme Éric Fot­tori­no et Bus­nel d’accepter que les États-Unis soient dirigés par ce prési­dent. Cela va à l’encontre de la Clin­ton mania dont ils ont été et sont par­ti­sans. Du coup, ils ont créé un mou­ve­ment de résis­tance. C’est un véri­ta­ble change­ment de par­a­digme : la France « intel­lectuelle » con­tin­ue d’affirmer son anti améri­can­isme pri­maire, mais en s’appuyant sur la cau­tion de l’Amérique des potes d’Hillary. Les com­pères sont aidés par deux chroniqueurs ou per­ma­nents du Par­ti, Olivia de Lam­ber­t­erie, France 2, Le Masque et la Plume, Elle…, et Augustin Trape­nard, nav­i­ga­teur entre France Cul­ture et Canal+. Entre soi donc, à tous les étages de la rédac­tion, avec un petit zeste de France Cul­ture, his­toire de béné­fici­er de l’important relais de Radio France. Il n’y a pas de petits amis. En qua­tre noms, le tour des rédac­tions de la gauche cul­turelle caviar est terminé.

La résistance française anti-Trump

L’objectif de ce Mook, con­trac­tion de mag­a­zine et de book util­isée pour désign­er les revues ven­dues à la fois en librairies, en kiosques et en maisons de la presse, un genre ini­tié en France par XXI. Et qui s’est décliné sous toutes les formes pos­si­bles depuis dix ans, du fait du suc­cès de cette dernière revue. Son plus récent numéro est inti­t­ulé « Nos crimes en Afrique », résumant en peu de mots l’idéologie qui sous-tend l’opération. Et que l’on retrou­ve dans les couliss­es d’Améri­ca. Mag­a­zine trimestriel, Améri­ca a prévu d’exister le temps du man­dat de prési­dent de Don­ald Trump. Il a donc d’ores et déjà annon­cé sa prob­a­ble fin. Il y aurait ain­si, si Trump n’est pas réélu par les citoyens améri­cains, — ce qui sem­ble dif­fi­cile à digér­er tant pour Hillary Clin­ton que pour le cou­ple Busnel/Fottorino — 16 numéros de la revue Améri­ca à paraître. Deux numéros ont déjà parus. Fot­tori­no : « Parce que le nou­v­el hôte de la Mai­son Blanche ne par­le que de fer­mer portes et fron­tières, nous n’aurons de cesse d’aller la voir, cette Amérique réelle, à hau­teur d’hommes et de sen­ti­ments, là où la lit­téra­ture sait jeter ses filets pour fix­er les images les plus vraies, les plus fortes, les plus dérangeantes par­fois, d’une époque sans précé­dent ». Mots vides en usage dans nom­bre de quartiers mon­di­al­isés des métropoles.

Mobilisation générale !

Trump ? No pasaran ! Le pre­mier numéro a comme prin­ci­pal titre : « Face à Trump ». Le sec­ond : « Trump. La mai­son flanche ». Gageons qu’Hillary appré­cie. On n’est donc pas sur­pris de lire deux numéros à charge de près de 200 pages chaque. Ain­si, Marc Dugain déglingue le « clown » Trump tan­dis que Toni Mor­ri­son est appelée à la rescousse en con­science morale de l’Amérique vain­cue mais qui n’abandonne pas la lutte (« Les semaines qui ont suivi l’élection, j’étais dev­enue étrangère en mon pays », dit-elle). Améri­ca pré­tend vouloir com­pren­dre l’Amérique actuelle et les raisons de l’arrivée au pou­voir de Trump, depuis l’Amérique elle-même. Pré­ten­tion affir­mée comme « non mil­i­tante ». On peut douter de ce dernier trait à la lec­ture, par exem­ple, du pre­mier texte d’Augustin Trape­nard qui voit en Trump un Don­ald Duck colérique et stu­pide. Le pre­mier numéro donne aus­si la parole à Barack Oba­ma. En apparence, l’objet d’Améri­ca n’est pas de polémi­quer de façon grossière mais bien de cri­ti­quer l’Amérique de Trump de l’intérieur, en affir­mant que cette Amérique n’est tout sim­ple­ment pas l’Amérique réelle. Retourne­ment de gant : d’une cer­taine manière, les minorités agis­santes priv­ilégiées, les fameuses « élites mon­di­al­isées », pré­ten­dent s’être fait sub­tilis­er le pou­voir. Per­son­ne n’est donc sur­pris d’apercevoir Alain Mabanck­ou au som­maire. Dans le numéro 2, c’est Chi­ma­man­da Ngozi Adiche qui se pro­pose d’être « Dans la tête de Mela­nia Trump ». Entre autres faits d’armes. La revue pré­tend être, une semaine après la paru­tion de son sec­ond numéro, en 3e posi­tion des ventes de livres en France. Le refus de la réal­ité du Poor White Trash, les blancs « peu éduqués » qui auraient porté Trump au pou­voir, selon Syl­vain Cypel, sem­ble ain­si trou­ver son pub­lic en France. Qui en doutait ? Une revue telle qu’Améri­ca est directe­ment des­tinée à l’électorat upper class de Macron, ces milieux qui n’ont de démoc­rates que les mots, juste­ment, et pour qui les autres sont des « gens de rien » ou des « sans dents ».