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L’esclavage à l’école : RFI broie du noir et ment. Deuxième partie

13 novembre 2020

Temps de lecture : 6 minutes
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L’esclavage à l’école : RFI broie du noir et ment. Deuxième partie

Le 18 octobre 2020, un long reportage de RFI l’affirmait : « France, des disparités et des manques dans l’enseignement de l’histoire de l’esclavage ». Un reportage posant deux biais principaux : il est fondé sur une source unique et très engagée, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et c’est une infox. Analyse du reportage et regard porté sur l’enseignement de l’esclavage en France permettent au contraire de montrer comment l’enseignement de l’esclavage entre avec vigueur dans le cerveau de nos têtes blondes au sein de l’Éducation nationale.

Voir aus­si
L’esclavage à l’école : RFI broie du noir et ment. Pre­mière partie

La réal­ité des lycées, selon le texte offi­ciel, est, elle aus­si, très éloignée de ce que pré­tend RFI :

« Ce doc­u­ment d’éducation à la citoyen­neté autour de la « Mémoire de l’esclavage et des abo­li­tions de la traite négrière » fait aus­si men­tion de la présence de la ques­tion dans les pro­grammes de lycée. »

En histoire et géographie

  • niveau sec­onde : le texte souligne le com­men­taire du pro­gramme sur les « lim­ites de la citoyen­neté athénienne » et pro­pose une mise au point « sur la sit­u­a­tion de l’esclavage au moyen âge et les différences avec le ser­vage féodal dans le cadre du thème sur La Méditerranée au XIIe siècle car­refour des civil­i­sa­tions. Le thème V est celui qui per­met de revenir sur « la dif­fi­cile abo­li­tion de l’esclavage, la première abo­li­tion avec la Révolution, son rétablissement en 1802, la sec­onde abo­li­tion en 1848 ». Le texte men­tionne aus­si que, « l’indépendance d’Haïti de 1804 peut être évoquée » et trois personnalités doivent l’être, l’Abbé Grégoire, Tou­s­saint-Lou­ver­ture et Vic­tor Schoelch­er. De plus, les thèmes d’Éducation civique juridique et sociale « citoyen­neté et tra­vail » et « citoyen­neté et intégration » peu­vent porter sur l’esclavage.
  • niveau première : le texte pro­pose « l’analyse des nou­velles formes de dom­i­na­tion lors de l’étude de la coloni­sa­tion en his­toire ain­si que la pos­si­ble prise en compte des anci­ennes sociétés colo­niales au moment de l’étude des DOM-TOM en géographie. »

En français

  • niveau sec­onde : une « réflexion autour de l’esclavage » peut se con­duire dans le cadre d’un tra­vail sur l’argumentation. Les doc­u­ments d’accompagnement du pro­gramme indiquent explicite­ment l’opportunité d’étudier « l’esclavage et la traite négrière à tra­vers la ques­tion de l’altérité ». Le texte men­tionne ensuite des textes littéraires ou doc­u­ments pou­vant être choi­sis par les enseignants : « Jean de Léry, His­toire d’un voy­age en terre de Brésil ; La Boétie, Dis­cours de la servi­tude volon­taire ; Mon­taigne ; Diderot et d’Alembert ; Voltaire, Can­dide ; Hugo, Bug Jar­gal ; Césaire, Cahi­er de retour au pays natal ; Tournier, Ven­dre­di ou les limbes du Paci­fique ; Sty­ron, Les con­fes­sions de Nat Turn­er ; Le Code noir de 1685 ; Con­dorcet, Réflexions sur l’esclavage des nègres ; Schoelch­er, Décret d’abolition de l’esclavage de 1848 ; Todor­ov, La conquête de l’Amérique, Nous et les autres…
  • niveau première : le pro­gramme prévoit l’étude d’« un mou­ve­ment littéraire et cul­turel ». Le texte pro­pose donc d’autres ouvrages comme « Bernadin de Saint-Pierre, Paul et Vir­ginie ; Mari­vaux, L’Ile aux esclaves ou encore Pri­mo Levi, Si c’est un homme ; Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Race et His­toire ; Angé, La traversée du Lux­em­bourg ; Césaire, La tragédie du roi Christophe ; Ale­jo Car­pen­tier, Le siècle des Lumières. »

En langues anciennes

Ce doc­u­ment ministériel rap­pelle que l’enseignement des langues anci­ennes « per­met l’étude des divers aspects de la con­di­tion d’esclave à par­tir des textes fon­da­teurs comme l’Odyssée en classe de 6ème et en grec en classe de première. En latin l’étude de la vie quo­ti­di­enne en 5ème, de la vie de la cité en 4ème et de la fin de la République en 3ème, avec la révolte de Spar­ta­cus, peu­vent aus­si don­ner l’occasion d’aborder l’esclavage. Il peut aus­si être vu en grec en première avec la Vie de Cras­sus de Plu­tar­que. Il en est de même pour l’étude des auteurs latins Plaute et Juvénal en sec­onde ou Pétrone et Sénèque en terminale. »

L’en­seigne­ment pro­fes­sion­nel est aus­si con­cerné : la ques­tion de l’esclavage et de la traite se trou­ve dans les pro­grammes d’éducation civique juridique et sociale de BEP et Baccalauréat pro­fes­sion­nel à tra­vers l’étude des Droits de l’Homme. Pour le français en CAP, les enseignants peu­vent « choisir des textes qui envis­agent la ques­tion au sein des par­ties consacrées à « s’insérer dans la cité » ou « découvertes des cul­tures et des représentations de l’autre ». En BEP, le pro­gramme préconise des œuvres qui peu­vent être choisies en fonc­tion de cette problématique. Les doc­u­ments d’accompagnement du baccalauréat pro­fes­sion­nel pro­posent « une séquence sur L’Ile aux esclaves de Marivaux. »

En réal­ité, les élèves des étab­lisse­ments sco­laires enten­dent autant par­ler de l’esclavage que de la Shoah au cours de leur sco­lar­ité. Ils le savent bien, eux. Il n’est d’ailleurs pas rare, qu’après le bac, cer­tains osent dire « en avoir soupé ».

Focus sur le collège et les ressources de l’Éducation nationale

RFI recon­naît que l’esclavage et la traite des noirs sont enseignés au col­lège. Cepen­dant, la radio reprend les argu­ments de la Fon­da­tion : pour elle, ce serait insuff­isant, min­ime. C’est tout aus­si faux. L’esclavage inter­vient à trois repris­es dans les pro­grammes d’histoire de 4e :

Dans l’énorme chapitre de départ de l’année sco­laire inti­t­ulé « Bour­geoisies, com­merce, traite et esclavage au 18e siè­cle ». La prob­lé­ma­tique posée, dans le manuel Nathan 4e par exem­ple, est « Com­ment le com­merce, la traite et l’esclavage enrichissent-ils l’Europe au XVI­I­Ie siè­cle ? ». Loin de min­imiser l’esclavage, le ques­tion­nement pro­posé induit bien plus que la respon­s­abil­ité européenne, évidem­ment partagée avec les peu­ples noirs eux-mêmes et les musul­mans, ce que tous les manuels n’indiquent par con­tre pas : il sup­pose que la dom­i­na­tion con­tem­po­raine de l’Europe et plus générale­ment de l’occident serait issue du com­merce des esclaves. C’est une façon de met­tre en avant les con­cepts de dette et de repen­tance, et de don­ner raisons aux mil­i­tants raci­aux et post-colo­ni­aux qui envahissent de plus en plus les amphithéâtres des uni­ver­sités et l’espace pub­lic, avec comme sym­bole la députée de LFI Danièle Obono.

Ce chapitre n’occupe pas seule­ment une place impor­tante dans le pro­gramme mais aus­si dans le prin­ci­pal sup­port util­isé dans les class­es : le manuel sco­laire. Ain­si, ce même manuel Nathan, le plus util­isé avec le manuel Hati­er, pro­pose un chapitre com­posé de 20 pages. L’élève entend par­ler : des empires colo­ni­aux européens et du com­merce tri­an­gu­laire, du code noir, de la traite négrière, de l’enrichissement de l’Europe par le com­merce des esclaves, de l’enrichissement de cer­tains ports, Bor­deaux en par­ti­c­uli­er, et de familles par l’esclavage, un lien est même fait avec le développe­ment de la viti­cul­ture, des routes de l’esclavage depuis l’Afrique jusqu’aux Amériques, avec des doc­u­ments ter­ri­fi­ants, dont une repro­duc­tion d’un navire négri­er et de l’entassement géométrique des esclaves afin de rentabilis­er les tra­ver­sées, de la vie dans les plan­ta­tions, des con­di­tions de tra­vail et des puni­tions, des traces de l’esclavage en Guade­loupe, de la mise en oeu­vre d’un lieu de mémoire… Un ensem­ble très complet.

Dans ce même manuel :

  • Un imposant exer­ci­ce de deux pages, com­posé de 6 doc­u­ments, con­sid­éré comme une « tâche com­plexe », vise à répon­dre à cette ques­tion : « La Révo­lu­tion a‑t-elle libéré les esclaves ? ». C’est dans cet exer­ci­ce que la biogra­phie de Tou­s­saint Lou­ver­ture est pro­posée aux élèves.
  • Un chapitre de 18 pages est con­sacré au thème « Con­quêtes et sociétés colo­niales (19e siè­cle) » dans lequel le lien est explicite­ment fait entre esclavage et colonies, par une autre « tâche com­plexe » de deux pages inti­t­ulée « L’abolition de l’esclavage en France, 1848 ». La ques­tion posée est : « Com­ment l’esclavage est-il défini­tive­ment aboli en France ? ».

Plus loin, dans la par­tie géo­gra­phie, l’élève trou­vera aus­si un chapitre sur « L’Afrique dans la mon­di­al­i­sa­tion », avec une dou­ble page, inté­grée à son « par­cours citoyen », inti­t­ulée « L’Afrique des idées reçues ». La ques­tion est cette fois : « Com­ment lut­ter con­tre les préjugés sur l’Afrique ? ».

Et ce n’est pas tout.

Les ressources mis­es à la dis­po­si­tion des enseignants par l’Éducation nationale, out­re les journées mémorielles et le con­cours déjà évo­qués, sont elles aus­si nom­breuses. Elles sont con­cen­trées sur la plate-forme éduca­tive directe­ment util­is­able en classe, mais aus­si à la mai­son, Lumni.

Si l’on recherche le mot « esclavage », l’on tombe sur 78 résul­tats, autrement dit au moins 78 ressources, la plu­part étant des vidéos. Elles con­cer­nent tous les niveaux où l’esclavage est enseigné, n’en déplaise à un reportage de RFI vis­i­ble­ment réal­isé à la va-vite.

Par­mi ces ressources :

  • Un dossier de 4e et de CM1, « l’esclavage, com­pren­dre son his­toire », com­posé de 29 doc­u­ments, vidéos, films d’animation (dont un por­trait de Tou­s­saint Lou­ver­ture). Par­mi les vidéos ? Un doc­u­ment de 5 min­utes présen­tant les « noirs de France » man­i­fes­tant sous la ban­de­role « Nous sommes tous les filles et fils d’esclaves ».
  • Out­re ce dossier, des ressources qui s’adressent aux class­es de CE1, CE2, CM1, CM2, 6e, 5e, 4e, 3e, sec­onde, pre­mière et ter­mi­nale, l’une faisant l’apologie de la loi Taubira.

Ain­si, et con­traire­ment aux affir­ma­tions de RFI et à la note de la Fon­da­tion pour la mémoire de l’esclavage, note sur laque­lle le reportage s’appuie sans men­er de réel tra­vail jour­nal­is­tique, en allant par exem­ple enquêter sur ce qui est enseigné en réal­ité dans les étab­lisse­ments sco­laires, l’esclavage et la traite négrière sont enseignés durant toute la sco­lar­ité des élèves des écoles, col­lèges et lycées français, dans des matières comme l’Histoire, la Géo­gra­phie, l’éducation morale et civique, le Français mais aus­si en langues – en Anglais et en Alle­mand en particulier.

La liberté pédagogique visée

Pourquoi un reportage aus­si ten­dan­cieux venant à l’appui d’une note ori­en­tée poli­tique­ment ? RFI le dit : « Au-delà des manuels et des pro­grammes, l’enseignement reçu par les élèves dépend beau­coup des choix de leurs pro­fesseurs. Ils béné­fi­cient en effet d’une marge de manœu­vre impor­tante dans leur appli­ca­tion des pro­grammes, dans le choix de leurs sources et dans le temps passé à appro­fondir un sujet, ce qui con­court à ren­forcer les dis­par­ités dans la pra­tique. » Ce qui est visé ? La lib­erté pédagogique.

Exacte­ment le type de reportage qui, en creux, donne qui­tus aux thès­es far­felues des indigénistes et des courants post-colo­ni­aux dont les con­cepts racistes men­a­cent la démoc­ra­tie et la lib­erté d’expression en France.

RFI n’hésite d’ailleurs pas à se con­tredire en insis­tant sur le « suc­cès » du con­cours « Flamme de l’égalité » (211 class­es et près de 6000 élèves y ont par­ticipé en 2019). L’ensemble forme finale­ment un bel exem­ple de pro­pa­gande qui fait le lit des idéolo­gies de type post-colo­niales et indigénistes, espaces de mil­i­tan­tisme poli­tique dont le dan­ger n’est pas anodin. Même le min­istre de l’éducation nationale en a par­lé fin octo­bre 2020, c’est dire…

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