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Pub­lié le 2 juillet 2012 | Éti­quettes : , , ,

Les nouveaux chiens de garde, documentaire

Fiche technique

Documentaire.
Réalisateurs : Gilles Balbastre et Yannick Kergoat / Scénario : Serge Halimi, les réalisateurs et al. / Production : Jacques Kirsner / www.lesnouveauxchiensdegarde.com / www.epicentrefilms.com

104 minutes, 35 mm et numérique couleur. Distribution en salles (limitée) et ciné-clubs, pas de DVD à juin 2012.

Le film a remporté deux prix au Festival « 2 cinéma » de Valenciennes en octobre 2011 : le Prix du jury, catégorie documentaires, et le Prix du public, catégorie documentaires.

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Le documentaire est plus qu'inspiré par l’ouvrage éponyme de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de Garde (1). L’équipe fait partie du mouvement d’analyse et de critique des médias Acrimed (www.acrimed.org), venu de l’ultra-gauche. Gilles Balbastre est un journaliste professionnel (free lance maintenant), écrivant entre autres pour Le Monde diplomatique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la vie quotidienne des journalistes et de documentaires sur les luttes des classes, le tout influencé par Bourdieu. Dans L’Humanité du 11 janvier 2012 Balbastre se réclame du marxisme : « Notre critique est une critique de classe ». Yannick Kergoat est le producteur de films aussi différents que Indigènes ou Gothika.

« Film de combat », d’après les propres termes du réalisateur Yannick Kergoat, le film ne prétend pas décrypter en une heure quarante l’ensemble des médias mais simplement « réveiller les consciences, pour fournir au spectateur une arme dont il pourra se saisir pour aller lui-même au combat, dans toutes les luttes qui l’occupent... ».

Les nouveaux chiens de garde, documentaireMouvance née des luttes sociales de 1995 (2) le groupe informel reliant Acrimed, PLPL, le Plan B, Fakir, Le Monde diplomatique, etc..., a réuni en plus de deux ans et demi une banque de données écrite, radiophonique et télévisuelle étonnamment vaste.

Le film se trouve redoutablement efficace. Déniaisant le spectateur, il met à nu les liens du mundillo d’une partie des journalistes - les « stars » et non les soutiers précarisés du système (3) - et des groupes financiers. Le mercato des directeurs de rédaction voyant un Franz-Olivier Giesbert passer sans problème de conscience du Nouvel Observateur au Figaro, un Denis Olivennes de Canal+ à la Fnac puis à Europe 1, est un moment cinématographique délectable et hilarant.

Mais le rire est jaune quand on voit se profiler derrière les médias de l’oligarchie les noms des grands groupes financiers : Dassault, BNP (pas la banque mais Bergé-Niel-Pigasse, nouveaux propriétaires du Monde), Pinault, Lagardère, le Crédit Agricole, Bolloré, le Crédit Mutuel, Vivendi et autres Bouygues : la liste est presque interminable. L‘infographie intitulée « La carte du parti de la presse et de l’argent (PPA )» est aussi instructive... qu’inquiétante (4).

Les nouveaux chiens de garde, documentaireMais le film élude certaines questions. Derrière un néo-marxisme parfois un peu paléo, Les Nouveaux chiens de garde n’analyse pas l’auto-réplication idéologique de l’ensemble de la caste, certains de ses critiques inclus. La caste journalistique – dans un mécanisme que Bourdieu n’aurait pas renié – s’auto réplique : massivement de gauche (quelle que soit la réalité mise derrière ce terme), massivement favorable à la globalisation (5), massivement en faveur de l’ouverture des frontières de l’Europe. Les critiques d’Acrimed se retrouvent dans une position bancale. Comme le notent les nouveaux situationnistes, « il serait plus cohérent pour résister au capitalisme (nous mettrions néo-libéralisme) de défendre ce qui lui résiste… la tâche du conservateur ontologique est donc de défendre la communauté, c’est à dire les formes autonomes de la vie collective et de la culture populaire » (6). Un conservatisme révolutionnaire ? Camarades, encore un effort !

(1) Raisons d’agir, 1997, nouvelle édition 2005, téléchargeable sur Internet

(2) En novembre 1995 à la suite de l’élection de Jacques Chirac en mai, Alain Juppé, alors premier ministre, dépose plusieurs projets de loi relatifs à la réforme des retraites et de la sécurité sociale. Du 24 novembre au 15 décembre, un vaste mouvement de grève saisit la France avec plus de 6 millions de jours de grève pour l’année 1995 soit six fois plus que la moyenne habituelle. Chirac et Juppé retireront leur projet de réforme des retraites qui sera réactualisé par le couple Sarkozy/Fillon en 2010. Paradoxalement certaines revendications d’une partie des grévistes rejoignent celles d’une partie du néo-libéralisme patronal : l’ouverture des frontières et la régularisation massive et continuelle des clandestins appelés faussement « sans papiers » qui permet au patronat de disposer d’une armée de réserve de nouveaux arrivants faiblement informés, sous-payés, faisant pression sur les salariés en place aussi bien sur le plan statutaire que sur le plan des salaires

(3) À cet égard le statut d’auto entrepreneur mériterait une analyse poussée. S’il permet à certains de lancer une véritable activité autonome, il autorise aussi de grands groupes à privilégier un statut sans charges sociales, révocable à merci plutôt que d’utiliser le statut pérenne de salarié, contribuant ainsi à la dislocation de la société. La quasi-généralisation du CDD renouvelable pour les débutants (et pas seulement) va dans le même sens.

(4) Voir de nombreux exemples dans Les médias en servitude, Éditions Polemia, 2011, www.polemia.com

(5) Avec de remarquables exceptions, que l’on pense à Frédéric Lordon par exemple (plus économiste que journaliste mais intervenant dans les médias) ainsi qu’au groupe informel allant de Fakir au Monde Diplomatique.

(6) Patrick Marcolini, Le Mouvement situationniste, une histoire intellectuelle, L’échappée, 2012. La conclusion Être conservateur ? est particulièrement éclairante, faisant appel aux travaux de Jean-claude Michéa et de Pier Paolo Pasolini.

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