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Greta Thunberg, prophétesse de l’apocalypse et icône des médias

16 décembre 2019

Temps de lecture : 6 minutes
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Greta Thunberg, prophétesse de l’apocalypse et icône des médias

La jeune militante suédoise contre le réchauffement climatique est un véritable phénomène médiatique. Alors qu’en mai 2018, sa notoriété ne dépassait pas sa classe d’école à l’occasion d’un concours d’écriture sur le climat, la voilà propulsée au rang d’icône internationale de la défense de la planète. Si Greta Thunberg vient d’être désignée personnalité de l’année par le magazine Time, bien peu de médias soulignent la démarche affairiste de son entourage et ses engagements politiques.

Une ascension express

Le suc­cès de Gre­ta Thun­berg au con­cours d’écriture sur le cli­mat organ­isé en mai 2018 par le quo­ti­di­en sué­dois Sven­s­ka Dag­bladet a mar­qué le début de la pop­u­lar­ité de la jeune mil­i­tante écol­o­giste. Tout juste âgée de 15 ans, elle mène alors plusieurs actions suc­ces­sives, qui ne fer­ont que gag­n­er en médi­ati­sa­tion, jusqu’à en faire une icône inter­na­tionale de la lutte con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

Piquet de « grève » devant le par­lement sué­dois, par­tic­i­pa­tion à la marche « Rise for cli­mate » à Brux­elles, grève sco­laire inter­na­tionale le ven­dre­di, prise de parole en décem­bre 2018 à la COP 24 au som­met des Nations unies, dis­cours devant les par­lemen­taires anglais et français, croisière transat­lan­tique sur le voili­er Mal­iza II, action juridique auprès du comité des droits de l’enfant de l’ONU con­tre plusieurs pays, etc.

On ne compte plus les actions large­ment médi­atisées de la jeune autiste sué­doise. L’immense majorité des médias lui apporte non seule­ment un sou­tien sans réserve mais égale­ment con­tribue à accroitre sa notoriété, au point d’en faire une des per­son­nal­ités les plus con­nues de la planète.

Des médias conquis

Les arti­cles con­sacrés à Gre­ta Thun­berg (G.T.) sont par­fois de sim­ples réc­its factuels, et plus sou­vent des éloges sans réserve de ses actions et déc­la­ra­tions.

Alors que Le Point dresse dans un arti­cle le por­trait de l’égérie de la lutte con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, L’Info durable retrace l’itinéraire de « la mil­i­tante qui a bous­culé les dirigeants du monde entier ». Si jeune et déjà des sou­venirs, Les Inrocks s’émeuvent de « l’émouvante pho­to sou­venir de la pre­mière action de G.T. ».

D’autres arti­cles évo­quent son rôle « plané­taire » :

Sci­ences et avenir titre un arti­cle sur la « lanceuse de grève con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique» en men­tion­nant sa par­en­té avec un prix Nobel de chimie. « Elle a de qui tenir » en con­clut le jour­nal sans toute­fois s’appesantir sur le bagage sci­en­tifique de l’adolescente.

Pour Paris Match, la jeune Sué­doise « mène la croisade des lycéens pour sauver leur avenir et notre planète ». Rien de moins.

Le Temps reprend l’avertissement de l’adolescente : « Pour dur­er, il fau­dra chang­er ». Dans le même reg­istre, BFMTV relaie le souhait de G.T. que « la société a atteint un tour­nant sur la ques­tion du cli­mat ».

Son côté « mes­sian­ique » est par­fois mis en avant : Slate essaie d’analyser com­ment elle a « réus­si à capter notre atten­tion sur le cli­mat ». Le Monde estime que G.T. « oblige les dirigeants à sor­tir d’un una­n­imisme de façade ».

Alors qu’elle était pressen­tie pour …le prix Nobel de la paix en cet automne 2019, nous informe le Parisien, dis­tinc­tion qu’elle n’aura finale­ment pas, La Dépêche nous apprend, comme d’autres titres, que GT a été élue per­son­nal­ité de l’année par l’hebdomadaire améri­cain Time en ce mois de décem­bre.

Au-delà d’une ado­les­cente mil­i­tante, c’est donc une vision­naire que décrivent de nom­breux médias. La jeune autiste post pub­ère entre en réso­nance avec une inquié­tude large­ment partagée sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Alors qu’elle n’a aucun man­dat de quiconque, de nom­breux titres de presse soulig­nent que G.T. par­le d’égal à égal avec des chefs de l’État et des par­lemen­taires.

Alors qu’elle ne peut se pré­val­oir d’aucune cul­ture sci­en­tifique, elle devient le « médi­um » des chercheurs prédis­ant un réchauf­fe­ment cli­ma­tique aux effets con­sid­érables.

Une popularité qui ne peut être contrariée

De rares jour­nal­istes ont voulu en savoir plus sur la jeune sué­doise. Le site d’information Reporterre, que l’on ne peut pas sus­pecter d’être opposé à la cause écol­o­giste, a con­sacré un arti­cle assez fouil­lé en début d’année 2019 à la jeune Sué­doise. Il en ressort que l’ascension ful­gu­rante de la pop­u­lar­ité de G.T. est tout sauf le fruit du hasard. « Tout a été finale­ment pro­gram­mé pour trans­former la jeune Sué­doise en héroïne inter­na­tionale ». L’article évoque notam­ment ses liens avec un think tank sué­dois qui fustige les « nation­al­ismes » en Europe.

Libéra­tion men­tionne en mars 2019 le fait que « la mil­i­tante éco­lo Gre­ta Thun­berg (a été) récupérée par un pro du green­wash­ing », cette tech­nique de « verdisse­ment » de pra­tiques stricte­ment cap­i­tal­istes.

Les pre­mières réserves sur la démarche de l’adolescente vont rapi­de­ment sus­citer un tir défen­sif de nom­breux médias. L’extrême droite serait-elle en embus­cade ? Plusieurs médias en sont cer­tains.

Le site d’analyse cri­tique des médias Acrimed, que l’on a con­nu plus inspiré, estime que « les chiens de garde (lire les esprits cri­tiques) sont lâchés ». 20 Min­utes s’interroge : « Pourquoi G.T. sus­cite-t-elle tant d’hostilité ? ». L’Obs ne se pose pas de ques­tions : G.T. « est cri­tiquée parce qu’elle remet en cause l’ordre social dom­i­nant ». Le Monde n’est pas en reste dans la défense de l’adolescente : elle est « attaquée à tort sur le nucléaire ». Libéra­tion essaie de démon­ter les dif­férents reproches qu’on lui fait « qui visent à rel­a­tivis­er le mes­sage qu’elle porte ». Sur le site Médi­a­part, on ne s’embarrasse pas de nuances : « les fas­cistes (sont) con­tre Gre­ta Thun­berg ». On ne cri­tique pas impuné­ment l’égérie de la lutte con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

Un tableau « presque » parfait

Si les liens de G.T. avec des entre­pre­neurs avisés com­men­cent à être con­nus, son accu­sa­tion out­ran­cière aux Nations Unies à New York en sep­tem­bre 2019 est un autre motif de polémique. Comme le relate The Guardian, le 24 sep­tem­bre, elle lance au parterre d’adultes en face d’elle : « Com­ment avez-vous osé ? Vous avez volé mes rêves ». Son vis­age crispé par le ressen­ti­ment a été repro­duit dans de rares arti­cles. Pour­tant, selon J. Isabelleo sur le Huff­post, il s’agit de « pro­pos dignes de Mar­tin Luther King ». Cette « souf­flante » aux lead­ers mon­di­aux selon Le Figaro n’est pour­tant pas le seul élé­ment qui aurait pu être un motif de réserve vis-à-vis de la démarche de la jeune fille.

Un bilan carbone déplorable

Alors qu’elle cri­tique l’énergie nucléaire faible­ment émis­sive de CO2, la jeune mil­i­tante se tar­gue d’utiliser des moyens de trans­port « pro­pres ». Plusieurs médias dont BFMTV ont souligné que son voy­age vers les États-Unis à bord d’un voili­er en sep­tem­bre avait néces­sité le déplace­ment en avion de plusieurs mem­bres de l’équipage, ce qui a occa­sion­né un bilan car­bone très supérieur qu’aurait été celui du seul déplace­ment de la jeune sué­doise en avion. Un détail de mise en scène sans doute.

Greta Thunberg, icône des antifas ?

Plus rares sont les médias à s’interroger sur ses affinités poli­tiques. Un arti­cle paru dans Ago­ravox nous informe que G.T. arbore sur une pho­to dans un tweet qu’elle a pub­lié, puis sup­primé, en juil­let 2019, un T shirt « antifa », à côté d’un mem­bre d’un groupe de rock proche de cette mou­vance.

« Gre­ta Thun­berg. a donc sci­em­ment fait la pro­mo­tion des antifas, ces grou­pus­cules d’extrême gauche qui n’hésitent pas à s’inviter à toutes sortes de man­i­fes­ta­tions pour y saccager des biens publics ».

L’engagement poli­tique de G.T. s’est encore exprimé récem­ment dans une tri­bune col­lec­tive parue sur le site Project syn­di­cate dans laque­lle une expli­ca­tion pour le moins sur­prenante de la crise cli­ma­tique est don­née :

« C’est une crise des droits humains, de la jus­tice et de la volon­té poli­tique. Les sys­tèmes d’oppression colo­ni­aux, racistes et patri­ar­caux l’ont créée et ali­men­tée. Nous devons les déman­tel­er. Nos dirigeants poli­tiques ne peu­vent plus fuir leurs respon­s­abil­ités ».

On ne peut s’empêcher de sub­odor­er que cer­tains jour­nal­istes com­men­cent à être gênés aux entour­nures d’avoir don­né une telle notoriété à l’adolescente… sauf ceux qui s’en réjouis­sent ou font sci­em­ment cham­bre d’écho.

Une adolescente manipulée

Peu de médias don­nent une grille de lec­ture dif­férente du mil­i­tan­tisme de G.T. Par­mi ceux-ci, un jour­nal­iste du men­su­el Causeur a ten­té de l’interviewer. Ses travaux d’« approche » l’amènent à con­stater : « Je me suis trou­vé face à une petite fille éteinte, sans pas­sion, manip­ulée par des gens inquié­tants, enfant sous ter­reur ». Une con­vic­tion qui est partagée par Lau­rent Alexan­dre dans un arti­cle du Figaro du 18 mars : « Gre­ta Thun­berg est instru­men­tal­isée par des mil­i­tants extrémistes ».

On se trou­ve donc face à un fais­ceau d’indices con­cor­dants qui nous mènent loin de la seule lutte dés­in­téressée et apoli­tique con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. La jour­nal­iste Sophie Coignard affir­mait lors d’un débat sur LCI le 12 décem­bre au sujet de l’action de G.T. que celle-ci a gag­né en pop­u­lar­ité grâce à un con­cours …de cir­con­stances, en entrant en réso­nance avec une inquié­tude de l’époque.

Si G.T. a été là au bon moment, d’autres élé­ments nous amè­nent à con­stater que son ascen­sion a été méthodique­ment organ­isée par son entourage et com­plaisam­ment relayée par les médias de grand chemin. La notoriété qu’elle a acquise lui a don­né une tri­bune à réso­nance mon­di­ale qu’elle utilise désor­mais pour répan­dre dans les médias un dis­cours apoc­a­lyp­tique et de plus en plus cul­pa­bil­isant et fla­gel­la­teur. Une pos­ture qui fini­ra peut-être tout sim­ple­ment par la décrédi­bilis­er, sauf si les médias dom­i­nants y veil­lent.

Pho­to : Gre­ta Thun­berg au Word Eco­nom­ic Forum le 25 jan­vi­er 2019. Source : Flickr (cc)

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