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France Culture en quête de complots. Épisode 4, la décennie Zemmour

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20 décembre 2019

Temps de lecture : 6 minutes
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France Culture en quête de complots. Épisode 4, la décennie Zemmour

Temps de lecture : 6 minutes

France Culture s’est mise au podcast. Si le format est intéressant, le fond des sujets est toujours aussi orienté, comme le montre la série « Mécaniques du complotisme ». Nous poursuivons notre exploration des arcanes de la série. Analyse de la saison 3, épisode 4 : Zemmour en ligne de mire.

La sai­son 3 est entière­ment con­sacrée au « grand rem­place­ment », annon­cé comme étant « un virus Français ». Les trois pre­miers épisodes ont été analysés par l’OJIM :

Les méchants de la fin du XIXe siè­cle, ceux du XXe, Le Pen, Camus. Zem­mour ne pou­vait pas être loin. France Cul­ture tire à vue. Notons que le pod­cast, bien que sa date ne soit pas indiquée, sem­ble avoir été réal­isé avant la polémique issue du dis­cours de Zem­mour à la Con­ven­tion de la droite et son recrute­ment pour offici­er chaque soir dans une émis­sion de débats sur CNews. Sans quoi il n’est guère dou­teux que ce « virus français » numéro 4 y eut fait référence.

De quoi Zemmour serait-il le nom ?

Accroche : « Pour pop­u­laris­er son con­cept du grand rem­place­ment, Renaud Camus peut s’appuyer sur un homme, Éric Zem­mour, et sur un con­texte. En 10 ans, le polémiste médi­a­tique devient une référence intel­lectuelle dans une France qui se crispe sous le coup de la crise économique, des atten­tats islamistes et de la vague des réfugiés syriens.

En moins de 10 ans, le grand replace­ment est sur toutes les lèvres. » La pre­mière phrase, paraît faire état d’une espèce d’entente entre les deux hommes. France Cul­ture ne sem­ble pas s’en apercevoir, flaire un com­plot, ce que la série pré­tend com­bat­tre : on s’entendrait pour agir en sous-main du côté de Camus et Zemmour.

Pire : l’accroche com­porte un men­songe indigne d’une radio aux pré­ten­tions de dif­fu­sion cul­turelle « la vague des réfugiés syriens » est une manière faussée de présen­ter la crise migra­toire mas­sive de 2015.

Le plus complotiste n’est pas celui que l’on croit

Le pod­cast fait ensuite l’historique de l’entrée en scène de Zem­mour :  A la ren­trée 2006, les téléspec­ta­teurs de France 2 décou­vrent sur leur écran un nou­veau vis­age : Éric Zem­mour.  Jour­nal­iste poli­tique au Figaro, essay­iste en croisade con­tre la fémin­i­sa­tion de la société, ce fils de pieds-noirs est désor­mais le chroniqueur d’On n’est pas couché. Dès la pre­mière de ce talk show du same­di soir basé sur la polémique, il est invité à débat­tre de la poli­tique d’expulsion des sans-papiers. Le ton est don­né. Pen­dant cinq saisons, au milieu des acteurs à la mode et des chanteuses du moment venus faire de la pro­mo­tion, il dis­posera chaque semaine d’une tri­bune pour assén­er un dis­cours de plus en plus hos­tile à l’égard de l’immigration et des musulmans. »

Si la mesure est un des principes de tout débat et de tout savoir fondé sur ce dernier, on peut dire sans sour­ciller que France Cul­ture ne fait pas dans la den­telle. Sans compter le mot « croisade » qui cul­turelle­ment n’est pas anodin, ou la stig­ma­ti­sa­tion aux con­no­ta­tions dis­crim­i­na­toires car choisies inten­tion­nelle­ment (« pied-noir »). Sont ensuite égrenés les médias sur lesquels Zem­mour est con­vié : Le Figaro, France 2, Paris Pre­mière, RTL, iTélé… L’idée est d’insister sur un Zem­mour comme organe de dif­fu­sion de la pen­sée de Renaud Camus.

Le présen­ta­teur n’omet bien sûr pas d’insister sur « les chroniques rémunérées ». La radio pour­rait décider de com­bat­tre la nul­lité et sou­vent la débil­ité d’émissions telles que celles ani­mées par tous les Ruquier, Hanouna et autres Barthès, elle préfère s’en pren­dre aux invités et à leurs idées. Ce serait cette « sur­face médi­a­tique » qui per­me­t­trait aux livres de Zem­mour de fort bien se ven­dre, jusqu’à 500 000 exem­plaires pour le plus récent, et non pas les idées exprimées. Vrai­ment ? Cela entraîne des polémiques… dont ces mêmes livres prof­it­eraient. Zem­mour en tireur de toutes les ficelles — mécaniques du com­plo­tisme ? Dans ces émis­sions, « Zem­mour est tou­jours gag­nant. Il est jour­nal­iste, c’est son argu­ment de légitim­ité intel­lectuelle, il est né en ban­lieue c’est sa légitim­ité pop­u­laire, il n’y habite plus depuis 1969 mais peu importe face aux poli­tiques il incar­ne le con­tre-pou­voir, celui qui assène des vérités dérangeantes, face aux acteurs et chanteuses, il est le peu­ple, le porte-parole des vrais gens face aux élites décon­nec­tées ». Ce n’est plus la mécanique du com­plo­tisme, c’est la mécanique de la manip­u­la­tion séman­tique par France Cul­ture.

Liste noire : l’aveu

La prin­ci­pale ques­tion Zem­mour est celle de l’immigration. Les mots de France Cul­ture : « Eric Zem­mour explique dans ses livres qu’il y a 12 mil­lions d’étrangers en France. En réal­ité, ils sont 3, 7 mil­lions. » La ques­tion est tou­jours la même : celle des chiffres. Une ques­tion à laque­lle devrait immé­di­ate­ment s’adjoindre celle-ci : pourquoi la France refuse-t-elle les sta­tis­tiques eth­niques. Le réel de l’immigration don­nerait il rai­son au poli­tique­ment cor­rect, ou plutôt à tous ceux qui le dénoncent ?

Zem­mour est con­damné pour « inci­ta­tion à la haine raciale ». Il est aus­si sou­vent relaxé. France Cul­ture n’en par­le pas. Il se fait le pro­mo­teur du « grand rem­place­ment » ? Son suc­cès aurait attiré les poli­tiques, Marine le Pen, Wauquiez… les méchants petits canards. C’est Renaud Camus qui entre dans la vie poli­tique… de droite, évidem­ment, que France Cul­ture com­bat au quo­ti­di­en. Résul­tat ? « Autre­fois sur liste noire les élus du Front Nation­al trustent les pre­mières places d’invités dans les médias ». Le jour­nal­iste ne voit pas com­bi­en est extra­or­di­naire l’existence d’une « liste noire ». Le risque ? Le FN est « dédi­a­bolisé » et son inté­gra­tion des thès­es de Camus et Zem­mour men­ac­eraient le pays… C’est « la droite qui nor­malise le FN » et « la fig­ure de l’immigré devient le récep­ta­cle de toutes les frus­tra­tions, une cible poli­tique par défaut ». Du coup, Camus et Zem­mour passent aux solu­tions (finales ?) : faire par­tir « l’occupant » (Camus) par la « remigration ».

Le point God­win est atteint à la fin : « Le terme de dépor­ta­tion est radioac­t­if, on en utilise donc un autre moins chargé his­torique­ment, la rem­i­gra­tion ». Il fal­lait oser. Qu’un opposant poli­tique à la droite poli­tique ose de telles out­rances, pourquoi pas ? Qu’une émis­sion de France Cul­ture, sa direc­tion, ses jour­nal­istes, com­par­ent en 2019 la con­cep­tion du monde de la droite française à celle du nazisme, mon­tre à quel point une bonne par­tie du monde médi­a­tique con­venu, offi­ciel, est en train de per­dre la boule. Pour finir ? Le pod­cast insiste sur la crainte d’un « géno­cide des blancs » et sur le fait sup­posé que « leur séman­tique » deviendrait meur­trière, d’autant que « l’islam est un nou­v­el occu­pant nazi ». Si vous voulez pass­er une soirée où l’interprétation mil­i­tante des faits rem­place de façon car­i­cat­u­rale la réal­ité des mots et des idées, la série étudiée ici est un cas d’école.