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France Culture en quête de complots. Épisode 4, la décennie Zemmour

20 décembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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France Culture en quête de complots. Épisode 4, la décennie Zemmour

France Culture s’est mise au podcast. Si le format est intéressant, le fond des sujets est toujours aussi orienté, comme le montre la série « Mécaniques du complotisme ». Nous poursuivons notre exploration des arcanes de la série. Analyse de la saison 3, épisode 4 : Zemmour en ligne de mire.

La sai­son 3 est entière­ment con­sacrée au « grand rem­place­ment », annon­cé comme étant « un virus Français ». Les trois pre­miers épisodes ont été analysés par l’OJIM :

Les méchants de la fin du XIXe siè­cle, ceux du XXe, Le Pen, Camus. Zem­mour ne pou­vait pas être loin. France Cul­ture tire à vue. Notons que le pod­cast, bien que sa date ne soit pas indiquée, sem­ble avoir été réal­isé avant la polémique issue du dis­cours de Zem­mour à la Con­ven­tion de la droite et son recrute­ment pour offici­er chaque soir dans une émis­sion de débats sur CNews. Sans quoi il n’est guère dou­teux que ce « virus français » numéro 4 y eut fait référence.

De quoi Zemmour serait-il le nom ?

Accroche : « Pour pop­u­laris­er son con­cept du grand rem­place­ment, Renaud Camus peut s’appuyer sur un homme, Éric Zem­mour, et sur un con­texte. En 10 ans, le polémiste médi­a­tique devient une référence intel­lectuelle dans une France qui se crispe sous le coup de la crise économique, des atten­tats islamistes et de la vague des réfugiés syriens.

En moins de 10 ans, le grand replace­ment est sur toutes les lèvres. » La pre­mière phrase, paraît faire état d’une espèce d’entente entre les deux hommes. France Cul­ture ne sem­ble pas s’en apercevoir, flaire un com­plot, ce que la série pré­tend com­bat­tre : on s’entendrait pour agir en sous-main du côté de Camus et Zem­mour.

Pire : l’accroche com­porte un men­songe indigne d’une radio aux pré­ten­tions de dif­fu­sion cul­turelle « la vague des réfugiés syriens » est une manière faussée de présen­ter la crise migra­toire mas­sive de 2015.

Le plus complotiste n’est pas celui que l’on croit

Le pod­cast fait ensuite l’historique de l’entrée en scène de Zem­mour :  A la ren­trée 2006, les téléspec­ta­teurs de France 2 décou­vrent sur leur écran un nou­veau vis­age : Éric Zem­mour.  Jour­nal­iste poli­tique au Figaro, essay­iste en croisade con­tre la fémin­i­sa­tion de la société, ce fils de pieds-noirs est désor­mais le chroniqueur d’On n’est pas couché. Dès la pre­mière de ce talk show du same­di soir basé sur la polémique, il est invité à débat­tre de la poli­tique d’expulsion des sans-papiers. Le ton est don­né. Pen­dant cinq saisons, au milieu des acteurs à la mode et des chanteuses du moment venus faire de la pro­mo­tion, il dis­posera chaque semaine d’une tri­bune pour assén­er un dis­cours de plus en plus hos­tile à l’égard de l’immigration et des musul­mans. »

Si la mesure est un des principes de tout débat et de tout savoir fondé sur ce dernier, on peut dire sans sour­ciller que France Cul­ture ne fait pas dans la den­telle. Sans compter le mot « croisade » qui cul­turelle­ment n’est pas anodin, ou la stig­ma­ti­sa­tion aux con­no­ta­tions dis­crim­i­na­toires car choisies inten­tion­nelle­ment (« pied-noir »). Sont ensuite égrenés les médias sur lesquels Zem­mour est con­vié : Le Figaro, France 2, Paris Pre­mière, RTL, iTélé… L’idée est d’insister sur un Zem­mour comme organe de dif­fu­sion de la pen­sée de Renaud Camus.

Le présen­ta­teur n’omet bien sûr pas d’insister sur « les chroniques rémunérées ». La radio pour­rait décider de com­bat­tre la nul­lité et sou­vent la débil­ité d’émissions telles que celles ani­mées par tous les Ruquier, Hanouna et autres Barthès, elle préfère s’en pren­dre aux invités et à leurs idées. Ce serait cette « sur­face médi­a­tique » qui per­me­t­trait aux livres de Zem­mour de fort bien se ven­dre, jusqu’à 500 000 exem­plaires pour le plus récent, et non pas les idées exprimées. Vrai­ment ? Cela entraîne des polémiques… dont ces mêmes livres prof­it­eraient. Zem­mour en tireur de toutes les ficelles — mécaniques du com­plo­tisme ? Dans ces émis­sions, « Zem­mour est tou­jours gag­nant. Il est jour­nal­iste, c’est son argu­ment de légitim­ité intel­lectuelle, il est né en ban­lieue c’est sa légitim­ité pop­u­laire, il n’y habite plus depuis 1969 mais peu importe face aux poli­tiques il incar­ne le con­tre-pou­voir, celui qui assène des vérités dérangeantes, face aux acteurs et chanteuses, il est le peu­ple, le porte-parole des vrais gens face aux élites décon­nec­tées ». Ce n’est plus la mécanique du com­plo­tisme, c’est la mécanique de la manip­u­la­tion séman­tique par France Cul­ture.

Liste noire : l’aveu

La prin­ci­pale ques­tion Zem­mour est celle de l’immigration. Les mots de France Cul­ture : « Eric Zem­mour explique dans ses livres qu’il y a 12 mil­lions d’étrangers en France. En réal­ité, ils sont 3, 7 mil­lions. » La ques­tion est tou­jours la même : celle des chiffres. Une ques­tion à laque­lle devrait immé­di­ate­ment s’adjoindre celle-ci : pourquoi la France refuse-t-elle les sta­tis­tiques eth­niques. Le réel de l’immigration don­nerait il rai­son au poli­tique­ment cor­rect, ou plutôt à tous ceux qui le dénon­cent ?

Zem­mour est con­damné pour « inci­ta­tion à la haine raciale ». Il est aus­si sou­vent relaxé. France Cul­ture n’en par­le pas. Il se fait le pro­mo­teur du « grand rem­place­ment » ? Son suc­cès aurait attiré les poli­tiques, Marine le Pen, Wauquiez… les méchants petits canards. C’est Renaud Camus qui entre dans la vie poli­tique… de droite, évidem­ment, que France Cul­ture com­bat au quo­ti­di­en. Résul­tat ? « Autre­fois sur liste noire les élus du Front Nation­al trustent les pre­mières places d’invités dans les médias ». Le jour­nal­iste ne voit pas com­bi­en est extra­or­di­naire l’existence d’une « liste noire ». Le risque ? Le FN est « dédi­a­bolisé » et son inté­gra­tion des thès­es de Camus et Zem­mour men­ac­eraient le pays… C’est « la droite qui nor­malise le FN » et « la fig­ure de l’immigré devient le récep­ta­cle de toutes les frus­tra­tions, une cible poli­tique par défaut ». Du coup, Camus et Zem­mour passent aux solu­tions (finales ?) : faire par­tir « l’occupant » (Camus) par la « rem­i­gra­tion ».

Le point God­win est atteint à la fin : « Le terme de dépor­ta­tion est radioac­t­if, on en utilise donc un autre moins chargé his­torique­ment, la rem­i­gra­tion ». Il fal­lait oser. Qu’un opposant poli­tique à la droite poli­tique ose de telles out­rances, pourquoi pas ? Qu’une émis­sion de France Cul­ture, sa direc­tion, ses jour­nal­istes, com­par­ent en 2019 la con­cep­tion du monde de la droite française à celle du nazisme, mon­tre à quel point une bonne par­tie du monde médi­a­tique con­venu, offi­ciel, est en train de per­dre la boule. Pour finir ? Le pod­cast insiste sur la crainte d’un « géno­cide des blancs » et sur le fait sup­posé que « leur séman­tique » deviendrait meur­trière, d’autant que « l’islam est un nou­v­el occu­pant nazi ». Si vous voulez pass­er une soirée où l’interprétation mil­i­tante des faits rem­place de façon car­i­cat­u­rale la réal­ité des mots et des idées, la série étudiée ici est un cas d’école.

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