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France Culture en quête de complots. Épisode 2
Publié le 

20 novembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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France Culture en quête de complots. Épisode 2

Comme nous l’indiquions dans ce premier article, France Culture se met aux podcasts mais les sujets sont toujours aussi orientés. Ce que montre la série « Mécaniques du complotisme ». Suite de nos analyses : saison 3, épisode 2.

La sai­son 3 est entière­ment con­sacrée au grand rem­place­ment, annon­cé comme étant « un virus français ». L’épisode 1, et son étrange « invité » Jean-Yves Camus, poli­to­logue qui a exprimé sur Twit­ter sa sur­prise d’apparaître dans cette série, surtout qu’il est présen­té comme étant inter­rogé tout le long de l’émission, ce qui con­fine à la deep fake, insis­tait sur les orig­ines de l’expression et se ter­mi­nait par une évo­ca­tion du Front Nation­al. Per­son­ne n’en doutait d’avance. L’épisode 2 est donc illus­tré par une pho­togra­phie de Jean-Marie Le Pen der­rière un pupitre indi­quant « Les Français d’abord ».

Mise en bouche

« Après 1945, un mil­lion d’étrangers vien­nent par­ticiper à la recon­struc­tion de la France. La prospérité économique assure un emploi à l’immense majorité d’entre eux mais les trou­bles économiques appa­rais­sent. Après les indépen­dances, et la guerre d’Algérie, les tra­vailleurs venus d’Afrique sont regardés avec ran­cune ».

On lira les analy­ses pro­posées par l’OJIM au sujet d’une autre série, télévisée quant à elle, His­toires d’une nation, dont les argu­ments sont sim­i­laires au mot près.

« Au cours des années 70, les 30 Glo­rieuses touchent à leur fin, le chô­mage décolle, les immi­grés sont alors près de qua­tre mil­lions, un homme se saisira de ce nou­veau con­texte pour mon­ter les Français con­tre eux ».

Cet épisode 2 ne fait donc pas dans la den­telle : voici le vecteur poli­tique de la dif­fu­sion de la notion du grand rem­place­ment qui monte sur scène, selon France Cul­ture, Jean-Marie Le Pen : « Comme ses prédécesseurs du début du 20e siè­cle, il dépeint une France envahie par les étrangers sous l’effet d’une natal­ité décli­nante et d’une immi­gra­tion galopante. Le pays serait en dan­ger de mort ».

  • Réap­pari­tion de Jean-Yves Camus, donc — comme s’il par­lait sur France Cul­ture comme invité. Ce ne sem­ble tou­jours pas être le cas. Le poli­to­logue explique que les immi­grants « se fix­ent », ne repar­tent pas, « se mari­ent, ont des enfants ». L’implantation de l’islam en France n’a pas été vue, ce serait « un malen­ten­du ».
  • « Avec les années 2000, la panique sécu­ri­taire du ter­ror­isme prend le relais. Une for­mule va résumer toutes les angoiss­es de l’époque : le grand rem­place­ment. Elle est née sous la plume d’un homme que rien ne prédis­po­sait à devenir le porte-éten­dard des extrêmes droites européennes : Renaud Camus».

Blitzkrieg et monomaniaque

Le pod­cast lance alors la très grande (et con­v­enue) offen­sive : « Un homme flaire la bonne affaire future, Jean-Marie Le Pen. Avec un ancien Waf­fen-SS, il fonde alors son par­ti, le Front Nation­al. L’immigration devien­dra son fonds de com­merce ». Il y a tout ou presque en peu de mots.

Mise en avant du slo­gan : « Un mil­lion de chômeurs, c’est un mil­lion d’immigrés en trop ». Aucune référence n’est faite au le par­ti com­mu­niste français, lequel était pour­tant à l’origine de ce slo­gan et de cette ligne poli­tique…

« Le Le Pen de 1972 n’est pas encore un mono mani­aque de l’immigration, cela vien­dra. Au cours des années 80, le Front Nation­al développe un dis­cours sys­té­ma­tique­ment xéno­phobe. Pour affaib­lir la droite, François Mit­ter­rand encour­age la télévi­sion publique à le recevoir sur ses plateaux ».

Cette dernière infor­ma­tion, longtemps niée, main­tenant attestée a pour le coup réelle­ment la saveur d’un com­plot : France Cul­ture pré­pare-t-elle une émis­sion à ce sujet ? Ou bien Mit­ter­rand était-il trop de gauche pour être analysé sous l’angle du com­plo­tisme ?

Le Pen dénonce « l’invasion migra­toire (…) la con­sti­tu­tion de véri­ta­bles villes étrangères, imper­méables à l’autorité, à la police, au fisc, et cette inva­sion qui ne cesse de croître ». Le plus éton­nant est que l’auteur du pod­cast ne paraît pas s’apercevoir que ces mots de Le Pen décrivent une sit­u­a­tion qui a eu lieu et qui a encore lieu, ce qui est là aus­si avéré (et même au quo­ti­di­en). Quelque chose qui est de fait, et donc le con­traire d’un com­plot. La preuve ? Cita­tion : « Mal­heureuse­ment, les étrangers dont il s’agit en par­ti­c­uli­er ceux qui ont cinq ou six enfants, qui sont orig­i­naires d’Afrique et d’Afrique du nord ne veu­lent pas s’intégrer ». L’actualité la plus proche de nous, en cette année 2019, donne qui­tus à ce pro­pos.

Les invi­ta­tions s’enchaînent et les scores pro­gressent : c’est donc l’effet d’un com­plot Mit­ter­ran­di­en ? France Cul­ture ?

Nouvelle droite

Jour­nal­iste : « En par­al­lèle à l’affrontement poli­tique, un com­bat cul­turel se mène au sein de la droite française. Depuis la fin des années 60, des groupes d’intellectuels tra­vail­lent à renou­vel­er son logi­ciel. Sous leur impul­sion, la ques­tion de l’immigration va être abor­dée sous un nou­v­el angle ». Il s’agit de la Nou­velle Droite. Le thème est même présen­té dans Apos­tro­phes, avec présence d’Alain de Benoist. « La Nou­velle droite prône l’ethno-différentialisme ». Pour se préserv­er, « au fil des années, leurs théories vont fournir des argu­ments aux opposants à l’immigration ».

Vient la référence au départ de Guil­laume Faye (lequel avait rompu avec la Nou­velle droite), qui pense que la guerre civile approche… En 2019, d’un cer­tain point de vue, l’idée de la dis­pari­tion en cours de la civil­i­sa­tion européenne et de la guerre civile, ou encore de la soumis­sion voir le livre éponyme de Houelle­becq), parais­sent avoir été des pré­mo­ni­tions. Pour France Cul­ture, ce sont des con­struc­tions de la Nou­velle Droite et de l’extrême droite, un com­plot donc, et non une pos­si­bil­ité sim­ple­ment annon­cée car perçue. France Cul­ture con­fond la réal­ité et l’imaginaire. Son pro­pre imag­i­naire. Le pod­cast insiste alors sur le rôle sup­posé de Guil­laume Faye, aux thès­es qui seraient à l’origine des courants iden­ti­taires des années 90 et 2000, avec des livres « alarmistes et vio­lents ».

Vient le 11 septembre 2001

C’est pour­tant le 11 sep­tem­bre 2001 qui change tout.

L’auteur : « Jusqu’aux années 70, le dis­cours anti immi­gra­tion était can­ton­né aux marges. Mais à présent le con­texte lui est favor­able. Avec les années 2000, la panique sécu­ri­taire prend le relais. Une for­mule va résumer toutes les angoiss­es de l’époque : le grand rem­place­ment ».

Ce qui est extra­or­di­naire et même pas­sion­nant, si l’on con­sid­ère com­bi­en un cerveau de jour­nal­iste peut être for­maté, c’est de voir com­bi­en les auteurs du pod­cast n’imaginent jamais, à aucun instant, que ce qu’ils assim­i­lent à du com­plo­tisme et qu’ils ont pour­tant sous les yeux main­tenant, toute la matière util­isée dans leur tra­vail étant devenu le con­cret quo­ti­di­en des Européens, est juste­ment le con­traire d’un com­plot : la sim­ple descrip­tion de la réal­ité. L’émission se ter­mine sur le nom de Renaud Camus. A suiv­re, donc, avec une petite idée de la visée de la série déclinée autour du mot « virus » : une saleté qui s’attrape, qui serait née en France et qui se serait éten­due dans le monde entier, jusqu’en Nou­velle Zélande par exem­ple ?

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