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Excepté Atlantico et Claude Askolovitch, black-out des médias français sur une série de meurtres en Allemagne

27 juillet 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Excepté Atlantico et Claude Askolovitch, black-out des médias français sur une série de meurtres en Allemagne

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 26 juin 2018

Le 16 avril 2018, l’OJIM a consacré un article à la couverture médiatique quasi-inexistante en France de manifestations organisées en Allemagne contre la politique migratoire de la chancelière Merkel. Une série de meurtres et d’agressions en ont été les éléments déclencheurs. Ils ont été jusqu’à ces derniers jours passés sous silence en France alors qu’ils sont une des clefs de compréhension du retournement d’une partie de l’opinion publique allemande contre son gouvernement. Un chroniqueur du site d’information Atlantico et le journaliste Claude Askolovitch dans sa revue de presse du 19 juin sur France Inter se sont étonnés du mutisme des médias français à ce sujet. Nous y revenons.

Cela com­mence à devenir courant : les médias main­stream font le silence ou dif­fèrent autant que pos­si­ble la cou­ver­ture d’événements et de faits divers qui seraient sus­cep­ti­bles d’alimenter le « pop­ulisme ».

Quelques précédents

Comme le relatait l’OJIM en avril, à par­tir des années 80, env­i­ron 1 000 jeunes femmes blanch­es ont été vio­lées par un gang indo-pak­istanais dans la ville de Telford en Grande Bre­tagne. Les faits ont longtemps été passés sous silence tant par les ser­vices de l’État que par les médias. Plus près de nous, lors du nou­v­el an 2015, l’agression sex­uelle de cen­taines de jeunes Alle­man­des à Cologne par des indi­vidus « d’origines arabes ou nord-africaine » selon la Police avait aus­si tardé à être révélée. La min­imi­sa­tion et la défor­ma­tion des faits ont été de mise comme nous vous le rela­tions récem­ment. On pour­rait égale­ment par­ler du retard à l’allumage de l’AFP con­cer­nant l’infiltration de ter­ror­istes par­mi des migrants.

Le retournement d’une partie de l’opinion publique allemande

L’affaire du moment con­cerne une série de meurtres de jeunes femmes par des migrants arrivés récem­ment en Alle­magne. Le jour­nal­iste Claude Askolovitch fait un mea cul­pa dans sa revue de presse du 19 juin sur France Inter : « Une his­toire a peu tran­spiré dans la presse française » : une jeune alle­mande, Susan­na Feld­mann, a été « vio­lée et assas­s­inée par Ali Bashar, un chou­ette copain venu d’I­rak avec la grande vague des migrants de 2015 ». Un cama­rade dont l’asile avait été refusé mais que les autorités n’é­taient pas par­v­enues à débouter nous infor­ment Les Échos.

Le chroniqueur pour­suit : « Cette his­toire (…) éclaire la grande crise de la coali­tion alle­mande. On a imputé la mort de la jeune fille, sur les réseaux soci­aux, à la chancelière ». (…).  « J’ai retrou­vé dans le New York Times ce texte d’une édi­to­ri­al­iste venue du Tageszeitung, le jour­nal de la gauche alle­mande, elle s’ap­pelle Anna Sauer­brey qui recon­nait ceci. La mort de Susan­na vient d’après d’autres meurtres de jeunes femmes per­pétrés par des migrants ».

Effec­tive­ment, il fal­lait jusqu’à récem­ment lire la presse étrangère pour être infor­mé d’événements qui ont été ignorés en France. Ceci bien qu’ils aient con­nu un reten­tisse­ment impor­tant en Alle­magne. Au point de voir des citoyens alle­mands défil­er à plusieurs repris­es con­tre la vio­lence et la poli­tique migra­toire de la chancelière alle­mande. Ce raidisse­ment de l’opinion est sans doute égale­ment une expli­ca­tion de la posi­tion ferme du Min­istre alle­mand de l’intérieur (CSU) vis-à-vis de la poli­tique migra­toire de Mme Merkel.

Comme le rela­tent Les Échos le 15 juin, après le meurtre de Susan­na, « Les députés sont ren­trés très mar­qués de leur cir­con­scrip­tion où les gens ne leur par­laient que de cela », racon­te un par­lemen­taire. Témoin du choc sus­cité par cette affaire, qui met en arrière-plan les suc­cès de l’in­té­gra­tion, Horst See­hofer (le min­istre de l’intérieur NDLR) a dépêché le prési­dent de la police fédérale pour aller chercher lui-même le coupable, qui avait eu le temps de s’en­fuir en Irak après le meurtre ».

Si comme l’indique Claude Askolovitch, « le meurtre (de Susan­na NDLR) a fait bas­culer l’Allemagne », il est patent que les médias français ont passé sous silence en leur temps d’autres meurtres de jeunes filles qui ont selon L’Observer « péri sous les coups de migrants » durant les 18 derniers mois : à Kan­del, Fri­bourg-en-Bris­gau et Flens­burg.

Frilosité des médias français

Ces meurtres ont provo­qué un émoi dans le pays qui a atteint un parox­ysme avec celui de Susan­na, le 22 mai dernier. En par­ti­c­uli­er parce que le meur­tri­er cen­sé­ment venu chercher l’asile est sor­ti aus­si libre­ment du pays qu’il y était ren­tré. La récente révéla­tion par le jour­nal Bild du fait que plusieurs crim­inels ont demandé l’asile en Alle­magne ne devrait pas faire baiss­er la ten­sion.

Askolovitch se base sur Le Monde pour repren­dre à son compte l’affirmation que, en dépit de ces faits divers, « la délin­quance est en baisse out­re-Rhin». Le New York Times ne réfute pas ces chiffres. Mais le quo­ti­di­en améri­cain ajoute que « les crimes vio­lents comme les meurtres et des agres­sions sex­uelles ont selon les sta­tis­tiques aug­men­té, ce que cer­tains attribuent à l’arrivée de migrants». Des affir­ma­tions étayées par Valeurs actuelles dans une étude des sta­tis­tiques de la délin­quance.

Le site Thelocal.de indique pour sa part que l’affaire Susan­na évoque « le spec­tre de la perte de con­trôle, un État (alle­mand) dépassé qui ne maitrise plus sa poli­tique migra­toire ». Le jour­nal inter­viewe une eth­no­logue : « Ce ne sont plus des événe­ments isolés. Il s’agit d’un choc des cul­tures et l’Allemagne doit dévelop­per des méth­odes pour gér­er des hommes agres­sifs issus d’une cul­ture patri­ar­cale ». Imag­ine-t-on un tel point de vue dans les médias français ?

La « récupération de l’extrême droite »

Le 11 juin, un chroniqueur du site Atlanti­co s’interroge : « Comme se fait-il qu’un drame (le meurtre de Susan­na NDLR) qui boule­verse un pays voisin et si proche ne trou­ve aucun écho dans les médias français ? ». « Vio­lée et assas­s­inée par deux deman­deurs d’asile : mais pas un mot car “l’ex­trême droite pour­rait s’en empar­er”! ». « L’ex­pli­ca­tion est don­née par un jour­nal suisse, La Gazette de Lau­sanne. Rela­tant suc­cincte­ment ce qui était arrivé à Susan­na Feld­man, le jour­nal écrit que “l’ex­trême droite s’est emparée de l’af­faire”! ». Le Monde peut aus­si être men­tion­né pour ce réflexe pavlovien: « le temps de l’émotion a vite lais­sé place à celui de la récupéra­tion ».

Telford, Cologne, atten­tats de Paris : quand la série d’agressions est con­notée, un réflexe partagé sem­ble être, dans le meilleur des cas de relater les faits, mais surtout de s’empresser de dénon­cer une « récupéra­tion ». Par­fois même avant que les poli­tiques ne s’en empar­ent. Comme si des faits divers ne pou­vaient être traités comme des faits de société aux­quels il appar­tient aux par­tis poli­tiques de répon­dre.

Il aura fal­lu atten­dre que la chancelière alle­mande soit prise dans la tour­mente d’une crise poli­tique pour que les médias français com­men­cent à par­ler de meurtres de jeunes femmes com­mis par des migrants. Les man­i­fes­ta­tions organ­isées con­tre la poli­tique migra­toire de la chancelière Merkel à par­tir de l’automne 2017 étaient pour­tant des signes avant-coureurs d’une exas­péra­tion d’une par­tie de l’opinion publique alle­mande. Ce phénomène a été – à quelques excep­tions près (notam­ment TV Lib­ertés, RT actu) — large­ment ignoré par les médias français.

Il y a fort à pari­er que la pra­tique de dis­sim­u­la­tion des faits, sous pré­texte de ne-pas-faire-le-jeu-de‑l’-extrême-droite, aboutisse à l’effet inverse : la méfi­ance vis-à-vis‑à vis de médias qui repeignent la réal­ité en rose ne fait que grandir. Pen­dant de ce temps, les réseaux soci­aux et les médias alter­nat­ifs comblent le vide lais­sé par les infor­ma­tions man­quantes.

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