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Royaume Uni : les mille viols de Telford. Loi du silence autour d’un blanchicide

25 juillet 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Royaume Uni : les mille viols de Telford. Loi du silence autour d’un blanchicide

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 4 avril 2018

L’année 2017 et le début de l’année 2018 ont été marqués par un féminisme médiatique exacerbé né de « l’affaire Weinstein ». Quand survient le drame des viols de Telford, tout un chacun s’attend à ce qu’un tel événement joue un rôle aussi fort que cette affaire dans le combat contre les violences sexuelles. Est-ce le cas ?

Pas un signe de #Bal­ance­Ton­Porc ni de #metoo. Pour­tant, la presse bri­tan­nique éval­ue à env­i­ron 1000 jeunes femmes et par­fois très jeunes filles vio­lées par un gang indo-pak­istanais dans la petite ville nou­velle de Telford, 170 000 habi­tants, située à quelques enca­blures de Birm­ing­ham, au Roy­aume-Uni, à munic­i­pal­ité tra­vail­liste. Selon The Spec­ta­tor, en date du 12 mars 2018, l’atrocité de cette affaire est accen­tuée par le silence assour­dis­sant de la BBC. De quoi s’agit-il ? À Telford, comme aupar­a­vant à Rother­ham, Rochdale, Oxford, Nel­son… de jeunes femmes, des ado­les­centes et des pré-ado­les­centes ont été vio­lées, sys­té­ma­tique­ment, et pros­ti­tuées par des immi­grés pour la plu­part musul­mans et pak­istanais. Pen­dant plus de trente ans. L’affaire mêle bar­barie sex­uelle, racisme anti-blanch­es, gangs organ­isés, et le réel tout à la fois de l’immigration, du « vivre ensem­ble », du com­mu­nau­tarisme et des poli­tiques menées par les élites mon­di­al­isées, poli­tiques (ici tra­vail­listes) favor­ables aux respon­s­ables de ces actes odieux ou silen­cieux devant eux. Les pre­miers vio­ls col­lec­tifs ont en lieu entre 2010 et 2012, et sept des coupables arrêtés ont été con­damnés à des peines de prison pou­vant aller jusqu’à 25 ans d’enfermement. Pour­tant, dès 2017, l’un des prin­ci­paux coupables et chefs de ce gang raciste devait sor­tir de prison, après avoir effec­tué une peine de 5 ans au lieu de celle de 22 ans à laque­lle il avait été con­damné. 2017 est aus­si l’année où le Roy­aume-Uni com­mence à se ren­dre compte qu’à Telford rien n’a vrai­ment changé : on vio­le des blanch­es en toute impunité, dans le silence assour­dis­sant des médias, intel­lectuels, mil­i­tantes fémin­istes en Angleterre ou en France. Que l’horreur soit le fait de migrants indo-pak­istanais musul­mans n’est peut-être pas entière­ment inno­cent quant à ce silence (200 immi­grés sont sus­pec­tés d’être impliqués dans le gang ou d’avoir par­ticipé aux vio­ls).

« Vivre ensemble », avec des barbares ?

Valeurs Actuelles a con­sacré la place néces­sitée par une telle hor­reur, avec un dossier pub­lié le 29 mars 2018 et juste­ment titré : « Telford, dans l’enfer du vivre ensem­ble ». Car, regardé par les yeux des enfants mas­sive­ment et sys­té­ma­tique­ment vio­lées, c’est en effet d’enfer dont il s’agit : « Pen­dant quar­ante ans, un mil­li­er de jeunes filles, surtout issues de la classe ouvrière blanche, ont été vio­lées par des gangs pak­istanais dans cette ville anglaise. Les autorités savaient mais n’ont rien dit. Un scan­dale qui écorne le mythe du mul­ti­cul­tur­al­isme ». D’évidence, un tel drame devrait faire la Une de l’ensemble des médias et l’ouverture de tous les JT, cette hor­reur dépas­sant sans doute aucun les pra­tiques de pro­mo­tion canapé d’Hollywood. Un témoin : « J’ai inter­dit depuis longtemps à mes enfants de sor­tir seuls le soir dans la ville » ; un autre : « Tout le monde savait ». Le fameux « vivre ensem­ble » mul­ti­cul­turel étant devenu un dogme, les médias autres que classés « à droite » répug­nent à le con­tester en réper­cu­tant cette réal­ité du racisme sex­uel anti-blanch­es de l’immigration musul­mane. Un esprit taquin penserait sans doute que les mêmes médias gag­n­eraient à être répugnés par le drame lui-même. Selon un polici­er de Telford : « Il y avait une volon­té de la part de notre hiérar­chie de ne pas stig­ma­tis­er les minorités ».

Telford ? Qu’en disent les médias français ?

Peu de choses, et très en retard. Les infor­ma­tions pub­liées le 11 mars dans la presse anglaise au sujet de l’horreur de Telford ont été relayées par le blog Fdes­ouche dès le 13 mars. Plus prompt à réa­gir à d’autres occa­sions, par exem­ple quand des faits de pédophilie per­pétrés par des hommes d’Église survi­en­nent, ou quand un Théo se pré­tend vic­time de viol, l’AFP pub­lie sa pre­mière dépêche à ce sujet seule­ment le 16 mars. L’information est alors reprise, par­fois, mais en mode mineur, très mineur, et avant tout dans la presse régionale. Il appa­raît alors dif­fi­cile, pour les médias offi­ciels, de relever un tel cas de racisme sex­uel issu de pop­u­la­tions qu’ils présen­tent usuelle­ment comme des vic­times par nature. Il faut atten­dre le 19 mars pour que France Inter en par­le, par la voix de Claude Askolovitch en sa revue de presse, laque­lle rap­porte les faits, s’interroge sur le pourquoi du silence des prin­ci­paux médias français mais… con­clut en pré­cisant qu’un tel drame est d’autant plus ter­ri­ble qu’il va être « récupéré » par l’extrême droite. Ce qui est sa prin­ci­pale inquié­tude, en règle générale. Il en va de même dans L’Obs pour qui « l’affaire de Telford » est avant tout un prob­lème de « fachos­phère » car cette affaire ferait « le miel » de cette dernière. Il ne sem­ble cepen­dant pas que les autorités bri­tan­niques aient, pour le moment, inter­pel­lé un français classé à droite dans le cadre de l’enquête menée face à ce drame. Libéra­tion s’intéresse quant à lui à tout sauf à Telford. Des médias qui pour­raient repren­dre à leur compte les pro­pos de la députée de Telford : « Je n’ai pas été assez courageuse pour par­ler de la race ». À par­tir du 19 mars, Le Figaro se fait forte­ment écho du drame par le biais d’inter­views ou de tri­bunes. Il appa­raît alors évi­dent que le silence des médias dits prin­ci­paux est un silence idéologique. Le 29 mars, dans ce même quo­ti­di­en, le poli­to­logue Math­ieu Bock-Côté affirme que de ce fait idéologique, au sujet de Telford, les médias français « asep­tisent le réel, quitte à le fal­si­fi­er ». Une ques­tion se pose alors : la non dif­fu­sion d’une infor­ma­tion aus­si grave que le drame sex­uel raciste de Telford n’est-il pas une sorte de fake news en creux? Ne pas dire le réel ne serait-il pas aus­si fal­sifi­ca­teur que de dire un faux réel ? Un cer­tain nom­bre de titres de médias très en vue laisse pan­tois. Ain­si, Le Monde (19 mars 2018) : « Une enquête ouverte au Roy­aume-Uni après la révéla­tion d’un scan­dale de pédophilie à Telford » ; Les Échos : « On en par­le à Lon­dres : la ville de Telford sec­ouée par un scan­dale de pédophilie ». Le mot pédophilie pour qual­i­fi­er des vio­ls d’européennes par des immi­grés pak­istanais ne s’apparente-t-il pas à une fake news ? L’Incorrect (« La tyran­nie antiraciste a mené à la traite des blanch­es ») ou Causeur (« Telford, silence on vio­le ! ») sont plus clairs, à l’instar de Valeurs Actuelles. Sans cette presse — régulière­ment accusée de tous les noms d’oiseaux, parce que pen­sant autrement que les « rien pen­sants » (Élis­a­beth Lévy) des médias offi­ciels — le drame des vio­ls de masse de gamines en Europe, un véri­ta­ble blanchi­cide, ne serait pas par­venu aux oreilles de la pop­u­la­tion. Nous ver­rons si la future loi sur les fauss­es nou­velles prévoit le cas du silence devant des faits con­ster­nants.

Pho­to : © ste­vanovi­cig­or via Enva­to

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