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Élections départementales, quand les médias paniquent

3 août 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Élections départementales, quand les médias paniquent

Durant l’été, l’Ojim vous propose de revivre les grands moments de l’actualité de ces derniers mois passés au crible de la critique des médias. Une période marquée par les attentats bien sûr (à Paris en janvier puis en Isère en juin), mais aussi par les élections départementales, l’acquittement des policiers dans l’affaire Zyed et Bouna, le phénomène Zemmour ou « l’affaire Ménard » dans laquelle la plupart des médias ont plongé avec délectation. Afin de contribuer à une meilleure connaissance des médias, l’Ojim continue également à enrichir sa base de données en portraits de journalistes (plus de 150 à ce jour), publiant ce que certains journalistes ne voudraient pas forcément voir publier… N’oubliez pas que l’Ojim est un site entièrement indépendant qui ne vit que grâce à vos dons. Aidez-nous à remplir notre rôle d’Observatoire des médias et à exercer librement notre critique du système médiatique. Tout don nous est utile.


À mesure que les élections départementales des 22 et 29 mars prochain s’approchent et que le scénario d’une victoire du Front national se dessine, la panique s’empare progressivement de la classe politique et surtout des médias qui ne comprennent plus rien d’un pays qu’ils ont longtemps prétendu guider et qui leur échappe désormais largement.

« Plus une organ­i­sa­tion est grande et autori­taire, plus les chances sont grandes que ses hauts dirigeants évolu­ent dans des mon­des pure­ment imag­i­naires », remar­quait l’économiste améri­cain Ken­neth E. Bould­ing (1910–1993). Cette règle se véri­fie en ce qui con­cerne l’État et c’est un lieu com­mun que de con­stater com­bi­en le pou­voir éloigne de la réal­ité ceux qui l’exercent. La nou­veauté, c’est que cet enfer­me­ment dans un monde imag­i­naire s’applique désor­mais à la plu­part des grands médias dont la grille de lec­ture n’arrive plus à ren­dre compte de l’évolution du pays. Le résul­tat, c’est l’incompréhension et la panique, mais aus­si la surenchère dans la vio­lence, laque­lle nait, comme on le sait, de l’impuissance des mots à nom­mer la réal­ité.

Vers un nouveau bouleversement politique ?

Depuis décem­bre dernier, une bat­terie de sondages donne régulière­ment le Front nation­al gag­nant des élec­tions à venir, dans des pro­por­tions que ce par­ti n’a jamais con­nues. Le dernier en date, effec­tué par Odoxa pour RTL le 9 mars place le par­ti de Marine Le Pen à 31% des votes au pre­mier tour, devant l’UMP/UDI (29%) et le PS (20%). Après la vic­toire des élec­tions européennes, le fran­chisse­ment de la barre des 30% au pre­mier tour par le Front nation­al serait un nou­veau boule­verse­ment poli­tique sus­cep­ti­ble de remet­tre en cause le bipar­tisme de fait sur lequel repose la vie poli­tique française depuis plusieurs décen­nies. Les états-majors des deux grands par­tis men­acés ont donc élaboré des straté­gies pour ten­ter de lim­iter la casse : affir­ma­tion d’une alliance élec­torale objec­tive du PS et du FN pour l’UMP. Drama­ti­sa­tion à out­rance sur le mode de « la République en dan­ger » pour le gou­verne­ment social­iste. Manuel Valls a ain­si sor­ti l’artillerie lourde en affir­mant crain­dre que la France ne vienne se « fra­cass­er » con­tre le Front nation­al, en revendi­quant la « stig­ma­ti­sa­tion » de Marine Le Pen et en appelant « les élites intel­lectuelles et cul­turelles » à s’engager plus avant dans ce qu’il con­sid­ère désor­mais comme un com­bat de civil­i­sa­tion et non plus seule­ment un com­bat poli­tique. Le lyrisme du Pre­mier Min­istre a ceci de para­dox­al que s’il a pour but de sidér­er l’électorat de gauche pour le con­duire aux urnes, il risque dans le même temps d’encourager davan­tage encore au vote FN tant il est vrai que c’est pré­cisé­ment con­tre ces élites intel­lectuelles et cul­turelles qu’une par­tie gran­dis­sante des Français se révolte, notam­ment par le biais du vote pour un par­ti encore large­ment perçu comme « anti-élites ».

Comment lutter contre le Front national ?

Les médias dom­i­nants pren­nent évidem­ment leur part dans cette ten­ta­tive dés­espérée de con­tenir ce qu’ils perçoivent dans leur immense majorité comme une « men­ace » à laque­lle leur con­science citoyenne leur intime l’ordre de lut­ter de toutes leurs forces, en con­tra­dic­tion par­fois avec leur statut de jour­nal­istes cen­sé leur con­fér­er sinon l’objectivité, du moins une cer­taine neu­tral­ité. Mais com­ment lut­ter con­tre le Front Nation­al ? Depuis de nom­breuses années, cette ques­tion hante les rédac­tions mais aucun con­sen­sus ne s’est jamais dégagé. Pour cer­tains jour­nal­istes, il faut inviter les dirigeants du par­ti sur les plateaux pour démon­ter leurs argu­ments ; pour d’autres il faut au con­traire ne pas les inviter pour ne pas leur offrir de tri­bune. Cer­tains esti­ment qu’il faut con­tin­uer à « dia­bolis­er » Marine Le Pen quand d’autres affir­ment à l’inverse qu’il faut la traiter comme les autres hommes et femmes poli­tiques pour lui ôter cette odeur de soufre qui attir­erait pré­cisé­ment les mécon­tents. Aucun pour dire qu’il faudrait peut-être sim­ple­ment se lim­iter à informer sur Marine Le Pen et le Front nation­al de la même façon qu’il faut informer sur les autres dirigeants et par­tis poli­tiques. C’est donc un joyeux bouil­lon­nement intel­lectuel et stratégique, dont la réflex­ion pro­pre­ment jour­nal­is­tique est sou­vent très éloignée, qui occupe les rédac­tions autour de cette ques­tion, avec cette petite pré­ci­sion utile : aucune de ces straté­gies n’a jamais fonc­tion­né. Le FN grimpe inex­orable­ment.

Lire la suite : ojim.fr/dossier-elections-departementales-quand-les-medias-paniquent/

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