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<span class="dquo">«</span> Arte Europe — l’hebdo » : la chaîne franco-allemande à l’assaut du continent. Troisième partie

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19 février 2023

Temps de lecture : 7 minutes
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« Arte Europe — l’hebdo » : la chaîne franco-allemande à l’assaut du continent. Troisième partie

Temps de lecture : 7 minutes

L’Association relative à la télévision européenne (Arte), c’est ce projet franco-allemand mis sur pied par une mitterrandie sur le déclin et obsédée par un européisme fait de beaux discours et de bons sentiments. Tant aimée par les enseignants du secondaire sympathisants socialistes et autres cultureux d’un niveau discutable, cette chaîne est un média de service public détenu par Arte France, dont le Conseil de surveillance est présidé par Bernard-Henri Lévy, et la société allemande Arte Deutschland TV. Tout juste trentenaire, Arte lance une émission d’actualité hebdomadaire proposée dans d’autres langues que le français et l’allemand, une initiative saluée notamment par Le Monde et impliquant des médias partenaires aux affiliations politiques avérées.

Après avoir présen­té les parte­naires en Pologne, Hon­grie et Espagne nous pas­sons à ceux de l’Italie, de la Grèce et de la Bel­gique, de la même eau que les premiers.

Voir aus­si : « Arte Europe — l’hebdo » : la chaîne fran­co-alle­mande à l’assaut du con­ti­nent. Pre­mière partie

Internazionale, le fourre-tout italien politiquement correct

Mag­a­zine heb­do­madaire ital­ien parais­sant le ven­dre­di et égale­ment acces­si­ble en ligne, Inter­nazionale, cette pub­li­ca­tion fondée en 1993 est un Cour­ri­er Inter­na­tion­al transalpin. À l’image de son équiv­a­lent français, ce mag­a­zine pub­lie des tra­duc­tions d’articles parais­sant dans la presse et les médias de grand chemin internationaux.

La liste des médias relayés par Inter­nazionale fait rêver et compte des titres tous plus pro­pres sur eux les uns que les autres : France Inter, Le Monde, The Econ­o­mist, The Guardian, Süd­deutsche Zeitung, Médi­a­part, El País, The Times, Die Zeit, Libéra­tion, L’Obs, Neuer Zürcher Zeitung, Der Spiegel, The Atlantic, The New York Times Mag­a­zine, et encore bien d’autres. D’autres sont absents, devinez lesquels ?

En con­sul­tant les con­tenus pub­liés par ce mag­a­zine ces derniers mois, les lecteurs d’Inter­nazionale ayant une bonne cul­ture paysage du médi­a­tique français remar­queront rapi­de­ment la forte présence des pub­li­ca­tions d’un jour­nal­iste con­nu comme le loup blancs sur les ondes et les plateaux français : Pierre Has­ki, le prési­dent de Reporters sans fron­tières, pili­er du Libéra­tion des orig­ines ayant par­ticipé au lance­ment de Rue89 et désor­mais indéboulonnable chroniqueur inter­na­tion­al sur le ser­vice pub­lic. En 2020, Has­ki a été accusé par l’avocat Gilles-William Gold­nadel de con­nivence avec George Soros, des liens — poli­tiques et financiers selon GWG — qui expli­queraient les posi­tions à charge pris­es par le jour­nal­iste français sur le gou­verne­ment de Vik­tor Orbán. On l’aura com­pris, Has­ki c’est le con­formiste bon teint et l’homme de réseaux inter­na­tionaux con­stru­its sur des décen­nies, et Inter­nazionale une officine euro-mon­di­al­iste en Italie.

Voir aus­si : Pierre Has­ki, portrait

I Kathimeriní, les Grecs qui lorgnent vers Bruxelles et Washington

I Kathimeriní (« Le quo­ti­di­en ») a com­mencé à paraître il y a plus de cent ans, en 1919, mais avait cessé ses activ­ités pen­dant la péri­ode de la dic­tature des colonels (1967–1974). Ce jour­nal se qual­i­fie de « con­ser­va­teur libéral », un terme mal com­pris en France mais qui reste très répan­du dans d’autres pays européens.

Pour faire court, on pour­rait dire qu’il s’agit d’un Figaro ayant mal vieil­li, ou encore d’une ligne ten­tant de faire croire qu’il est encore pos­si­ble d’édulcorer l’agenda libéral lib­er­taire en prenant quelques pos­tures con­ser­va­tri­ces. En réal­ité, cet agen­da forme un tout, si on y met un doigt, c’est la main qui y passe. En France, Le Figaro ne se dis­tingue d’ailleurs pas véri­ta­ble­ment d’autres médias classés plus à gauche lorsqu’il est par exem­ple ques­tion de traiter les cas hon­grois et polon­ais, la guerre en Ukraine, les sujets « épidémiques », l’Europe de Brux­elles, l’influence des États-Unis sur le vieux con­ti­nent, etc. Tout au plus existe-t-il chez ces con­ser­va­teurs libéraux plus de pré­cau­tions quand la caste ordonne de se ranger der­rière les LGBT, ces nou­veaux pro­lé­taires à défendre. Mais dénon­cer l’agenda LGBT, non jamais !

I Kathimeriní est claire­ment dans cette caté­gorie, à la manière d’un autre média con­ser­va­teur libéral, le jour­nal polon­ais Rzecz­pospoli­ta, en par­tie détenu par les fon­da­tions de George Soros et très cri­tique du gou­verne­ment con­serveur polon­ais. Au-delà de cette inco­hérence intel­lectuelle que con­stitue sa ligne édi­to­ri­ale, I Kathimeriní est aus­si un média copieuse­ment inté­gré à des officines euro-mon­di­al­istes, qui, on l’aura com­pris, font peu de cas de quel­con­ques vel­léités con­ser­va­tri­ces, aus­si tem­pérées soient-elles.

Ce quo­ti­di­en his­torique a en effet depuis plus de vingt ans un parte­nar­i­at avec la référence mon­di­ale des bonnes âmes : le New York Times. Le décor est plan­té ! I Kathimeriní est dis­tribué aux États-Unis dans une ver­sion abrégée en sup­plé­ment du Inter­na­tion­al Her­ald Tri­bune, que l’on appelle plus com­muné­ment Inter­na­tion­al New York Times, édité par la société The New York Times Com­pa­ny. Le nou­veau parte­naire d’Arte fait aus­si par­tie des titres dont le Cour­ri­er Inter­na­tion­al reprend régulière­ment les con­tenus, autre preuve de son net pen­chant à s’acoquiner avec la presse inter­na­tionale de grand chemin.

À la manière de Telex et de Gaze­ta Wybor­cza, ce média grec sait que pour dur­er sur un marché de taille mod­este il faut bien sou­vent être plus que com­plaisant envers les don­neurs d’ordre mon­di­al­istes. Pour par­ler plus cru­ment : il faut se se ven­dre à des groupes plus grands et puis­sants pour être sûr d’être viable.

Le directeur d’I Kathimeriní est le jour­nal­iste Alex­is Papahélas, très prisé à Athènes mais aus­si bien vu dans le monde anglo-sax­on. Papahélas a com­mencé sa car­rière de jour­nal­iste aux États-Unis comme cor­re­spon­dant, il a tra­vail­lé pour la BCC Greek Ser­vice à Wash­ing­ton et il signe des arti­cles dans le New York Times et le Guardian. Diplômé en jour­nal­isme et rela­tions inter­na­tionales de l’université Colum­bia de New York, il a été invité à par­ticiper à la réu­nion du club Bilder­berg et est secré­taire général de la Fon­da­tion hel­lénique pour la poli­tique européenne et étrangère (ELIAMEP).

ELIAMEP existe depuis 1988 et est large­ment financée par l’UE (61,32% de son bud­get en 2021), mais aus­si des ambas­sades et des entre­pris­es privées grec­ques. Par­ticipent au « Pro­gramme de con­tri­bu­tion insti­tu­tion­nelle » de cette fon­da­tion entre autres les ambas­sades du Roy­aume-Uni, des Pays-Bas, d’Australie, du Cana­da et d’Allemagne, mais aus­si la Banque nationale de Grèce, la banque grecque Eurobank, le groupe énergé­tique grec Pub­lic Gas Com­pa­ny, ou encore des sociétés plus con­nues du grand pub­lic comme Ernst and Young et Pfiz­er. En toute indépendance.

Le Soir, le « quality paper » le plus lu en Belgique francophone

Sur son site inter­net, le groupe Rossel, qui détient Le Soir, définit ce jour­nal comme le « quo­ti­di­en nation­al belge fran­coph­o­ne, pro­gres­siste et indépen­dant, […] le qual­i­ty paper fran­coph­o­ne le plus lu en Bel­gique. » À elle seule, cette phrase suf­fi­rait presque à com­pren­dre les liens de con­nivence idéologique et poli­tique qui uniront Le Soir et Arte

Il n’y a en effet pas plus bien élevé et poli­tique­ment cor­rect que ce quo­ti­di­en his­torique belge. Fierté de l’empire Rossel, Le Soir se situe « au cen­tre de l’échiquier poli­tique belge », ce qui d’apparence ne veut pas dire grande chose mais trahit en réal­ité un fonds de com­merce jour­nal­is­tique des plus clas­siques, celui con­sis­tant à se ven­dre comme étant un média « non-par­ti­san » et « indépen­dant » et appar­tenant à ce que la caste et ses servi­teurs aiment appel­er le « cer­cle de la rai­son ». S’en suiv­ent une ligne édi­to­ri­ale invari­able­ment dans les clous de la bien-pen­sance et une équipe de rédac­teurs ne man­quant jamais une occa­sion de rap­pel­er les dis­tances qu’ils tien­nent à pren­dre avec « les extrêmes », et bien évidem­ment surtout avec « l’extrême droite ».

Le Soir n’a rien à envi­er aux autres médias qui partageront cette nou­velle aven­ture européenne avec Arte. La chaîne fran­co-alle­mande pour­ra compter les yeux fer­més sur son parte­naire belge, qui coche toutes les cas­es : défense des droits LGBT bafoués par le vilain Orbán, tapis rouge déroulé à Zelen­sky, immi­gra­tionnisme lar­moy­ant, manie con­sis­tant à voir des com­plo­tistes partout, etc.

Le quo­ti­di­en belge fait par­tie du groupe de presse Rossel rég­nant sur des dizaines de titres nationaux et régionaux, un con­sor­tium dont près de la moitié des activ­ités se déploie sur le marché français. La Voix du Nord ? Le Cour­ri­er picard ? L’Est-Éclair ? L’Ardennais ? Cham­pagne FM20 min­utes ? C’est Rossel ! À la tête du groupe, on trou­ve Patrick Hur­bain, un patron de presse gérant ses affaires au côté de ses deux sœurs, elles aus­si héri­tières de la for­tune du père, Robert Hur­bain. La famille est bien con­nue sur le marché de la presse européen, ses médias sont sans excep­tion l’archétype de cette presse oli­garchique qui, sous des apparences morale­ment irréprochables, béné­fi­cie de toutes les largess­es éta­tiques néces­saires à sa survie.