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Pub­lié le 18 août 2015 | Éti­quettes :

Dossier : Affaire Zyed et Bouna, quand les médias jettent de l’huile sur le feu [rediffusion]

Initialement publié le 12/06/2015

Derrière la contestation du verdict du 18 mai dernier acquittant les deux policiers dans l’affaire qui avait embrasé la banlieue en 2005, certains journalistes de gauche jouent avec le feu en accréditant l’idée d’une fracture raciale et d’une justice à deux vitesses là où la justice a simplement été… juste.

Ce jeudi 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois en fin d’après-midi, trois grands adolescents, Zyed Benna, 17 ans, d’origine tunisienne, Bouna Traoré, 15 ans, d’origine mauritanienne et Muhittin Altun, 17 ans, d’origine kurde, rentrent d’une partie de foot. Un habitant zélé, les soupçonnant de faire le guet pour quelque sombre trafic, appelle la police. La BAC 833 reçoit l’ordre de se rendre sur place. Le dénommé Bouna repérant la voiture des pandores crie à ses copains de courir : le groupe se disperse. La BAC interpelle l’un des huit camarades, en remarque deux autres dans le terrain vague et demande du renfort. L’un des policiers, Sébastien Gaillemin, avertit ses collègues à la radio : « Les deux individus sont localisés, je pense qu’ils sont en train de s’introduire sur le site EDF, faudrait ramener du monde, qu’on puisse cerner un peu le quartier, ils vont bien ressortir. » Et ajoute, ce qui lui sera reproché : « En même temps, s’ils rentrent sur le site, je donne pas cher de leur peau ».

En effet, près d’un transformateur électrique, un arc se forme entre Zyed et Bouna qui périssent tous deux sous la décharge de 20 000 volts. Le troisième, qui n’est que brûlé, parvient à regagner sa cité où il raconte l’histoire. Un quart d’heure après, une voiture s’enflamme à Sevran. C’est parti pour les trois semaines d’émeute qui valurent à la France sa première proclamation de l’état d’urgence depuis la fin de la guerre d’Algérie. À l’époque, où Chirac était président, Villepin premier ministre et Sarkozy ministre de l’Intérieur, la gauche s’était déjà emparée de l’affaire pour accuser le gouvernement et, alors même que la France banlieusarde brûlait, fustiger la police à travers son chef. Finalement, l’ordre fut rétabli après que Villepin vint à Canossa et que le président décida de payer comme d’habitude un peu plus de gymnases, de maisons des jeunes et de nouvelles HLM.

Pourtant, les familles des défunts, poussées par une cohorte d’associations autrement au chômage technique, ne lâchaient pas l’affaire : il fallait bien trouver un coupable puisqu’on avait décidé que les deux garçons était des victimes, et non de simples accidentés. On trouva donc deux flics, le susdit Sébastien Gaillemin et la stagiaire qui avait reçu son appel radio, Stéphanie Klein, à jeter en pâture à la meute journalistique qui crut faire d’une pierre deux coups, soit rétablir la justice présupposée et alimenter en électeurs faciles son parti préféré.

Les deux policiers acquittés

Las, le tribunal médiatique s’enraye assez rapidement. En 2010, le parquet requiert le non-lieu des deux prévenus. Toutefois, les juges passent outre et signent l’ordonnance de renvoi des policiers devant le tribunal correctionnel, biffant cependant la notion de « mise en danger d’autrui » pour lui préférer celle de « non-assistance à personne en danger ». Le parquet de Bobigny fait appel, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris est saisie. En 2011, bis repetita, un nouveau non-lieu est prononcé pour Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein. Mais cet arrêt est cassé en 2012 par la Cour de cassation qui renvoie le dossier en correctionnelle à Rennes. Là encore, le parquet général soutient le non-lieu en considérant que les policiers n’avaient jamais eu la certitude que les jeunes étaient dans le transformateur. Une nouvelle fois, les accusés sont renvoyés devant le tribunal correctionnel. Le procès recommence le 18 mars de cette année : « C’est toute la fracture que la France entretient à l’égard de ses quartiers populaires qui écrase alors la plaidoirie », narre déjà un certain Willy Le Devin dans le français approximatif qui est malheureusement devenue la langue de Libé (19 mars). Le ton est donné par la bonne presse. On sait quel devrait être, même au mépris des faits, le bon verdict. Le jugement est rendu le 18 mai dernier. Et à la stupéfaction de la gauche, les policiers sont tous deux acquittés.

Scandale, car on n’attendait pas que la sentence soit juste, mais quelle soit bonne. Dichotomie de l’Empire du Bien qui ferait bien de relire la scolastique, où il apprendrait l’adéquation des transcendantaux entre eux. Mais passons. Comme dans l’affaire Méric – et d’ailleurs on retrouve les mêmes slogans, « ni pardon, ni oubli », dans les mêmes affaires, qui donnent le ton du camp du Bien – la gauche et l’extrême gauche déçues que la réalité, une fois encore, ne corresponde pas exactement à l’idée qu’elles s’en font, réclament malgré tout « justice », sachant qu’à l’évidence elles sont, et elles-seules, source de toute justice. Qui le contestera ?

L’Humanité scandalisé par le « déni de justice »

Ainsi, la vaillante association des potes trentenaire, SOS Racisme, de demander : « Pourquoi des jeunes de quartier populaire, à la vue de la police et alors qu’ils n’avaient manifestement rien à se reprocher, ont préféré prendre la fuite et se réfugier dans un endroit où ils risquaient leurs vies ? » Bonne question. Les banlieues, nul ne l’ignore, sont le terrain de chasse préféré de flics cruels qui tabassent, torturent et rackettent de bons citoyens travailleurs et opprimés. Passez le périph', si vous l’osez, et vous croiserez Pinochet. Les Jeunes communistes du Val de Marne, le savent, qui dans L’Humanité se disent « scandalisés de ce déni de Justice ». Notez la majuscule divine. Et d’ajouter avec force et grammaire : « La reconnaissance de l’implication des deux policiers dans le drame aurait peut être était (sic) un signal fort ! » Un signal fort, mais pour qui ? Encore une fois pour le Français, petit et laborieux, qui en sus d’être pressuré par l’État, est humilié chaque jour que Dieu fait par une police puissante, organisée et brutale ?

Le Parti Socialiste, qui est pourtant la formation d’origine de l’actuel Président de la République et de la plupart des membres du gouvernement, si l’on ne s’abuse, est profondément marri : il « prend acte de cette décision », tout de même, mais non sans faire connaître son « émotion au sort (re-sic) de ces deux jeunes aujourd'hui disparus, alors qu'ils étaient à l'aube de leur vie ». Le parti majoritaire « assure les familles de son soutien », « marque sa solidarité envers toutes celles et tous ceux qui se sont identifiés à cette cause, qui espéraient plus de compréhension et qui demandaient simplement justice ». Ce qui, pris au pied de la lettre, donne à croire que le secrétaire général du PS, Jean-Christophe Cambadélis, et ses camarades jugent ce jugement inique. Pourquoi pas, c’est déjà arrivé dans l’Histoire. Mais où sont les arguments ? Les seuls brandis, par la caste politique de gauche comme par la majorité des médias, sont le « manque de compréhension » des juges vis-à-vis d’une population, qui n’est jamais expressément nommée mais dont l’on craint les réactions. Quel rapport avec la justice ? Heureusement, on est soulagé : « pour éviter tout débordement à Clichy-sous-Bois en cas de relaxe, certains responsables d’associations avaient préparé les jeunes à cette décision comme le raconte notre journaliste sur place », note Libération le 18 mai.

Un règlement de compte racial ?

Le Monde, lui, donne la parole dans son édition datée du 19 mai à Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à l’université de la Sorbonne-Paris IV et membre du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (EHESS-CNRS). Du lourd. Pour lui, ce verdict « pose l’existence de deux poids deux mesures : les habitants des quartiers ne sont pas des citoyens à part entière. Ils sont rejetés et traités de façon inégalitaire et discriminatoire : justice de classe, justice blanche entérinant le racisme et légitimant la violence. Malgré les discours, les habitants des quartiers ne sont pas, au même titre que les autres, sujets de droit. » Là encore, nul argument, nulle jurisprudence contradictoire qui viendrait prouver le déni de justice. Hélas, on a peu d’exemples récents d’adolescents « blancs » - pour reprendre la terminologie raciale de M. Lapeyronnie qui manifestement pense comme Sarkozy, en américain, pour croire que dans les banlieues il n’y a que des non-blancs et dans le reste du pays que des blancs – morts poursuivis par la police et dont les familles aient fait condamner celle-ci.

Dans le même ordre de fracture raciale que la presse de gauche, sous ses airs patelins, essaie de créer dans le pays, Les Inrocks, l’hebdo des années 90, donne la passionnante information suivante : « Sur Twitter, la porte-parole de l’association Stop le contrôle au faciès, Sihame Assbague, et le docteur en droit Juan Branco, en ont fait un compte-rendu en direct, égrainant les témoignages, et leur ressenti. Mis bout à bout, ces centaines de messages de 140 caractères composent la trame du scénario de #zyedetbouna, le procès 2.0, un film de Sihame Assbague, Noëlle Cazenave et Elsa Gresh, mis en ligne le 18 mai ». En fait, les messages sont lus par des « artistes et militants » filmés face caméra, comme Rokhaya Diallo, les rappeurs Youssoupha et Disiz, la comédienne OcéaneRoseMarie, ce qui confère encore une très curieuse sensation de règlement de compte racial à cette affaire.

Finalement, c’est encore sur un blog du Monde, celui de Pascale Robert-Diard, que se trouve le fin mot de l’affaire. Les avocats des parties civiles, Me Emmanuel Tordjman et Me Jean-Pierre Mignard, celui-ci étant le meilleur ami de François Hollande, avaient appelé les juges à donner à leur décision une portée symbolique : « Vous devez à la fois condamner et réconcilier. Les Français doivent savoir que, d’où que l’on vienne, on a droit à la loi ». D’où que l’on vienne ? Même quand on est un policier « blanc » ?

Il faut croire que les juges les auront entendus et auront fait, cette fois-ci, leur travail.

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