Didier Lemaire, le professeur de Trappes dont certains journalistes ne voulaient pas entendre parler

21 août 2021 | Temps de lecture : 7 minutes

Red­if­fu­sion esti­vale. Pre­mière dif­fu­sion le 16 févri­er 2021

Didier Lemaire est un professeur dont on aurait pu ne jamais entendre parler. Sa discipline, la philosophie, le prédisposait à donner à ses élèves des outils leur permettant d’aiguiser leur esprit critique et à les initier à l’histoire des idées. Son expérience dans un lycée de la commune de Trappes dans les Yvelines l’a amené à faire plus que son métier. Il a voulu alerter l’opinion publique et le gouvernement sur la progression de l’islamisme dans le secteur où il travaille. Mais 4 mois après l’assassinat sauvage d’un professeur d’histoire par un islamiste à Conflans-Sainte-Honorine, l’alerte qu’a voulu lancer Didier Lemaire n’est pas du goût de tout le monde. En particulier dans certains médias.

La lettre ouverte parue dans L’Obs

L’élément déclencheur de l’emballement médi­a­tique autour de Didi­er Lemaire est la pub­li­ca­tion d’une let­tre ouverte sur le site de L’Obs le 1er novem­bre 2020. Le pro­fesseur de philoso­phie y fait à par­tir de son expéri­ence de ter­rain le con­stat de l’absence de véri­ta­ble stratégie de l’État pour endiguer la pro­gres­sion de l’islamisme. Il lance pour l’occasion un « appel à la résis­tance ».

L’Obs men­tionne en intro­duc­tion de la tri­bune une autre démarche faite par le pro­fesseur de philoso­phie : l’envoi en 2018 d’une let­tre d’alerte au prési­dent de la République sur la sit­u­a­tion dans cer­tains étab­lisse­ments sco­laires co-signée par Jean-Pierre Obin, un inspecteur de l’Éducation nationale, par ailleurs auteur d’un rap­port qui a fait date au début des années 2000 sur les atteintes à la laïc­ité à l’école. Mais si cette let­tre ouverte a cette fois beau­coup fait par­ler d’elle, la démarche du pro­fesseur est, comme nous le ver­rons plus tard, loin d’avoir atteint son objectif.

Le reportage de Nieuwsuur

Les ennuis de Didi­er Lemaire ont véri­ta­ble­ment com­mencé selon ses pro­pos rap­portés par le JDD après la dif­fu­sion fin jan­vi­er 2021 d’un reportage du mag­a­zine Nieuw­su­ur à la télévi­sion néer­landaise, dans lequel il appa­rait lors d’une inter­view. Le pro­fesseur de philoso­phie y fait une nou­velle fois le con­stat de l’emprise crois­sante de l’islamisme dans la ville où il enseigne. C’est à par­tir de la dif­fu­sion de ce reportage qu’il aurait com­mencé à faire l’objet de menaces.

Quelques jours plus tard, Didi­er Lemaire témoigne dans un arti­cle du Point paru le 5 févri­er. On y apprend que désor­mais, le pro­fesseur se rend au tra­vail sous escorte poli­cière car, « comme Samuel Paty, il a voulu défendre les principes répub­li­cains ».

Sur le plateau de LCI le 7 févri­er, il décrit les réac­tions hos­tiles de la part de cer­tains de ses élèves suite à son alerte dans L’Obs ain­si que les change­ments dans la ville de Trappes où il enseigne depuis une ving­taine d’années.

Tir de barrage islamo-compatible

Très rapi­de­ment, les réac­tions à l’alerte du pro­fesseur fusent. Du monde poli­tique : Benoît Hamon apporte notam­ment sur Twit­ter son sou­tien au maire, de la même obé­di­ence poli­tique que lui. Un maire qui serait « men­acé ». Cha­cun jugera qui, du pro­fesseur, ou du maire qui n’a pas hésité à dénon­cer la démarche de Didi­er Lemaire, mérite le plus de soutien.

Audrey Pul­var, l’ex jour­nal­iste passée à la poli­tique à Paris, jamais avare quand il s’agit de dis­tribuer des bons points, incite le 13 févri­er sur Twit­ter ses « fol­low­ers » à lire les arti­cles du Monde et de Libéra­tion :

« Le pro­fesseur D.Lemaire y réaf­firme, lui-même, ne pas être men­acé. Mais qui s’intéresse encore à la vérité ? ». Les faits que le pro­fesseur de philoso­phie a voulu dénon­cer : il s’agit d’un « emballe­ment » que décriraient très bien Le Monde et Libéra­tion.

Que nous disent ces articles ?

Celui du Monde du 13 févri­er auquel l’ex jour­nal­iste fait référence fait état d’un « boule­vard » que don­nerait cette « polémique » au can­di­dat LR pour les élec­tions munic­i­pales à Trappes qui devraient être prochaine­ment organ­isées pour cause d’irrégularité lors du dernier scrutin. En résumé, une manip­u­la­tion politique.

L’article de Libéra­tion évoque notam­ment les « mul­ti­ples fan­tasmes » dont ferait l’objet la com­mune. Il s’agit à la fois de déporter l’alerte du pro­fesseur sur le ter­rain poli­tique (sous-enten­du : c’est une manip­u­la­tion) et de la dis­qual­i­fi­er, car comme le souligne Libéra­tion, « peu de chercheurs vien­nent sur le ter­rain ». Si le jour­nal insiste sur la mal­adresse de la démarche du pro­fesseur, il s’appesantit égale­ment lour­de­ment sur la « récupéra­tion » poli­tique de l’affaire, notam­ment par Marine le Pen à quelques heures de son débat télévisé avec Gérald Dar­manin jeu­di 11 mars.

L’exactitude des constats

Ces accu­sa­tions à l’encontre de Didi­er Lemaire posent notam­ment la ques­tion de la pos­si­bil­ité même de lancer une alerte sans s’appuyer sur une enquête soci­ologique « exhaus­tive », si tant est que cela soit pos­si­ble, comme a pu le faire l’universitaire Bernard Rougi­er dans « Les ter­ri­toires con­quis de l’islamisme ».

L’alerte de Didi­er Lemaire a‑t-elle été mal­adroite ? Faut-il s’embarrasser de pré­cau­tions ora­toires quand on estime que la mai­son brûle ? La polémique médi­a­tique sur les salons de coif­fure réservés aux hommes dans la ville de Trappes est à ce sujet emblé­ma­tique : en démon­tant un des argu­ments de Didi­er Lemaire sur l’application de plus en plus corsetée de la charia à Trappes, cer­tains médias ont cru faire un tra­vail de « fact check­ing », de véri­fi­ca­tion des faits. Pas de chance, la véri­fi­ca­tion faite par CNews à ce sujet vient apporter de l’eau au moulin de Didi­er Lemaire.

Le sujet central passé sous silence

Plus large­ment, alors que la loi sur le séparatisme était en débat au par­lement, l’impression qui ressort de cette affaire est qu’elle a détourné des vrais enjeux sur la ques­tion. Le maire dont l’élection a été invalidée a su habile­ment jouer la corde de la vic­tim­i­sa­tion et de l’accusation de stig­ma­ti­sa­tion des habi­tants de Trappes, y com­pris en venant dis­tribuer des tracts dans l’école du professeur.

Pen­dant ce temps, en dépit des con­stats faits sur l’emprise crois­sante de l’islamisme à Trappes, comme ailleurs, notam­ment dans le livre « La com­mu­nauté » par deux jour­nal­istes du Monde en 2018, peu de médias soulig­nent que la loi sur le séparatisme en débat au par­lement, à défaut de point­er du doigt l’ennemi et de se don­ner les moyens, risque fort de pass­er à côté de son objectif.

Pour s’en con­va­in­cre, la lec­ture d’un arti­cle de l’Observatoire de l’islamisation est édi­fi­ante. Pub­lié le 4 févri­er, il recense de façon méthodique les « 7 pêchés de Gérald Dar­manin » qui sont autant de « failles béantes de la stratégie du locataire de la place Beau­vau con­tre l’islamisme ».

La chape de plomb sur la progression de l’islamisme en milieu scolaire

Non seule­ment les véri­ta­bles enjeux de la loi sur le séparatisme auront été passés sous silence. Mais c’est aus­si la chape de plomb qui pèse dans le milieu enseignant, et plus large­ment dans le départe­ment des Yve­lines, comme le souligne Céline Pina dans Causeur, qui risque d’être plus pesante que jamais.

Comme le souligne sur Twit­ter Thomas Lequerti­er, en reprenant une enquête menée par la fon­da­tion Jean Jau­rès « 59 % des enseignants dis­ent avoir déjà observé de la part d’élèves de leur étab­lisse­ment actuel au moins une fois une forme de séparatisme religieux. » Mais toute vérité ne serait pas bonne à dire. En sep­tem­bre 2020, Europe 1 nous infor­mait que « près de 40% des enseignants déclar­ent s’au­to-cen­sur­er ».

Alors que Le Parisien nous infor­mait le 21 octo­bre, juste après la décap­i­ta­tion de Samuel Paty, que « pour bon nom­bre d’enseignants, choqués par la mort de Samuel Paty, il est grand temps de lever la chape de plomb qui entoure ce qu’ils vivent au sein de leur classe à cause de la reli­gion », les faits mon­trent que cette fameuse chape de plomb, une cer­taine classe médi­ati­co-poli­tique islamo-com­pat­i­ble voudrait la voir refer­mée très rapidement.

Au final, que restera-t-il de cette his­toire ? Didi­er Lemaire avait envoyé en 2018 une let­tre au prési­dent de la République pour l’alerter de la grav­ité de la sit­u­a­tion sur l’islamisme qui pro­gresse en milieu sco­laire. Ne voy­ant aucune réponse et la sit­u­a­tion se détéri­or­er, il a inter­pel­lé l’opinion publique dans l’Obs. Mais le sujet est telle­ment inflam­ma­ble que le pro­fesseur de philoso­phie a désor­mais décidé d’arrêter d’enseigner. Pire, son alerte n’aura pas per­mis d’infléchir la loi sur le séparatisme qui sem­ble bien faible à désarmer ce phénomène et à tarir sa source, l’immigration débridée.