Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Coronavirus, bobards gouvernementaux et “fact checking”

13 avril 2020

Temps de lecture : 6 minutes
Accueil | Dossiers | Coronavirus, bobards gouvernementaux et “fact checking”

Coronavirus, bobards gouvernementaux et “fact checking”

Face à l’épidémie de coronavirus, les autorités communiquent abondamment et finissent par dire tout et son contraire. Qu’en disent les traqueurs de « fake news », Checknews de Libération, le fact-checking par l’AFP et Les Décodeurs du Monde ? Globalement, si on examine les bobards gouvernementaux, ces médias semblent assez peu bavards dans l’ensemble, même si Libération s’en sort moins mal que les autres. Avec l’OJIM, fact-checkons les “fact-checkers” en revenant sur cinq bobards.

1. “C’est une petite grippe, ça va passer, continuez à sortir”

Avant le réel début de l’épidémie en France, était repris le refrain “c’est une petite grippe, ça va pass­er, con­tin­uez à sor­tir”. Fréquem­ment répété sur les plateaux de télévi­sion au début de l’épidémie, une grande par­tie du gratin médi­a­tique s’est fait l’écho de cette pos­ture, dont Michel Cymes, à qui cela a valu un flot de cri­tiques.

Cette insou­ciance s’est incar­née dans un tweet d’Emmanuel Macron du 11 mars :

Quelques jours plus tôt le Prési­dent était allé au théâtre avec Brigitte, “pour inciter les Français à sor­tir mal­gré le coro­n­avirus”.

Le 15 mars, peu avant le début du con­fine­ment, les parisiens s’étaient mas­sive­ment regroupés dans les parcs alors que le risque était de plus en plus grand, engen­drant a pos­te­ri­ori, des fortes cri­tiques du Prési­dent à leur encon­tre. Au même moment, Brigitte Macron aus­si était de sor­tie dans les rues parisi­ennes cette après-midi.

Les Décodeurs du Monde sont revenus le 10 mars sur cette ques­tion du coro­n­avirus qui ne serait qu’un “gros rhume mon­té en épin­gle”, dis­ant qu’il n’est pas appro­prié de le con­sid­ér­er ain­si. Mais, en évo­quant le gou­verne­ment, au lieu de par­ler des min­imi­sa­tions de l’épidémie par ce dernier, ils rela­tent les paroles de l’infectiologue François Bricaire qui con­sid­ère qu’il en fait “prob­a­ble­ment un peu trop” (!).

2. “Pas de défaut d’anticipation concernant cette crise”

Autre refrain, directe­ment pronon­cé par Sibeth N’Di­aye, porte-parole du gou­verne­ment, le 23 mars :

D’ailleurs, ce n’est pas le min­istre de la san­té qui dira le con­traire, le 10 mars, il affirme “[qu’]il n’y a pas de pénurie de masques”.

Une semaine avant, Libéra­tion avait bien démon­tré le manque d’anticipation quant aux masques. Après la com­mande mas­sive de ces derniers pour la grippe avi­aire en 2005, il a été décidé par les gou­verne­ments suc­ces­sifs de ne pas renou­vel­er les stocks. Le choix a été fait de “désor­mais se réap­pro­vi­sion­ner en cas de besoin, en comp­tant sur les expor­ta­tions chi­nois­es et les forces de pro­duc­tion français­es”.

Sans oubli­er Agnès Buzyn qui a déclaré, le 17 mars :

Quand j’ai quit­té le min­istère [le 16 févri­er 2020], je pleu­rais car je savais que la vague du tsuna­mi était devant nous.”

Pour­tant, mi-févri­er, peu de mesures dras­tiques étaient pris­es pour anticiper.

N’oublions pas non plus les sup­pres­sions de postes prévues dans cer­tains CHRU, comme celui de Nan­cy. Objet d’une ques­tion à Check­news de Libéra­tion, le 8 avril, l’article rap­pelle qu’il était bien prévu, en “appli­ca­tion du pro­jet stratégique du CHRU de Nan­cy pour revenir à l’équilibre financier, validé en 2019 par le Comité inter­min­istériel de per­for­mance et de la mod­erni­sa­tion de l’offre de soins hos­pi­tal­iers (Cop­er­mo)”, de sup­primer “179 lits et 598 postes en équiv­a­lents temps plein d’ici 2024”. Une manière par­ti­c­ulière d’an­ticiper une pos­si­ble crise.

Libéra­tion évoque aus­si, le 15 mars, les élec­tions munic­i­pales que le gou­verne­ment avait décidé de main­tenir, en accord “avec une déci­sion du con­seil sci­en­tifique”.

Con­cer­nant les tests de dépistage, Olivi­er Véran assur­ait le 9 mars, que la France en pra­ti­quait plus, par rap­port à l’Italie :

Si l’Italie a un taux de mor­tal­ité qui est élevé, c’est qu’ils tes­tent moins. Moins vous testez de malades, plus vous passez à côté de patients qui ne sont pas ou peu symp­to­ma­tiques, et donc plus les malades sévères vont représen­ter une pro­por­tion impor­tante des gens que vous avez dépistés. En France, on dépiste plus large. Depuis le début, j’ai demandé à ce qu’on teste plus large que les recom­man­da­tions de l’Organisation mon­di­ale de la san­té. Un exem­ple : j’ai demandé à ce qu’on teste tous les malades de réan­i­ma­tion qui ont des trou­bles res­pi­ra­toires ou une fièvre inex­pliquée.”

Men­songe sur lequel est revenu Libéra­tion, le 10 mars. Dans l’absolu, l’Italie teste plus et “con­traire­ment à ce que sug­gère Olivi­er Véran, l’Italie a procédé dès le début de la crise à un très grand nom­bre de tests, sur des pro­fils très peu ciblés, allant au-delà de ce qu’a fait la France”.

Pas de signe de vie de l’AFP ou du Monde con­cer­nant ce sujet.

3. “La fermeture des frontières n’est pas utile”

Ce bobard a été forte­ment sym­bol­isé par une déc­la­ra­tion d’Agnès Buzyn, le 20 jan­vi­er :

C’est France Info qui s’est occupé de dire si cela était “vrai ou fake”, le 9 mars. Le média n’a rien trou­vé à redire aux pro­pos de la min­istre, argu­men­tant qu’à l’époque, le “risque d’im­por­ta­tion était estimé entre 5% et 13%”.

Lorsque Marine Le Pen a réclamé la fer­me­ture de ces dernières fin févri­er, Le Monde a attaqué ses dires, tout en rap­pelant les pro­pos du directeur de l’Institut de san­té glob­ale à l’université de Genève, jugeant que c’était “inef­fi­cace et illu­soire”.

Macron a iro­nisé sur ses pro­pos en dis­ant le 27 févri­er : “N’en déplaise à cer­tains, le virus ne con­naît pas ces lim­ites admin­is­tra­tives.”

Sibeth Ndi­aye, de son côté, a déclaré le 12 mars :

man­i­feste­ment cela n’est pas ce qui a freiné l’épidémie [la fer­me­ture des fron­tières] (…). Dès lors qu’il était pos­si­ble d’effacer la trace de la fièvre en prenant des médica­ments antipyré­tiques, c’est-à-dire per­me­t­tant de lut­ter con­tre la fièvre, c’est une mesure qui n’a pas d’intérêt (…) La fer­me­ture de ses fron­tières (ital­i­ennes) avec la Chine n’a pas per­mis de frein­er l’épidémie.”

Le 13 mars, Olivi­er Véran abondait tou­jours dans le même sens :

Fer­mer les fron­tières, une réponse qui sci­en­tifique­ment n’a pas d’in­térêt.”

L’histoire leur aura finale­ment don­né tort, puisque le 17 mars, l’Union européenne ferme ses fron­tières extérieures. Celles de la France restent ouvertes, con­traire­ment à ses voisins, “avec des con­trôles ren­for­cés pro­longés jusqu’au 30 octo­bre 2020.” L’AFP se con­tente de le rap­pel­er dans un arti­cle de “fact-check­ing” du 4 avril. Pas d’article ultérieur pour Libéra­tion ou Le Monde.

Mais Emmanuel Macron a peut être changé d’avis entre temps, puisqu’il déclare finale­ment le 31 mars :

Le jour d’après ne ressem­blera pas au jour d’avant. Nous devons rebâtir notre sou­veraineté nationale et européenne.”

4. “Nous suivons les recommandations scientifiques”

Vrai dans de nom­breux cas, un arti­cle d’Alex­is Toulet pub­lié sur Ago­ra Vox nous rap­pelle que ce n’est pas tou­jours le cas. Macron déclarait le 16 mars :

Les déci­sions ont été pris­es avec ordre, pré­pa­ra­tion, sur la base de recom­man­da­tions sci­en­tifiques avec un seul objec­tif : nous pro­téger face à la prop­a­ga­tion du virus.”

Les déci­sions pris­es com­pre­naient, entre autres, le fait de main­tenir “toutes les activ­ités économiques qui ne peu­vent être organ­isées en télé­tra­vail”. Le jour même, le con­seil sci­en­tifique pub­li­ait un avis où il était men­tion­né : “seules doivent per­sis­ter les activ­ités stricte­ment néces­saires à la vie de la Nation”.

Aucun “fact-check­ing” des grands médias sur cette approx­i­ma­tion.

5. “Porter un masque n’est pas nécessaire”

Dernier grand bobard, qui a d’ailleurs par­ti­c­ulière­ment mécon­tenté les Français, puisqu’ils sont “76 % à penser que le gou­verne­ment leur a men­ti”, celui sur le port du masque.

Le 26 jan­vi­er, Agnès Buzyn déclare de manière caté­gorique que cela était “totale­ment inutile”.

Olivi­er Véran abonde encore dans son sens, un mois après :

Aujourd’hui comme demain, une per­son­ne asymp­to­ma­tique [sans symp­tôme] qui se rend dans des lieux publics, qui se déplace dans les trans­ports en com­mun, n’a pas à porter de masque… ce n’est pas néces­saire.”

L’AFP évoque le sujet le 2 mars, par le biais de la ques­tion de savoir si il était recom­mandé ou non de se ras­er pour se pro­téger du coro­n­avirus, en men­tion­nant que “le port des masques n’est recom­mandé que pour une pop­u­la­tion bien pré­cise : les pro­fes­sion­nels au con­tact de malades ou les per­son­nes présen­tant des symp­tômes. Les autorités de nom­breux pays ne cessent d’ailleurs de martel­er que le port de masques est inutile en dehors de ces cas et que leur achat en masse fait courir un risque de pénurie pour ceux qui en ont réelle­ment besoin.” Les Décodeurs ont repris plus briève­ment ce sujet de la barbe et du masque, quelques jours plus tôt, et don­né les mêmes infor­ma­tions.

Le 13 mars, c’est Édouard Philippe qui main­tient tou­jours cette ligne :

Le port du masque, en pop­u­la­tion générale dans la rue, ça ne sert à rien.”

Deux jours plus tard, Alexan­dre Mignon, pro­fesseur de médecine spé­cial­iste en réan­i­ma­tion à l’hôpital Cochin, affirme que “le port du masque pour­rait être extrême­ment utile pour ren­forcer les mesures de con­fine­ment.”

Pour­tant le 17 mars, l’AFP répète encore que masques et gants sont inutiles.

Pas de change­ment du côté du gou­verne­ment non plus. Sibeth Ndi­aye déclare le 25 mars :

Il n’y a pas besoin d’un masque quand on respecte la dis­tance de pro­tec­tion vis-à-vis des autres.”

Édouard Philippe, le 1er avril est tou­jours sur la même ligne (le 31 mars, un sci­en­tifique chi­nois avait déclaré que ne pas porter de masque était une “grave erreur”) :

Il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la pop­u­la­tion apporterait un béné­fice. Ce serait même plutôt le con­traire, à cause d’une mau­vaise util­i­sa­tion.”

Et soudaine­ment, le 3 avril, Jérôme Salomon se met à déclar­er :

Nous encour­a­geons le grand pub­lic, s’il le souhaite, à porter […] ces masques alter­nat­ifs qui sont en cours de pro­duc­tion.”

Après tant de men­songes, quel “fact-check­ing” des déc­la­ra­tions gou­verne­men­tales ? Le 2 avril, Medi­a­part sort une enquête à charge con­tre le gou­verne­ment sur ce sujet, inti­t­ulée “Masques : les preuves d’un men­songe d’État”. 20 Min­utes écrit aus­si un arti­cle retraçant le “volte-face” du gou­verne­ment.

Du côté de nos grands décodeurs de ser­vice, ils sont peu bavards, Libéra­tion évoque surtout le port du masque dans le monde, et un peu, les déc­la­ra­tions du gou­verne­ment. L’AFP évoque timide­ment le sujet en se deman­dant si les “masques faits mai­son” sont effi­caces ou non. Le Monde men­tionne le “virage à 180 degrés” du gou­verne­ment puis met en avant leurs argu­ments pour l’expliquer en le jus­ti­fi­ant, “la pri­or­ité était de fournir les per­son­nes en pre­mière ligne, les soignants”. Mi-mars, ils s’étaient abon­dam­ment faits les relais du gou­verne­ment, en met­tant en avant l’argument selon lequel, “tout le monde n’a pas besoin d’un masque”. Com­pliqué de se “fact-check­er” soi-même…

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Abel Mestre

PORTRAIT — Faut-il class­er Abel Mestre dans la caté­gorie jour­nal­iste ? Abel Mestre con­stitue à lui seul un fourre-tout de l’extrême extrême-gauche, allant du stal­in­isme à l’anarchisme en pas­sant par le trot­skisme expéri­men­tal et l’action de rue.

Sophia Aram

PORTRAIT — Issue d’une famille d’o­rig­ine maro­caine, Sophia Aram est née à Ris-Orangis (Essonne) le 29 juin 1973. Sophia Aram s’ini­tie à l’art de l’im­pro­vi­sa­tion dans les étab­lisse­ments sco­laires de Trappes puis au sein de la com­pag­nie « Déclic Théâtre », où elle côtoie Jamel Deb­bouze.

Christophe Ono-dit-Biot

PORTRAIT — Né en jan­vi­er 1975 au Havre, Christophe Ono-dit-Biot a fait Hypokhâgne et Khâgne au lycée Jan­son-de-Sail­ly, à Paris, puis un DEA de Lit­téra­ture com­parée sur les écrivains fin de siè­cle « déca­den­tistes ». Il est agrégé de let­tres mod­ernes (2000).

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision