Accueil | Portraits | Sibeth Ndiaye
Pub­lié le 21 septembre 2018 | Éti­quettes : , , , ,

Sibeth Ndiaye

Tout près de l’Élysée

Née le 13 décembre 1979 à Dakar (Sénégal) Sibeth Ndiaye est une communicante et militante politique franco-sénégalaise, fille de militants de l’indépendance sénégalaise. Chargée des relations de presse d’Emmanuel Macron pendant la présidentielle, elle le suit à ce poste à l’Élysée où elle s’acquiert rapidement de solides inimitiés dans les médias. Son prénom signifie « celle qui a gagné beaucoup de combats » en langue Diola. À commencer par celui de la naturalisation – elle est déclarée française en juin 2016.

Formation

Elle a eu son brevet à l’institution Jeanne d’Arc de Dakar, puis a étudié au lycée Montaigne à Paris. Elle suit ensuite une licence de philosophie politique à l’Université Paris VII (204-2006) puis un master 2 économie politique – protection sociale à Paris I Sorbonne en 2006-2007.

Parcours militant et professionnel

Son père Farah Ndiaye a participé à la création du Parti africain de l’indépendance puis est devenu n°2 du Parti Démocratique Sénégalais d’Abdoulaye Wade jusqu’en 1986, puis est passé dans l’équipe du socialiste Abdou Diouf alors président pour travailler sur le canal du Cayor, un projet pour alimenter en eau potable Dakar ; la famille reste néanmoins proche d’Abdoulaye Wade. Sa mère, la togolaise Mireille Ndiaye (†2015) a présidé la Cour de Cassation du Sénégal puis le Conseil constitutionnel de 2004 à 2010. Sibeth Ndiaye est la dernière de quatre filles et reçoit une éducation à l’européenne.

Elle milite au sein de l’UNEF de 1999 à 2006 et est administratrice de la Mutuelle des étudiants (LMDE) de 2003 à 2008, au sein de la tendance Refondation syndicale, proche de Dominique Strauss-Kahn. Elle adhère au PS en 2002 après le 21 avril et le second tour Le Pen – Chirac. Présente à la fois dans les deux forges de cadres socialistes que sont le PS et l’UNEF, elle gravit logiquement les échelons du parti.

Directrice de la campagne de Mathieu Hanotin, socialiste et ancien de l’UNEF, aux cantonales de 2008 à Saint-Denis sud où il réussit à se faire élire face au sortant PCF Ronan Kerrest, elle est nommée par Martine Aubry secrétaire national du PS chargée de la petite enfance. Elle affirme alors, pas dupe : « Je voulais avoir l’assurance de ne pas être la potiche de service […] Je parais moins dangereuse du fait que je ne suis pas française. Au moins, je ne risque pas de briguer une place d’élue ».

En mars 2008 elle est nommée à la tête du service presse de Claude Bartolone, nouveau président du conseil général de la Seine-Saint-Denis et devient chargée de mission au conseil général en 2010. En 2012 elle soutient Martine Aubry aux primaires de la gauche.

Son mari, Patrice Roques – avec lequel ils ont trois enfants, est directeur adjoint d’une société de HLM et « n’adhère pas tant aux idées d’Emmanuel Macron » selon Closer qui ajoute qu’il « s’est construit dans le milieu du parti socialiste » (22/12/2017). Adhérent du PS depuis 2005 il a aussi été administrateur de la LMDE (2002-2005), a travaillé au cabinet de la mairie de Paris, conseiller municipal PS à Sevran où il a manqué de peu être candidat dissident en 2011, et a été nommé le 2 février 2018 directeur général de Seine-saint-Denis Habitat.

Avec Sibeth Ndiaye, ils ont aussi milité à Tendance Réformation syndicale en 2003, ainsi qu’au sein du collectif Jeunes contre la guerre [en Irak] au même moment, Patrice Roques était alors le référent du mouvement à Jussieu, Sibeth Ndiaye à Censier. Il s’est aussi illustré plus récemment en tançant dans la presse la baisse des APL mise en place par Emmanuel Macron… une mesure que dans le même temps sa femme défendait bec et ongles.

Chargée de mission presse et communication au cabinet d’Arnaud Montebourg ministre du redressement productif, elle y reste quand Macron arrive en août 2014 – elle le connaît déjà depuis le début du quinquennat de François Hollande – et le suit à En Marche dès ses débuts. Elle s’installe aussi à Paris. D’après L’Obs (09/5/2017), « Attachée de presse du ministre de l’Économie, elle a participé aux réunions préparatoires ultrasecrètes dans l'appartement privé de Bercy avant le lancement du nouveau mouvement politique, le 6 avril 2016 ».

Personnage clé du premier cercle d’Emmanuel Macron pendant sa campagne – avec Sylvain Fort, elle se trouve en copie de tous les mails concernant des données à communiquer, elle devient conseillère presse auprès de Sylvain Fort, chargé de communication à l’Élysée. Elle participe au verrouillage de la communication de Macron – salle de presse dans un bâtiment annexe, choix des journalistes accrédités, consignes d’interdiction absolue au personnel de l’Élysée de parler à la presse, pressions si un article déplaît…visiblement assez efficace puisqu’un article critique de Marianne à son sujet est désormais introuvable.

En août 2017, Le Canard Enchaîné rapporte, au détour d’un portrait d’Anne-Sophie Mercier, qu’interrogée par texto sur la mort de Simone Veil par un journaliste qui voulait se faire confirmer son décès, elle aurait répondu par SMS « Yes, la meuf est dead ». Le journal avance que l’Élysée souhaite maintenant mettre Sibeth Ndiaye sous tutelle. Celle-ci dément vertement. L’ancien conseiller de Manuel Valls, le mauritanien (naturalisé français) Ibrahima Diawadoh N’Jim, se fend d’une tribune dans Le Monde où il accuse les détracteurs de Sibeth Ndiaye d’être racistes.

Marlene Schiappa et l’élu PCF parisien Ian Brossat volent aussi à son secours sans répondre sur le fond, mais en accusant les critiques de misogynie et d’être de la « fachospère ».

Bruno Roger-Petit (BRP), ancien anti-réac de service qui a multiplié les signes d’allégeance à Emmanuel Macron, est nommé le 29 août 2017 porte-parole de l’Élysée pour « renforcer le pôle communication » suite à la polémique. Néanmoins, il ne parvient jamais à s’intégrer, se brouille avec Brigitte Macron et Ismaël Emelien, est progressivement marginalisé puis écarté en septembre 2018.

Le Canard Enchaîné (12/9/2018) indique que « BRP s’était aussi attiré beaucoup d’inimitiés en débinant ses collègues de l’Élysée devant ses ex-confrères ou dans les dîners en ville. Il n’arrêtait pas, ainsi, de répéter que Sylvain Fort, Ismaël Emelien et Sibeth Ndiaye conduisaient Macron dans le mur. Pour l’heure c’est Roger-Petit qui se le prend en pleine figure ».

Le 16 août 2017 l’éditorialiste de L’Express Christophe Barbier imagine un morceau de rap écrit par Sibeth Ndiaye sur Emmanuel Macron et provoque une nouvelle polémique. Accusé de racisme, il sort la brosse à reluire au sujet de Sibeth Ndiaye qu’il trouve « très haute en couleur, très moderne, parlant très cru. Avec ce rap, ajoute-t-il, je rends hommage à son talent et à son inventivité » (France Info, 16/8/2017)

Le 2 février 2018 elle crée à nouveau la polémique, au Sénégal cette fois, par sa tenue au dîner de gala offert par le président Macky Sall en l’honneur d’Emmanuel Macron. Selon le journal Walfadjiri, elle portait « un blue-jean rouge, un pullover et des ballerines ». Un diplomate cité par Cayor Info cachait mal son malaise : « même les instrumentalistes du ministre-chanteur Youssou Ndour étaient mieux sapés qu’elle. C’est une insulte à tous les gens qui étaient là. C’est honteux. Personne ne peut vous imaginer, vous Sénégalais, débarquer à l’Elysée, lors d’un diner de gala, avec un tel port vestimentaire. Il y a un minimum de respect pour son pays d’origine ».

Du reste, lors de l’investiture d’Emmanuel Macron elle s’était aussi fait remarquer par la simplicité de sa tenue, baskets, sac en bandoulière, robe à grosses fleurs et perfecto. Son style « décalé du protocole » pour les uns, ou son absence pour les autres a fait florès dans la presse sénégalaise.

En septembre 2018 le communicant, critique musical et plume du président Sylvain Fort est nommé directeur de la communication de l’Élysée, avec Sibeth Ndiaye pour le seconder, confirmée aux relations avec la presse. Tous deux ont l’habitude de travailler ensemble : ils étaient responsables presse de la campagne d’En Marche. Bruno Roger-Petit est mis à l’écart et son exfiltration annoncée.

Publications

Néant

Ce qu’elle gagne

Wikileaks a rendu public son contrat de travail en CDI auprès de l’association En Marche à compter du 12 septembre 2016 pour un salaire mensuel brut de 6255.80 € pour 39 heures dont quatre heures supplémentaires majorées. En réalité sa disponibilité auprès d’Emmanuel Macron et du mouvement dépassait amplement ces 39 heures.

Un mail « paie décembre 2016 » rendu lui aussi public par Wikileaks fait état des virements à l’équipe d’En Marche – Sibeth Ndiaye reçoit 4836.50 €.

Collaborations

Néant

Sa nébuleuse

  • Claude Bartolone, Matthieu Hanotin, Jean-Christophe Cambadélis, Martine Aubry au PS.
  • Sylvain Fort, Ismaël Emelien, Emmanuel Macron.

Elle l’a dit

« Non, il n'a pas dit : 'On a humilié La Manif pour tous, putain !' Faites votre boulot les gars aussi. Non mais là, ça me saoule. Franchement, là, je suis soûlée(...) Ça, c'est pas du travail de journaliste. C'est du travail de sagouin. », à un journaliste des Inrocks, février 2017, suite à l’article intitulé « Macron prend la défense de La Manif pour tous et revendique de parler avec Zemmour et de Villiers », documentaire « Emmanuel Macron : les coulisses d’une victoire » de Yann l’Hénoret, diffusé le 8 mai 2017 sur TF1.

« Il était secrétaire général adjoint, et je travaillais pour Arnaud Montebourg. Il était d’un abord agréable, avec beaucoup d’humour », au sujet de sa première rencontre avec Emmanuel Macron, Jeune Afrique, 28/4/2017

« La première fois qu’il [Macron] a réuni son cabinet, il nous a dit une phrase qui m’a marquée : « Ne venez jamais me dire qu’on ne peut pas faire telle ou telle chose parce qu’on ne l’a jamais fait auparavant. » C’est quelqu’un de très libre et qui cherche en permanence à questionner le monde », ibid.

« Nous partageons aussi un amour de la langue française et en particulier de la poésie. Je me rappelle toujours avec émotion qu’au décès de ma mère, il avait eu la délicatesse de m’offrir un livre de Roland Barthes, Journal de Deuil. Il m’a servi de livre de chevet pendant de longs mois », ibid.

« Ma carrière professionnelle s’est surtout construite autour de belles rencontres, avec des gens qui ont su me faire confiance, et j’ai toujours essayé d’être digne de cette confiance. Cela me pousse à penser qu’il suffit de tomber sur la ou les bonnes personnes […] pour que tout change », ibid.

« Tu sais quoi @ylhenoret? Ton film, c l'histoire vraie d'une aventure de folie ds une équipe de dingues que je love cc », Twitter, 09/05/2017, au réalisateur du documentaire.

« J’ai toujours préféré l’ombre à la lumière. C’est la raison pour laquelle je travaille pour des personnalités politiques sans désirer moi-même être élue », Elle, 12/05/2017.

« Nos jumelles sont nées en 2010 et notre fils en 2013. Leurs prénoms sont africains et ils portent le nom de famille de leur père français « de souche ».  Je souligne cela parce que nous avons toujours considéré important pour nos enfants de vivre dans les deux cultures », ibid.

« Mon moteur, depuis toujours, c’est le refus de l’injustice. La pire phrase pour moi, c’est « on ne peut pas faire autrement ». Cela a été la raison de mon engagement syndical et de mon choix de militer à Gauche », ibid.

« J'assume parfaitement de mentir pour protéger le président », L’Express, 12/07/2017.

On l’a dit sur elle

« Pendant la campagne, elle a été les yeux et les oreilles de son patron. Seule femme de l'équipe rapprochée de Macron, discrète, efficace, ne le lâchant pas d'une semelle et n'hésitant pas à aller au contact pour contenir la meute des cameramen et des photographes, elle a fait preuve de sang-froid et de professionnalisme. Intermédiaire incontournable des médias, la jeune femme a assisté aux entretiens du "chef" avec les journalistes, enregistrant les échanges sur son smartphone. Mais impossible de lui tirer une information sur les secrets du quartier général », L’Obs, 09/05/2017.

« J’ai été impressionnée par sa puissance de travail. C’est une excellente conseillère qui connaît parfaitement le fonctionnement de la presse », Laurence Haïm à son sujet, Jeune Afrique, 09/05/2017

« Parmi les journalistes qui suivent la campagne En marche !, elle a la réputation d’exécuter à la lettre les ordres venus d’en haut », Le Monde, 11/05/2017.

« Elle est d’une grande efficacité, d’humeur toujours égale et du genre à ne pas aller se coucher tant que tout ce qu’elle a prévu de faire n’est pas achevé. Elle ne court pas après la reconnaissance. Ce qui la motive, c’est d’abord la satisfaction de la tâche accomplie. En politique, ça n’est pas si fréquent », Marianne Zalc-Muller, sa collègue en 2008 à son sujet, ibid.

« Dans cette équipe à l’esprit start-up, composée presque exclusivement de trentenaires geeks grimés d’une barbe de trois jours, Sibeth Ndiaye détonne avec ses tresses et ses Adidas bleues. Au cœur du système Macron, elle est l’une des rares femmes présente en permanence auprès de lui (avec la cheffe de cabinet Sophie Ferracci et son épouse Brigitte Macron) et issue de la diversité », ibid.

« Elle a sa machine à coudre et confectionne ses vêtements et ceux de ses enfants. C’est sa façon de se détendre. […] Des quatre enfants, elle est la seule à faire de la politique, si je peux dire », sa sœur Fari Ndiaye, ibid.

« De Macron pour elle, il y a une confiance absolue. D’elle pour Macron, il y a une forme de respect, de fierté, ce qui n’empêche pas certains désaccords et des discussions contradictoires. Elle a du caractère », Ismaël Emelien, ibid.

« Allure juvénile - en perfecto et baskets - Sibeth Ndiaye, 37 ans, dont déjà 15 de militantisme syndicaliste étudiant (à l’UNEF) et politique (au PS),  n’est pas une « simple » attachée de presse : elle a été l’un des rouages cruciaux de la campagne En Marche, conseillère écoutée du premier cercle  autour du « chef », Elle, 12/05/2017.

« Sibeth Ndiaye […] justifie les appels récurrents qu'elle passe – tout comme son collègue et plume du président Sylvain Fort – à diverses rédactions . "Après un papier qu'ils n'ont pas aimé, j'ai été blacklisté", témoigne un journaliste. "J'ai reçu des pressions lunaires", raconte un autre », Les Inrocks 12/07/2017.

« Sur cette question [du déplacement de la salle de presse hors de l’emplacement historique du RDC de l’Élysée] comme sur d'autres relatives aux relations avec la presse, nous nous sommes fait recevoir avec une volée de bois vert par Sibeth Ndiaye », L’Express, 12/7/2017, op. cit.

« Disons les choses clairement : ce qu’on reproche à Sibeth Ndiaye est d’être noire et femme ; ce qu’on lui reproche, aussi, c’est d’avoir réussi. Toutes les composantes frayant à la frontière entre droite et extrême-droite ont ici trouvé un sujet d’indignation à prix discount, une troisième démarque avant la fin des soldes, une session de rattrapage après une année noire. Après avoir tant combattu Simone Veil, elles peuvent exhiber une preuve que d’autres composantes de la société française ne l’estiment pas. […] le cas Ndiaye est commode ; il est employé pour attester que même à l’Élysée, « ces gens-là » sont mal élevés », Ibrahima Diawadoh n’Jim, Le Monde, 04/08/2017.

« Oui, Sibeth Ndiaye a, avec d’autres, accompli un authentique exploit en construisant sur quelques mois une organisation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. Mais là où l’on vante les talents et les mérites de ses compagnons d’aventure, Sibeth Ndiaye a un droit à un statut particulier assez infantilisant. Au mieux, elle est la copine sympa avec qui les autres aiment plaisanter. Au pire, elle est brutale et inapte aux fonctions qu’elle exerce », ibid.

« J'ai transformé Sibeth Ndiaye en un personnage qui parle un langage entre celui de la publicité, de la banlieue et d'une fashion victim », Christophe Barbier, France Info, 16/08/2017.

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l'Observatoire du journalisme, c’est contribuer au développement d’un outil indépendant, librement accessible à tous et à votre service.

Notre site est en effet entièrement gratuit, nous refusons toute publicité et toute subvention - ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépendance. En donnant 100 € vous financez un portrait de journaliste et avec l'avantage fiscal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En donnant 200 € vous financez un dossier. Vous pouvez régler par CB, par PayPal, par chèque ou par virement. Rejoignez les donateurs de l'Ojim ! Nous n'avons pas d'autres sources de financement que nos lecteurs, d'avance merci pour votre soutien.

8% récolté
Nous avons récolté 155,00€ sur 2.000,00€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux