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Comment les médias nous vendent l’échec des populistes… quand ils ne cessent de progresser !

9 juin 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Comment les médias nous vendent l’échec des populistes… quand ils ne cessent de progresser !

Pour de nombreux médias, la manière de mesurer le succès des partis politiques dits populistes (opposés aux institutions européennes et à la politique migratoire actuelle) consiste à comparer le score obtenu aux élections avec les sondages électoraux. Une méthode qui a l’avantage de faire passer la progression de ces partis… pour des défaites, ainsi que l’OJIM l’a montré récemment. Petite revue de presse.

Pays Bas

Les élec­tions lég­isla­tives aux Pays Bas en mars 2017 ont vu le par­ti de Geert Wilders (le PVV) pro­gress­er de 5 sièges. Un autre par­ti dit pop­uliste, le Forum pour la démoc­ra­tie, est entré au par­lement en obtenant 2 sièges.
Le résul­tat du par­ti de Geert Wilders est une « défaite morale » pour Ouest-France. Le quo­ti­di­en inter­roge Peter Giesen, un jour­nal­iste néer­landais. « Il était en tête des sondages, et bien en tête, depuis la crise migra­toire dans l’U­nion européenne, en 2015. Il en a joué, il en a abusé».
Slate con­sacre un arti­cle à « la troisième défaite des pop­ulistes européens », « Le Par­ti pour la lib­erté de Geert Wilders était don­né vain­queur dans tous les sondages. Il a été devancé par la for­ma­tion du Pre­mier min­istre et a dû se con­tenter de la deux­ième place qui l’éloigne du pou­voir ». Le jour­nal­iste con­vient néan­moins : « Ces décon­v­enues doivent cepen­dant être rel­a­tivisées. Le nom­bre de voix obtenu par les can­di­dats ou les par­tis pop­ulistes de droite dans toutes ces élec­tions mon­trent que ces mou­ve­ments trou­vent un écho gran­dis­sant, à défaut d’être partout majori­taire, dans de nom­breux pays ».

Allemagne

En Alle­magne, pour Valeurs actuelles, « l’AFD mar­que le pas ». « Les récentes élec­tions régionales en Sarre et au Schleswig-Hol­stein mon­trent en tout cas que le mou­ve­ment, apparu comme un dia­ble sor­tant de la boîte en 2013, con­naît un sérieux coup d’arrêt ». Le jour­nal­iste com­pare les scores obtenus à ces élec­tions par l’AfD aux scores obtenus aux élec­tions régionales précé­dentes dans d’autre länder.
Pour Libéra­tion dans un arti­cle du 24 mars, « le scrutin de la Sarre est déce­vant pour l’AfD. Le par­ti obtient 6% des voix et siège désor­mais dans 11 des 16 Par­lements régionaux alle­mands ». En mai, Libéra­tion com­men­tait le résul­tat des élec­tions dans l’Etat région­al du Schleswig-Hol­stein : « une forte baisse du par­ti nation­al­iste Alter­na­tive pour l’Allemagne, l’AfD». On en oublierait presque que lors de ces deux élec­tions, l’AfD a fait son entrée aux Par­lements de Sarre et du Schleswig-Hol­stein ! L’influence de l’appartenance ou non des Lan­der à l’ancienne Alle­magne de l’Est n’est pas évo­quée, les scores sont analysés dans l’absolu. Pour La Croix, l’analyse est la même : « En Alle­magne, les pop­ulistes mar­quent le pas ».

La France

En France, le pre­mier tour des élec­tions prési­den­tielles voit un nom­bre inédit de voix portées à Marine Le Pen (7,6 mil­lions), large­ment supérieur à celui obtenu en 2012 et par son père en 2002.

Une fois les résul­tats con­nus, L’Express donne la parole à Mar­tin Schulz, l’an­cien prési­dent du Par­lement européen : « Après Geert Wilders aux Pays-Bas, Marine le Pen, une enne­mie de l’Eu­rope et une raciste, a encais­sé une sérieuse défaite ». Le poli­to­logue Jean-Yves Camus explique : « Si le score de Marine Le Pen s’est légère­ment tassé, c’est en rai­son d’une cam­pagne en demi-teinte ».

On aura com­pris que le score de Marine Le Pen s’est tassé…par rap­port aux prévi­sions de votes faites par sondages. Ce qui amène le jour­nal­iste à titr­er son arti­cle sur « un revers de façade pour le pop­ulisme européen ». Selon le site d’information autrichien Kuri­er,« Marine Le Pen est fauchée dans son élan ».
Le deux­ième tour de l’élection prési­den­tielle voit la vic­toire du can­di­dat d’En marche, Emmanuel Macron. Le nom­bre de voix portées à la can­di­date Marine Le Pen, 10,6 mil­lions, est inédit. Mais selon Libéra­tion le 8 mai dans un arti­cle inti­t­ulé « Après sa défaite, le FN en pleine crise de crois­sance », c’est « un résul­tat déce­vant pour la can­di­date de l’autoproclamé “pre­mier par­ti de France”». Pour qual­i­fi­er ce résul­tat d’échec, le jour­nal­iste estime qu’« il suf­fit, au fond, de la [Marine Le Pen] pren­dre au mot ces dernières années, elle et ses proches n’ont eu de cesse de présen­ter leur mou­ve­ment comme le “pre­mier par­ti de France”». 

Plus glob­ale­ment, la pro­gres­sion des par­tis « pop­ulistes » aux élec­tions n’empêche pas France Inter de par­ler le 15 mai du « recul des par­tis nation­al­istes euro­phobes » en Europe de l’ouest.
RTL con­sacre l’émission « On refait le Monde » du 16 mars aux « Lég­isla­tives aux Pays-Bas : vers un recul des par­tis pop­ulistes en Europe ? ». Cer­taines inter­ven­tions per­me­t­tent heureuse­ment de ne pas som­br­er la car­i­ca­ture. Le Point estime le 8 mai que « l’ex­trême droite européenne (est) freinée dans les urnes, pas dans les têtes ». À lire l’article et surtout les graphiques d’évolution des votes en faveur des par­tis « d’extrême droite » (terme plus dis­qual­i­fi­ant que « pop­uliste »), on se demande si le jour­nal­iste n’a pas con­fon­du le frein et l’accélérateur…

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