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Censure sur Twitter : un nouveau cas avec Putsch de Nicolas Vidal

3 avril 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Censure sur Twitter : un nouveau cas avec Putsch de Nicolas Vidal

3 avril 2022

Temps de lecture : 4 minutes

Les censures sur Twitter sont multiples, toujours au nom du Camp du Bien. Plus récemment c’est Nicolas Vidal et Putsch qui en ont été victimes. Nous avons enquêté auprès de l’intéressé.

Ojim : Nico­las Vidal nos lecteurs vous con­nais­sent un peu après une pre­mière présen­ta­tion sur notre site en 2018 puis une analyse de votre livre Médias, le grand erre­ment en 2021. Que s’est-il passé au print­emps 2022 Twitter ?

La sit­u­a­tion est autant ubuesque qu’arbitraire. J’ai reçu plusieurs mails sibyllins le ven­dre­di 25 mars en début de soirée m’informant que l’ensemble de mes comptes Twit­ter étaient « sus­pendus défini­tive­ment » pour avoir enfreint les règles de la com­mu­nauté Twit­ter. Ain­si les deux comptes Twit­ter de Putsch Media comp­tant plus de 10 000 abon­nés ont été tout sim­ple­ment réduits au silence par Twit­ter. Je n’avais jamais reçu aupar­a­vant des mails d’avertissement, ni de mise en demeure. Mais bru­tale­ment, j’étais excom­mu­nié alors que nos comptes Twit­ter ne relayaient que les con­tenus parus sur www.putsch.media comme le font l’ensemble des médias.

Le monde de l’arbitraire

Ain­si, un média avec un numéro CPPAP délivré par le Min­istère de la Cul­ture peut se faire « vir­er » de Twit­ter en un claque­ment de doigt. Nous voilà entrés de plain-pied dans le monde de l’arbitraire régulé par des plate­formes privées améri­caines qui déci­dent de votre présence sur les réseaux soci­aux. Entre temps, mon compte per­son­nel (@nicolasputsch) a été rétabli le lun­di suiv­ant. À cette heure, les deux comptes Twit­ter de Putsch sont tou­jours sus­pendus. Ce ven­dre­di j’ai pris ma plus belle plume numérique et j’ai écrit à Damien Viel, le DG France de Twit­ter. J’attends sa réponse.

Les règles de la communauté

Le plus dra­ma­tique, c’est que Twit­ter comme la plu­part des plate­formes ne jus­ti­fie jamais la rai­son de votre exclu­sion, hormis le fait « d’avoir enfreint les règles de la com­mu­nauté ». Mais de quelle com­mu­nauté par­lons-nous ? Une com­mu­nauté intel­lectuelle ? Cul­turelle ? De Bonne Con­science ? De la Doxa autorisée ? Nous par­lons en réal­ité du marig­ot de l’Empire du bien-penser qui ne cesse d’étendre sa zone d’influence dans l’arbitraire le plus total et bru­tal, avec la com­plic­ité de la presse main­stream. Votre seul recours con­siste en un for­mu­laire sur une obscure page web où vous pou­vez plaider en quelques mots pour que Twit­ter daigne bien vous rétablir.

C’est absol­u­ment effrayant mais c’est le monde dans lequel nous som­brons dans une apathie générale et dans une forme inquié­tante de servi­tude volon­taire. Et c’est plutôt effi­cace lorsque vous arrivez au bout d’un proces­sus prémédité d’abrutissement des pop­u­la­tions engagé depuis main­tenant 30 ans. Plus de con­som­ma­teurs et moins de citoyens ! Voilà le pro­jet de la start-up nation. Voilà ce qu’il faut pour qu’un grand marché fonc­tionne et qu’une démoc­ra­tie dis­paraisse. On a tro­qué la lit­téra­ture con­tre Tik­Tok, la langue française con­tre Insta­gram, notre démoc­ra­tie con­tre la TV Réal­ité et notre citoyen­neté con­tre un QR Code. En réal­ité, l’ikeaisation de notre société a par­faite­ment fonc­tion­né. Et la France n’est plus que un ray­on dégar­ni du super­marché qu’est ce monde globalisé.

Voir aus­si : Jack Dorsey, le bal des faux culs

Ojim : Que représen­tait votre activ­ité sur Twit­ter en ter­mes quan­ti­tat­ifs et qual­i­tat­ifs ? Quelles sont les con­séquences de la suppression ?

Notre com­mu­nauté totale Twit­ter qui représente env­i­ron 26.000 fol­low­ers est extrême­ment fidélisée à nos con­tenus. Elle nous suit avec beau­coup d’attention. Preuve en est que lorsque j’ai fait savoir que nos comptes avaient été sup­primés, beau­coup de gens se sont mobil­isés sur Twit­ter. On estime que l’ensemble des comptes Twit­ter qui ont dif­fusé l’information et ont soutenu Putsch ne pesait pas loin du mil­lion de fol­low­ers. Ain­si mon compte per­son­nel a été rétabli le lun­di suiv­ant, à la dif­férence des deux comptes de Putsch.

En l’état, je n’ai reçu que des mails de noti­fi­ca­tion de sus­pen­sion. Je me suis ren­du compte que mon compte avait été rétabli par hasard. Les con­séquences sont hand­i­ca­pantes car Twit­ter est devenu mal­heureuse­ment une plate­forme où beau­coup de lecteurs s’informent ain­si que des con­sœurs et des confrères.

Une censure politique

Per­son­nelle­ment je tra­vaille beau­coup sur Twit­ter où j’y fais mes revues de presse, j’y trou­ve des sujets et où j’y pro­pose des inter­views. Néan­moins, suite à ces sup­pres­sions de comptes, des dizaines de lecteurs se sont abon­nés à Putsch et ont fait des dons. Cer­tains, trop peu, pren­nent con­science que la cen­sure s’intensifie à l’approche de la prési­den­tielle, éton­nam­ment ou non. Cri­ti­quer la poli­tique du gou­verne­ment ou pub­li­er des infos qui met le pou­voir face à ces respon­s­abil­ités sem­ble être un casus bel­li pour cer­tains. Mais rien n’est offi­ciel, rien d’assumé. Vous recevez un mail bru­tal et votre exis­tence numérique dis­paraît en un claque­ment de doigt. En réal­ité, le McK­in­sey Gate n’est pas ten­dance pour les couliss­es de Twit­ter. C’est devenu l’une des nom­breuses lignes rouges.

Ojim Avez-vous la pos­si­bil­ité de faire appel ? Si votre compte comme celui de Don­ald Trump est sup­primé, com­ment rem­plac­er Twitter ?

Nous avons fait appel comme je le dis­ais via un for­mu­laire. Et nous avons reçu un mail automa­tique de bonne récep­tion. En réal­ité, vous ne pou­vez rien faire. Vous êtes impuis­sant. Alors vous devez autrement, via d’autres canaux, exhort­er votre com­mu­nauté et vos lecteurs à s’abonner aux newslet­ters et vous rejoin­dre sur Telegram et Get­tr. Nous sommes dans un monde de fous, où vous devez anticiper et vous pré­par­er à la cen­sure. Imag­inez cela : devoir se dire qu’il faut se pré­par­er à la cen­sure à venir dans un pays comme la France.

Il faut aus­si accepter d’être une cible et s’exposer seule­ment en pub­liant des arti­cles. Et comme l’État a habile­ment pri­vatisé la lib­erté d’expression, il s’exonère en quelque sorte de ces atteintes inad­mis­si­bles à la lib­erté d’expression mais aus­si à la lib­erté d’informer. Car c’est de cela donc il est ques­tion. Et com­ment appelle-t-on un pays où la lib­erté de s’exprimer et celle d’informer se réduit de jour en jour ? Vous avez trois heures pour répondre !

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