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Après le bannissement de Trump, Twitter veut renforcer la censure contre ses partisans

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29 janvier 2021

Temps de lecture : 5 minutes
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Après le bannissement de Trump, Twitter veut renforcer la censure contre ses partisans

Temps de lecture : 5 minutes

De nouvelles vidéos tournées en caméra caché par Project Veritas montrent que la censure dont le média social Twitter a frappé Donald Trump et ses partisans après l’irruption de manifestants au siège du Congrès le 6 janvier 2021 s’inscrit dans une action de censure beaucoup plus large.

Twitter et la « politique d’intégrité civique »

« Nous sommes con­cen­trés sur un compte main­tenant », expli­quait Jack Dorsey dans une vidéo datée par Project Ver­i­tas du 8 jan­vi­er 2021, deux jours après les émeutes, en par­lant du compte [@realDonaldTrump] du prési­dent sor­tant Don­ald Trump, suivi par plus de 88 mil­lions de per­son­nes, le jour où sa com­pag­nie le sus­pendait défini­tive­ment. Et Dorsey de con­tin­uer ain­si sa phrase : « Mais ça va être bien plus gros que juste un compte, et ça va dur­er bien plus longtemps que ce jour, cette semaine, et les quelques prochaines semaines, et ça va con­tin­uer au-delà de l’investiture [du prési­dent Biden] ».

« Nous avons décidé de ren­forcer la mise en œuvre de notre poli­tique d’intégrité civique et d’utiliser un mar­quage qui dés­ac­tive les inter­ac­tions afin d’arrêter la dif­fu­sion de con­tenu incen­di­aire, c’est-à-dire du con­tenu con­cer­nant les ingérences dans les élec­tions, la fraude élec­torale, le vol de l’élection et ce type de choses », pré­cise dans une vidéo égale­ment datée du 8 jan­vi­er la respon­s­able mon­di­ale de Twit­ter pour les ques­tions juridiques, les poli­tiques, la con­fi­ance et la sécu­rité, Vijaya Gadde. Orig­i­naire d’Inde, Gadde a été qual­i­fiée en octo­bre 2020 par le média Politi­co de « direc­trice de média social la plus puis­sante dont vous avez jamais enten­du par­ler ». Décrite par Politi­co comme ayant la fibre « libérale » (au sens améri­cain de pro­gres­siste, lib­er­taire), la respon­s­able de Twit­ter serait à l’origine de la déci­sion prise par Jack Dorsey en octo­bre 2019, à un an des élec­tions prési­den­tielles améri­caines, d’interdire toute pub­lic­ité poli­tique sur sa plate­forme. Gadde serait égale­ment à l’origine du blocage sur Twit­ter en octo­bre 2020, à quelques semaines des élec­tions, de l’article du New York Post qui décrivait les pra­tiques dou­teuses de Joe Biden et de son fils en Ukraine quand Joe Biden était le vice-prési­dent de Barack Obama.

Une approche mondiale

Dans la con­ver­sa­tion vidéo pub­liée par Project Ver­i­tas, Vilaya Gadde déclare aus­si que pour met­tre en œuvre sa poli­tique, Twit­ter met à prof­it l’expérience acquise « sur les autres marchés » et que « dans ce sens » il s’agit pour Twit­ter d’une « approche mondiale ».

Dans cette même vidéo, où l’on voit Vijaya Gadde et Jack Dorsey par­ticiper à une réu­nion en ligne avec d’autres respon­s­ables de la société cal­i­forni­enne, Gadde se réfère à une let­tre d’employés de Twit­ter qui demandaient la sus­pen­sion défini­tive du compte prési­den­tiel alors que dans un pre­mier temps, au moment des vio­lences du 6 août au Capi­tole, celui-ci n’avait été blo­qué que pour 12 heures. Gadde explique les raisons qui ont poussé Twit­ter à agir en deux temps, en jus­ti­fi­ant la sus­pen­sion défini­tive après avoir recon­nu plus tôt que, après la pre­mière sus­pen­sion de 12 heures, les tweets pub­liés par le prési­dent améri­cain appelaient ses par­ti­sans au calme et con­damnaient les violences.

Pour jus­ti­fi­er la sus­pen­sion défini­tive du compte du prési­dent sor­tant, Twit­ter avait cité deux mes­sages ne com­por­tant aucun appel à la vio­lence, fait remar­quer le site pro-vie Life­news dans un arti­cle très fourni con­cer­nant la vidéo de Project Ver­i­tas et le con­texte de l’acte de cen­sure qui y est revendiqué par les dirigeants du média social. Dans les deux mes­sages en ques­tion, Don­ald Trump avait écrit ce qui suit :

- Les 75 000.000 Améri­cains remar­quables qui ont voté pour moi, L’AMÉRIQUE D’ABORD, et RENDRE SA GRANDEUR À L’AMÉRIQUE, auront une VOIX DE GÉANT pour longtemps encore. Ils ne seront pas méprisés ou traités injuste­ment de quelque manière ou sous quelque forme que ce soit !!! »

- « Pour tous ceux qui ont posé la ques­tion, je n’irai pas à l’Investiture le 20 janvier ».

Pour Twit­ter, ces deux mes­sages vio­laient sa « poli­tique sur la glo­ri­fi­ca­tion de la vio­lence ». Cha­cun jugera. Twit­ter a égale­ment affir­mé pour jus­ti­fi­er sa déci­sion que Trump « risquait très forte­ment d’encourager et inspir­er les gens qui voudraient répéter les actions crim­inelles qui se sont déroulées au Capi­tole le 6 jan­vi­er 2021 ». Ceci alors que, con­traire­ment à ce qui a été dit dans cer­tains médias, Trump n’avait pas, dans ses pro­pos tenus face à la foule de ses par­ti­sans le 6 jan­vi­er, appelé à com­met­tre des actes de violence.

Regrets pour la galerie

Quoi qu’il en soit, les vidéos pub­liées les 14 et 18 jan­vi­er par Project Ver­i­tas mon­trent bien que les regrets exprimés par Jack Dorsey le 13 jan­vi­er à pro­pos du ban­nisse­ment de Trump de sa plate­forme n’étaient que de façade.

Le média Project Ver­i­tas se spé­cialise dans l’utilisation de caméras cachées pour dévoil­er le par­ti-pris des grands médias améri­cains. Sans sur­prise, la recherche de l’expression « Project Ver­i­tas » sur Google n’affiche pas de lien au site de ce média et il faut pass­er par un autre moteur de recherche, comme par exem­ple Bing ou Duck­Duck­Go, pour le voir s’afficher dans les résul­tats (en pre­mière posi­tion). Il faut croire que les dirigeants de Google n’ont pas appré­cié les vidéos mis­es en ligne par Project Ver­i­tas à pro­pos de la cen­sure et des manip­u­la­tions mas­sive­ment pra­tiquées par leur entre­prise (voir par exem­ple : « Google en cam­pagne pour Biden avec son moteur de recherche »).