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Cédric Herrou, le passeur compulsif relaxé : comparaison n’est pas raison, mais…

29 juillet 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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Cédric Herrou, le passeur compulsif relaxé : comparaison n’est pas raison, mais…

[Pre­mière dif­fu­sion le 24 mai 2020]

Le 13 mai 2020, le délibéré du jugement concernant un militant no border Cédric Herrou, accusé d’« aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d’étrangers en France », était rendu. Les médias ont largement communiqué à ce sujet, avec une satisfaction non cachée. Une satisfaction qui tranche avec d’autres faits très sévèrement réprimés.

Les faits

Cer­tains con­sacrent leur temps libre à leur jardin, d’autres font pass­er des clan­des­tins en France. On peut s’en éton­ner, voire être choqué vis-à-vis d’actes qui foulent au pied le principe de nation­al­ité et de régu­lar­ité du séjour en France. Cela n’est vis­i­ble­ment pas le cas des médias de grand chemin.

En jan­vi­er 2017, un passeur com­pul­sif de migrants et agricul­teur à ses moments per­dus nom­mé Cédric Her­rou se con­fi­ait à Le Monde :

« En 2015, j’ai com­mencé à pren­dre des migrants en stop à Vin­timille pour les con­duire chez moi. (…) Les arrivées ont con­tin­ué et l’on s’est retrou­vé avec 58 per­son­nes à la mai­son. Mon jardin s’est trans­for­mé en camp­ing avec des car­a­vanes, un cabanon, et j’avais casé plein d’autres per­son­nes dans les maisons aux alen­tours. Un peu per­dus et pris au dépourvu, nous avons décidé d’ouvrir un squat désaf­fec­té qui ne dérangeait per­son­ne ».

L’héroïsme du jeune agricul­teur n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Les pas­sages clan­des­tins se mul­ti­plient. Le Monde nous indi­quait fin 2016 que « Cédric Her­rou a trans­porté plus de 200 migrants depuis six mois ».

La jus­tice s’en est mêlé. Heureuse­ment serait-on ten­té de dire ? Si n’importe quel quidam prend délibéré­ment en stop en Ital­ie des clan­des­tins pour les faire pass­er illé­gale­ment en France, c’est non seule­ment le principe de la régu­lar­ité du séjour en France qui est bafoué (pourquoi deman­der un titre de séjour préal­able­ment à l’entrée en France dans ce cas), mais aus­si un encour­age­ment au traf­ic juteux des passeurs qui exploitent la mis­ère humaine à par­tir des côtes de Libye.

Cédric Her­rou a logique­ment été inculpé en 2016 pour « aide à l’entrée, à la cir­cu­la­tion et au séjour de per­son­nes en sit­u­a­tion irrégulière, et occu­pa­tion illicite de pro­priété privée ».

Après un juge­ment en pre­mière instance, en appel, la sai­sine du Con­seil con­sti­tu­tion­nel, qui a pour l’occasion posé le principe du « principe de fra­ter­nité », puis de la Cour de cas­sa­tion, son affaire a été jugée de nou­veau par la Cour d’appel de Lyon. Le juge­ment est limpi­de : « Ren­voyé de toutes les pour­suites » selon Euro news.

Une bonne nouvelle pour les médias de grand chemin

Les médias de grand chemin ont accueil­li ce juge­ment comme une bonne nouvelle.

Euro news donne en titre de son arti­cle la parole au « défenseur de migrants » : « la sol­i­dar­ité n’est pas un délit ». L’article ne con­tient aucune réserve sur les faits com­mis par Cédric Her­rou. Les seuls argu­ments présen­tés sont ceux de la jus­tice et du passeur. On en déduit fort logique­ment que ce sont des actes de bravoure qui sont enfin recon­nus, des actes com­mis par un homme dés­in­téressé et altru­iste. France info est sur la même ligne édi­to­ri­ale : les pre­miers mots de l’article con­sacré au juge­ment sont ceux de l’avocat du passeur : « C’est le tri­om­phe de la rai­son et du droit ». C’est encore l’avocat qui con­clue l’article qui ne com­porte aucune réserve vis-à-vis d’un juge­ment qui est un encour­age­ment aux passeurs de tous poils : « Pourquoi s’acharn­er sur quelqu’un qui n’a fait qu’aider ? Com­ment con­sid­ér­er ce qu’il a fait autrement qu’une action human­i­taire ? ». 

Le Point n’habille pas de beau­coup de réserves l’information mil­i­tante dis­pen­sée par l’AFP. Tout au plus apprend-on que la passeur a été « dis­pen­sé de peine pour des faits d’« instal­la­tion en réu­nion sur un ter­rain appar­tenant à autrui sans autori­sa­tion ». À aucun moment le jour­nal­iste n’indique explicite­ment que le mil­i­tant no bor­der a été recon­nu coupable d’occupation illé­gale de ter­rain et con­damné pour cela. Tout juste est-on infor­mé qu’il a été dis­pen­sé de peine, comme si les ter­mes de « coupable » et de « con­damna­tion » pou­vaient venir ternir ce juge­ment. Une nou­velle fois et comme dans de nom­breux arti­cles, la con­clu­sion est lais­sée à l’avocat du mil­i­tant d’extrême gauche :

« Un acharne­ment con­ster­nant » aux yeux de la défense, qui accueille la déci­sion de la cour comme « un vrai soulage­ment ».

Après avoir été relaxé pour avoir insulté un Préfet, le mil­i­tant no bor­der est donc relaxé pour les très nom­breux pas­sages de clan­des­tins à la fron­tière fran­co-ital­i­enne. Un juge­ment qui une nou­velle fois accorde au passeur une impunité totale et n’emporte aucune réserve dans les médias de grand chemin.

Le militant d’extrême gauche, héros de la presse de grand chemin

Nous l’avions déjà souligné en novem­bre 2017, les médias de grand chemin ont dess­iné au fil des démêlés judi­ci­aires du passeur une fig­ure du héros, gom­mant tous ses aspects rugueux, ses injures con­tre un Préfet, sa rancœur con­tre une France coupable de tous les maux, sa haine des fron­tières, ce que nous appe­lions le côté face du mil­i­tant d’extrême gauche.

Désigner les frontières passoires : des agissements lourdement condamnés

Si faire pass­er illé­gale­ment des migrants d’Italie en France béné­fi­cie d’un sauf con­duit don­né par la jus­tice française, il n’en est pas de même pour les mil­i­tants qui attirent l’attention de l’opinion publique sur les très nom­breux pas­sages de clan­des­tins à la fron­tière franco-italienne.

En 2018, des mil­i­tants de Généra­tion iden­ti­taire menaient une action sym­bol­ique au Col de l’échelle dans les Alpes pour met­tre sous les pro­jecteurs les fron­tières pas­soires. Le choix des mots, les qual­i­fi­cat­ifs dont ont été affublés les jeunes mil­i­tants, les tech­niques rhé­toriques util­isées dans la cou­ver­ture de cette action : tout a con­cou­ru à présen­ter néga­tive­ment une man­i­fes­ta­tion en faveur du respect des fron­tières, et qui être à ce titre pou­vait être louée. La fron­tière de la légitim­ité médi­a­tique était déjà bien tracée pour les médias de grand chemin.

Après le juge­ment du tri­bunal médi­a­tique, c’est en août 2019 le tri­bunal cor­rec­tion­nel de Gap qui a très lour­de­ment con­damné les mil­i­tants iden­ti­taires pour cette opéra­tion de pro­mo­tion des fron­tières. Qu’importe puisque pour L’Obs et de nom­breux autres médias à sa suite, les con­damnés font par­tie d’une « asso­ci­a­tion d’extrême droite ».

L’actualité judi­ci­aire con­tin­ue. France bleu nous informe que le procès en appel d’autres mil­i­tants iden­ti­taires pour une man­i­fes­ta­tion sur le toit d’une mosquée à Poitiers, appelée très sym­bol­ique­ment par le nom arabe de la bataille de Poitiers a lieu le 21 mai 2020, une affaire à suivre.

Par con­tre, on cherche vaine­ment dans les médias des infor­ma­tions sur un éventuel procès des 80 clan­des­tins qui ont envahi la basilique de Saint Denis le 17 mars 2018 accom­pa­g­nés par des mil­i­tants d’extrême gauche. Si com­para­i­son n’est pas rai­son, quelques mis­es en per­spec­tive se passent de tout com­men­taire, tant elles sont éloquentes…

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