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Manifestations à la frontière italienne : la frontière de la légitimité médiatique

30 juillet 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Manifestations à la frontière italienne : la frontière de la légitimité médiatique

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 25 avril 2018

Le weekend du 22 avril a été marqué par des « manifestations » peu courantes au Col de l’échelle, à la frontière franco-italienne. Samedi 21 avril, des militants identitaires européens ont voulu, comme le relate l’un de leurs leaders à 20 Minutes, « bloquer l’arrivée des migrants clandestins ». Le 22 avril, des militants no border ont aidé des clandestins à passer la frontière en forçant un barrage de gendarmes. Dans le récit des événements, le choix des mots par les journalistes est révélateur d’une frontière délimitant les actions légitimes de celles qui ne le sont pas.

La manifestation des identitaires

LCI par­le d’« activistes d’ex­trême droite » qui ont été iden­ti­fiés. C’est à peu près le terme retenu par Le Dauphiné et France Info pour qui il s’agit de « mil­i­tants d’extrême droite ».

Le Cour­ri­er Inter­na­tion­al évoque des « mil­i­tants du grou­pus­cule Généra­tion iden­ti­taire » tout comme Ouest-France.

Dans le jour­nal de France Cul­ture de 12h30 du 23 avril, ce n’est pas le forçage du bar­rage de gen­darmes par les mil­i­tants no bor­der qui est un sujet d’étonnement et d’indignation : « On essaiera de com­pren­dre pourquoi le gou­verne­ment a mon­tré si peu d’empressement à réa­gir à l’opération organ­isée ce week-end par Généra­tion iden­ti­taire, des mil­i­tants d’extrême droite qui s’emparent de la fron­tière et font mine de la con­trôler sans que les autorités n’interviennent ». « Le grou­pus­cule d’extrême droite a choisi de faire par­ler de lui en organ­isant une hal­lu­ci­nante opéra­tion des­tinée à mar­quer les esprits ». « Une opéra­tion de com­mu­ni­ca­tion » selon les ser­vices de Gérard Col­lomb. « Aucun fait délictuel n’a été com­mis ». Ne s’agissait-il pas d’une opéra­tion non autorisée ? La Pré­fec­ture n’a pas don­né suite à nos ques­tions». Quant à la déci­sion d’envoyer des ren­forts sur place, elle répond selon la Pré­fec­ture à l’intrusion de mil­i­tants antifas­cistes avec des migrants ». 

On en retient que les ter­mes employés – « extrême droite », « activistes », « grou­pus­cules » — pour qual­i­fi­er les mil­i­tants iden­ti­taires sont tous à con­no­ta­tion néga­tive et ne peu­vent man­quer d’inquiéter le lecteur.

La manifestation des no border

Les mil­i­tants no bor­der ne sont pas qual­i­fiés d’extrémistes ni de rad­i­caux par Le Point. Ceux d’entre eux qui ont été inter­pel­lés sont désignés par leur nation­al­ité dans un arti­cle issu de l’AFP : « qua­tre Ital­iens et deux Suiss­es ».

Le Parisien par­le de quelques « mil­i­tants » en garde à vue pour « aide à l’entrée d’étrangers en sit­u­a­tion irrégulière ».

Le terme d’« antifacistes » tourne en boucle dans les médias. Il est repris notam­ment par les DNA, France Info, Le Dauphiné, etc…

Lors du jour­nal de 19h du 22 avril sur France Inter, le jour­nal­iste présente « la réponse des antifas­cistes » à la fron­tière ital­i­enne : « ils ont for­cé un bar­rage de gen­darmes accom­pa­g­nés de migrants ». « Alors que la marine libyenne annonce ce soir que 11 migrants sont morts en mer et 263 per­son­nes ont été sec­ou­rues ».

Les mil­i­tants no bor­der ne sont donc pas affublés de qual­i­fi­cat­ifs inquié­tants. Ce sont essen­tielle­ment des « antifas­cistes ». Ce qui ren­voie à une cause fédéra­trice de lutte con­tre le total­i­tarisme. Dans la con­ti­nu­ité de cette appel­la­tion, France Inter nous rap­pelle les morts causées par la crise migra­toire, prob­a­ble­ment en écho au total­i­tarisme des frontières.

Au final, Le Figaro nous apprend que « l’opéra­tion (des dan­gereux activistes iden­ti­taires NDLR) s’est (…) déroulée dans le calme » selon la Préfecture.

Ceux que nom­bre de médias désig­nent comme « antifas­cistes » auront quant à eux réus­si de manière impres­sion­nante à faire reculer le bar­rage de gen­darmes aux cris de « bris­er les fron­tières » et à laiss­er pass­er quelques dizaines de clan­des­tins. Le Dauphiné nous apprend que « deux policiers du com­mis­sari­at de Bri­ançon ont été blessés lors d’une ten­ta­tive d’in­ter­pel­la­tion à la gare de Bri­ançon ». Le mil­i­tan­tisme prend par­fois des détours dif­fi­ciles à suivre…On en oublierait presque les 55 969 clan­des­tins passés par le fron­tière fran­co-ital­i­enne en 2017 recen­sés par le Pôle nation­al d’analyse migra­toire cités dans Le Figaro du 19 mars. Nous revien­drons un peu plus tard et avec plus de dis­tance sur le reten­tisse­ment médi­a­tique de ces deux manifestations.

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