Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

31 décembre 2017

Temps de lecture : 6 minutes

Accueil | not_global | Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

Accueil | not_global | Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

31 décembre 2017

[Red­if­fu­sion – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 03/11/2017]

Il est devenu la coqueluche des médias. Depuis plusieurs mois, Cédric Herrou multiplie les passages à la télévision, dans les journaux et à la radio. Ses nombreuses apparitions l’ont fait sortir de l’anonymat et certains journalistes n’hésitent pas à le qualifier de « héros ». Il aurait même refusé un film inspiré de sa vie « avec peut-être Romain Duris ou Vincent Cassel dans (son) rôle », s’est-il confié au Parisien. Retour sur une construction médiatique manichéenne.

Le méti­er de Cédric Her­rou ne le des­ti­nait pas à con­naitre la notoriété. En par­al­lèle à ses activ­ités pro­fes­sion­nelles d’agriculteur à la fron­tière fran­co-ital­i­enne, M. Her­rou est un mil­i­tant « pour l’aide aux migrants ». Quelles sont donc les actions qui l’ont sor­ti de l’ombre pour l’exposer aux spot­lights des plateaux de télévision ?

Une activité militante et judiciaire intense

Août 2016 : « Cédric Her­rou (est) inquiété par la jus­tice pour avoir trans­porté des Ery­thréennes, avant que l’affaire soit classée sans suite » le 10 févri­er 2017, nous informe Le Monde. Une inter­view filmée accom­pa­gne l’article du jour­nal du soir dans laque­lle il est indiqué que « depuis 6 mois, Cédric Her­rou estime qu’il a déjà aidé près de 200 per­son­nes à franchir la fron­tière ».

Octo­bre 2016 : Cédric Her­rou est mis en garde à vue « pour avoir instal­lé sans autori­sa­tion une cinquan­taine de migrants dans un cen­tre de vacances de la SNCF désaf­fec­té, à Saint-Dal­mas-de-Tende (Alpes-Mar­itimes), ain­si que pour l’aide au séjour et à la cir­cu­la­tion de migrants en sit­u­a­tion illé­gale », nous informe France 24.

Jan­vi­er 2017 : L’Express nous relate que Cédric Her­rou a été « de nou­veau placé en garde à vue mer­cre­di soir pour infrac­tion à la lég­is­la­tion sur les étrangers, a annon­cé son avo­cat ».

10 févri­er 2017 : Le mil­i­tant est «  con­damné à 3 000 euros d’amende avec sur­sis par le tri­bunal cor­rec­tion­nel de Nice, ven­dre­di 10 févri­er. La jus­tice reproche à cet agricul­teur d’avoir pris en charge des migrants sur le sol ital­ien ». « Il a, en revanche, été relaxé des autres faits qui lui étaient reprochés : l’installation, en octo­bre 2016, sans autori­sa­tion d’une cinquan­taine d’Erythréens dans un cen­tre de vacances de la SNCF désaf­fec­té (…), ain­si que l’aide au séjour et à la cir­cu­la­tion de migrants en sit­u­a­tion illé­gale » selon Le Monde.

17 juil­let : Nice-Matin nous informe qu’« env­i­ron 130 deman­deurs d’asile sont arrivés lun­di matin en gare de Nice ». « Un nou­veau con­voi de réfugiés, plus impor­tant que les fois précé­dentes ». « Dès leur arrivée, ils ont été escortés par la police sur le tra­jet qui les mène à la Plate­forme d’aide aux deman­deurs d’asile (…), afin de dépos­er un dossier. D’après David Nakache, le prési­dent de l’as­so­ci­a­tion “Tous citoyens”, une ving­taine de deman­deurs d’asile arrivent chaque jour dans la pro­priété de Cédric Her­rou ».

24 juil­let : Le jour­nal Nice-Matin annonce que « plus de 200 migrants sont arrivés à Nice pour deman­der l’asile », accom­pa­g­nés par Cédric Her­rou et José Bové.

13 sep­tem­bre : France Info nous informe que « l’a­gricul­teur qui vient en aide aux migrants, (a été) placé en garde à vue pour la 7e fois depuis 2016 ». Son avo­cat s’interroge dans une dépêche de l’AFP reprise en boucle sur une volon­té de « harcel­er » son client.

Côté pile

Les qual­i­fi­cat­ifs élo­gieux ne man­quent pas dans les médias à l’égard de Cédric Her­rou et de son asso­ci­a­tion Roya citoyenne. Pour de nom­breux jour­nal­istes, c’est une nou­velle fig­ure qua­si mes­sian­ique : il est ain­si pour un jour­nal­iste du New York Times « un héros pop­u­laire ».

Selon Le Monde, c’est « le dernier né des Robins des bois ». France Inter l’invite le 9 août au « débat de midi », et il est qual­i­fié de « héros » par l’animateur de la radio publique.

Qu’a‑t-il fait ? L’Obs nous informe qu’en jan­vi­er, il a « été jugé pour avoir aidé les réfugiés ».

Dans le même reg­istre, il a selon France Info « été jugé pour sa sol­i­dar­ité » (sic). La radio de ser­vice pub­lic dif­fuse en ligne une vidéo de M. Her­rou, « arrêté pour avoir dénon­cé la sit­u­a­tion des migrants ». Pour France Cul­ture, quand Cédric Her­rou a maille à par­tir avec la jus­tice, c’est le « délit des sol­i­dar­ité » qui est en procès.

Le 9 octo­bre, 500 « per­son­nal­ités » sig­nent un appel dans Libéra­tion en faveur de celui « qui a soutenu des migrants dans la val­lée de la Roya ». C’est un « juste de la val­lée » selon L’Humanité qui donne la parole à des mil­i­tants qui com­par­ent les « jeunes africains » que M. Her­rou a accom­pa­g­né aux « enfants juifs rescapés ».

Côté face

Devant un tel con­cert de louanges, l’affaire paraitrait pliée… si l’on ne s’attardait pas sur quelques faits et pro­pos min­imisés ou passés sous silence dans de nom­breux médias.

Le 5 jan­vi­er 2017, à l’occasion d’un duplex lors de l’« Émis­sion poli­tique » de France 2 avec l’ancien Pre­mier Min­istre M. Valls sur France 2, Cédric Her­rou accuse : « Vos fron­tières ont blessé des femmes, des enfants, des familles ». « Des familles qui ont fui la guerre (…) qui se sont fait per­sé­cuter dans leur pays par une poli­tique européenne, mon­di­ale ». Per­son­ne ne relèvera l’incongruité d’accuser l’Europe d’être à l’origine de per­sé­cu­tions qui motiveraient des migrations.

Le 8 juin, selon Nice-Matin un élu niçois dépose « un référé devant le tri­bunal de grande instance de Nice pour deman­der la dis­so­lu­tion de l’as­so­ci­a­tion Roya citoyenne ». Il estime que « cette asso­ci­a­tion sert de base opéra­tionnelle pour aller chercher des clan­des­tins et les faire pass­er la fron­tière ». « La toute nou­velle asso­ci­a­tion Défendre La Roya (…), s’est jointe au can­di­dat FN pour deman­der la dis­so­lu­tion judi­ci­aire de l’as­so­ci­a­tion d’Her­rou ». Après un report, le juge­ment sera ren­du le 9 novem­bre, nous informe 20 Min­utes.

Le 26 juil­let, Valeurs actuelles informe qu’à l’occasion d’une perqui­si­tion, «  les enquê­teurs ont (…) décou­vert que Cédric Her­rou four­nis­sait de fauss­es attes­ta­tions de demande d’asile ».

Le 11 août, 20 Min­utes pub­lie des extraits d’une let­tre du Min­istre de l’intérieur datée du 28 juil­let évo­quant « dif­férents col­lec­tifs de la val­lée de la Roya ani­més par la volon­té d’oc­cu­per l’e­space pub­lic et médi­a­tique ». En témoigne cette inter­ven­tion (4e50 mn) de Cédric Her­rou devant les caméras de BFMTV : « c’est quand ils veu­lent. S’ils veu­lent m’attraper, je le revendique devant les caméras, j’en par­le, je dis que j’accueille ».

Le 13 sep­tem­bre, Cédric Her­rou (est) placé en garde à vue pour « vio­lences aggravées et séques­tra­tion » selon Nice-Matin. Il s’agirait, selon Roya citoyenne, citée par le jour­nal d’une « plainte dou­teuse d’un passeur pro­fes­sion­nel ». Cédric Her­rou sera relaxé quelques jours plus tard.

Le 23 sep­tem­bre, Nice Provence Info informe que des indi­vidus auraient agressé Patrick Feneau, le fon­da­teur his­torique de l’association « Roya citoyenne ». Dans une vidéo en ligne, l’ancien prési­dent de l’association indique qu’il a déposé plainte pour vio­lence. Il déplore le fait que l’objectif de l’association qu’il a créée a été mod­i­fié. Dans le dif­férend qui l’oppose aux nou­veaux respon­s­ables de l’association, il indique que quand « leurs argu­ments ne tien­nent plus », « il reste les injures, les coups, les men­aces ». Il ajoute « Nos cibles, ce ne sont pas les migrants, ce sont les gens qui se ser­vent d’eux ». « On peut agir (pour les migrants) de la même façon, mais à Vin­timille ». « Ces actions entrainent dans la pop­u­la­tion une divi­sion qui est très néfaste et qui va se ter­min­er par un drame ».

Le 25 sep­tem­bre, selon Nice-Matin, « une quar­an­taine de mil­i­tants de Roya citoyenne et de sym­pa­thisants de Cédric Her­rou ont démon­té à l’aide de pinces (…) un gril­lage instal­lé par un voisin de l’a­gricul­teur ». Ce gril­lage avait été posé « afin d’empêcher Cédric Her­rou de pass­er sur sa pro­priété afin d’ac­céder à la sienne ». Trois per­son­nes seront interpellées.

Le 19 octo­bre, Nice-Matin nous informe que Cédric Her­rou est « pour­suivi pour injures par le Préfet des Alpes-Mar­itimes ». « Le défenseur des migrants est mis en cause pour avoir assim­ilé le trans­port des deman­deurs d’asile par la SNCF à celui des juifs pen­dant la guerre ».

Pour être com­plet, sig­nalons quelques rares titres qui ne sac­ri­fient pas à l’éloge dithyra­m­bique du mil­i­tant no-border :

Pour Le Parisien, Cédric Her­rou est un «  héros pour les uns, (un) provo­ca­teur pour les autres ». Celui-ci a « indus­tri­al­isé » son aide « appuyé par l’as­so­ci­a­tion Roya citoyenne (…) lorsqu’il accom­pa­gne jusqu’à 200 per­son­nes en train à Nice pour dépos­er leur demande d’asile ». Le men­su­el Causeur donne la parole à un jour­nal­iste plus caté­gorique : « L’action de M. Her­rou a un nom : le traf­ic de migrants ». « Le migrant qu’il accueille ne devient plus que le véhicule de son idéolo­gie protes­tataire, anti fron­tière, anti-étatiste ». Pour Valeurs actuelles, « Cédric Her­rou sert avant tout un pro­jet poli­tique, celui de l’affaiblissement des fron­tières et de l’autorité de l’Etat ». Pour Gael Nofri dans Le Figaro, « Tout se passe comme si, sur cette affaire comme sur bien d’autres hélas, l’E­tat avait honte de lui-même, peur de son autorité, n’é­tait pas cer­tain de son bon droit ».

Alors que Vin­timille se trans­forme en Calais bis, que des jeunes migrants se rap­prochent par­fois directe­ment des ser­vices soci­aux débor­dés des con­seils départe­men­taux, comme le relate Le Figaro, il sem­ble dif­fi­cile pour de nom­breux titres de presse général­istes de dépass­er le réc­it héroïque dans la rela­tion de la crise migra­toire à la fron­tière fran­co-ital­i­enne. Et quand les migrants sont com­parés aux juifs fuyant les nazis sur le mode « reduc­tio ad hit­leri­um », quelles que soient les cir­con­stances, prière de se taire le point God­win est atteint.

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo Mar­gaid Quioc via Vimeo

Voir aussi

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Derniers portraits ajoutés