Breitbart News veut remplacer Fox News… littéralement

John Heilemann l’a dit le 11 septembre sur NBC : « Breitbart est un média plus puissant que Fox News à droite (…) il y a vingt ans, le soutien de Fox à un candidat aux élections mettait le sortant en difficulté. Ce n’est plus le cas aujourd’hui… si Steve Bannon dirige le feu de Breitbart contre un candidat, ce dernier sera en difficulté ».

Le départ de Steve Bannon de la Maison-Blanche, le 19 août dernier, marque en effet un saut qualitatif brusque : Trump ayant de facto perdu le pouvoir, si tant est qu’il ne l’ait jamais eu, Bannon a quitté son job de fonctionnaire pour reprendre la direction de Breitbart News et lancer… le premier parti d’opposition ! Une opposition à un modèle d’affaire mondialiste qui prévaut depuis l’élection de Bill Clinton : la fusion du capitalisme et du néo-trotskisme. Une opposition qui fera ou défera les élus de l’establishment.

L’insurrection Trumpienne que soutenait Breitbart en 2016 visait donc à restaurer un impérialisme américain « classique », pragmatique, qui bénéficierait à la « populace » américaine, et non pas seulement à l’infime minorité du peuple, le « marécage » politico-financier « globaliste » dénoncé par la campagne de Trump. Au menu 2016, c’était en somme « l’État du Peuple Tout Entier » …

Or, en août de cette année, après presqu’un an de double-jeux et de « résistances » au changement, la galaxie Breitbart, malgré son pied dans la Maison-Blanche, a fait un double diagnostic :

Trump en difficulté

D’abord, en matière de changements de cap, aucun président américain n’est fiable. Le « système » prévaut toujours : George W. Bush avait été élu sur un programme anti « nation building » (l’ancêtre du « regime change ») ; Obama, pour sa part, incarnait le pacifisme. On connait la suite. Ce même système s’impose maintenant à Trump, qui, ne disposant d’aucune masse critique managériale gouvernementale, a dû structurellement s’appuyer sur un establishment néocon (le « complexe » militaro-industriel déjà dénoncé par Eisenhower), lui-même influencé par le mondialisme culturel. À Washington, le roi est nu…

Ensuite, la survie de Trump n’est pas assurée. Les campagnes de déstabilisation, en particulier sur le front russe, avaient surtout pour objectif, le ralentissant, de le jeter dans les bras du système, ou de le pousser à la faute. C’est chose faite : alors que les accusations de collusion de sa campagne avec Vladimir Poutine s’étouffaient, le limogeage par le Président Trump du directeur du FBI, Jim Comey, a eu pour effet de verrouiller un « coup » en gestation : un procureur spécial a été nommé, Robert Mueller. Missile des #NeverTrump, Mueller n’aura de cesse de chercher à prouver — thèse de Mitt Romney pendant la campagne — que le business de Trump a été en partie fondé grâce aux fonds des oligarques russes mafieux (sa « période casinos »). La souplesse de la loi permettrait alors une inculpation pour blanchiment. Si Trump n’est pas sage, s’il ne marche pas droit, il finira donc logé gratuitement par l’État, ou « démissionné », ruiné…

Comment protéger le « trumpisme » à défaut de Trump ? Que faire quand on est la famille Mercer — actionnaire de Breitbart — qui avait financé Trump ? Que faire quand on est Steve Bannon, l’idéologue de la Droite Alternative qui s’était mis en réserve de Breitbart News pour devenir le conseiller stratégique de la Maison-Blanche ? Que faire quand Fox News épure en quelques mois des chroniqueurs trumpistes (hormis Tucker Carlson Tonight et Hannity) ?

Les républicains à contre-pied

Lors de sa « rentrée » médiatique détaillée du 10 septembre dernier sur CBS (60 minutes, avec Charlie Rose) Bannon a expliqué sa démission : « on n’a pas la même latitude quand on est employé du gouvernement », d’autant que, « tout Washington le sait, l’establishment républicain veut annuler l’élection présidentielle… ils ne veulent pas du nationalisme économique qui a construit la citoyenneté de ce pays, de Jefferson aux Roosevelt ». Il précise : « Ils n’aident pas le Président… ils ne réalisent pas que c’est grâce à lui qu’ils sont élus… ils ont tendance à se coucher devant les médias à la moindre alerte, ils doivent donc rendre des comptes [ndlr : en particulier aux prochaines élections parlementaire de 2018]… et s’ils ne soutiennent pas Trump, nous leur déclarerons la guerre… au bénéfice du travailleur américain ».

Dans la même interview, Charlie Rose s’est rendu au siège de Breitbart News, en présence de Bannon, pour rencontrer le nouveau rédacteur-en-chef du site, Alex Marlow. Ce dernier confirme l’approche : « les nouvelles conditionnent la culture… c’est ce que Andrew Breitbart [ndlr : le fondateur] avait vu avant tout le monde [ndlr : à droite]… il affirmait que “la politique se situe en aval de la culture”… c’est ce qui nous a guidé depuis… nous nous concentrons sur les faits, l’information, mais nous sélectionnons des articles qui vont toucher une fibre sensible chez les américains laissés pour compte, qui, franchement, représentent la majorité des américains. Nous admettons que nous avons une “vue du monde”, populiste, nationaliste, celle du conservatisme populaire »

Aussi, depuis le 19 août, sont mis sous préavis : le speaker Ryan, le leader du sénat McConnell, et surtout le clan Goldman Sachs qui entoure le Président, en particulier Gary Cohn. McMaster et Jared Kushner ne sont pas loin… Breitbart les déstabilise, les présentant dans de nombreux articles comme « sur le départ », « en difficulté », voire « devant démissionner » (Gary Cohen). Au point que la presse générale reprend le thème, ne serait-ce que pour relativiser.

Bannon n’en reste pas là. Il renforce l’équipe et étend le réseau.

Parmi les ajouts, il faut noter l’arrivée dès janvier de John Carney, un journaliste du Wall Street Journal, qui a pour mission de lancer la nouvelle rubrique économique du site et d’exercer une certaine censure à l’égard de la présidence : « tant que Trump tiendra les promesses qui ont garanti son élection – s’occuper de l’Amérique des travailleurs américains – nous serons ses meneurs de claque. S’il faut, nous le critiquerons ».

Métapolitique télévisuelle

Ce recrutement de qualité s’inscrit peut-être au sein d’un plan plus ambitieux : une association avec le groupe médiatique Sinclair. Le lièvre a été levé par le Financial Times du 22 août (Conservative media await Steve Bannon’s next move), article repiqué par d’autres (dont Forexrepository). Le groupe de télévision Sinclair broadcast Group est en attente d’une autorisation gouvernementale (la FTC) afin d’absorber un groupe concurrent : Tribune Media. Cette transaction de 3,9 milliards de dollars, si approuvée, développerait un outil de 215 stations de télévision, qui couvrirait 70% des foyers américains.

David Smith, actionnaire principal de Sinclair, est un admirateur de Bannon qu’il connait bien. Il serait, selon des fuites de la Maison-Blanche, impatient d’offrir un corpus intellectuel à son réseau, qui taillerait des croupières à Fox News, donc aux Murdoch. Smith a recruté un proche de Trump, souvent visible pendant la campagne (et venu au secours du président lors des incidents de l’été) : Boris Epshteyn. Les astres semblent donc s’aligner.

Cette transaction sera-t-elle approuvée par les amis de George Soros ?

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