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Breitbart News veut remplacer Fox News… littéralement
Publié le 

15 septembre 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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Breitbart News veut remplacer Fox News… littéralement

John Heilemann l’a dit le 11 septembre sur NBC : « Breitbart est un média plus puissant que Fox News à droite (…) il y a vingt ans, le soutien de Fox à un candidat aux élections mettait le sortant en difficulté. Ce n’est plus le cas aujourd’hui… si Steve Bannon dirige le feu de Breitbart contre un candidat, ce dernier sera en difficulté ».

Le départ de Steve Ban­non de la Mai­son-Blanche, le 19 août dernier, mar­que en effet un saut qual­i­tatif brusque : Trump ayant de fac­to per­du le pou­voir, si tant est qu’il ne l’ait jamais eu, Ban­non a quit­té son job de fonc­tion­naire pour repren­dre la direc­tion de Bre­it­bart News et lancer… le pre­mier par­ti d’opposition ! Une oppo­si­tion à un mod­èle d’affaire mon­di­al­iste qui pré­vaut depuis l’élection de Bill Clin­ton : la fusion du cap­i­tal­isme et du néo-trot­skisme. Une oppo­si­tion qui fera ou défera les élus de l’establishment.

L’insurrection Trumpi­enne que soute­nait Bre­it­bart en 2016 visait donc à restau­r­er un impéri­al­isme améri­cain « clas­sique », prag­ma­tique, qui béné­ficierait à la « pop­u­lace » améri­caine, et non pas seule­ment à l’infime minorité du peu­ple, le « marécage » politi­co-financier « glob­al­iste » dénon­cé par la cam­pagne de Trump. Au menu 2016, c’était en somme « l’État du Peu­ple Tout Entier » …

Or, en août de cette année, après presqu’un an de dou­ble-jeux et de « résis­tances » au change­ment, la galax­ie Bre­it­bart, mal­gré son pied dans la Mai­son-Blanche, a fait un dou­ble diag­nos­tic :

Trump en difficulté

D’abord, en matière de change­ments de cap, aucun prési­dent améri­cain n’est fiable. Le « sys­tème » pré­vaut tou­jours : George W. Bush avait été élu sur un pro­gramme anti « nation build­ing » (l’ancêtre du « regime change ») ; Oba­ma, pour sa part, incar­nait le paci­fisme. On con­nait la suite. Ce même sys­tème s’impose main­tenant à Trump, qui, ne dis­posant d’aucune masse cri­tique man­agéri­ale gou­verne­men­tale, a dû struc­turelle­ment s’appuyer sur un estab­lish­ment néo­con (le « com­plexe » mil­i­taro-indus­triel déjà dénon­cé par Eisen­how­er), lui-même influ­encé par le mon­di­al­isme cul­turel. À Wash­ing­ton, le roi est nu…

Ensuite, la survie de Trump n’est pas assurée. Les cam­pagnes de désta­bil­i­sa­tion, en par­ti­c­uli­er sur le front russe, avaient surtout pour objec­tif, le ralen­tis­sant, de le jeter dans les bras du sys­tème, ou de le pouss­er à la faute. C’est chose faite : alors que les accu­sa­tions de col­lu­sion de sa cam­pagne avec Vladimir Pou­tine s’étouffaient, le limo­geage par le Prési­dent Trump du directeur du FBI, Jim Comey, a eu pour effet de ver­rouiller un « coup » en ges­ta­tion : un pro­cureur spé­cial a été nom­mé, Robert Mueller. Mis­sile des #Nev­erTrump, Mueller n’aura de cesse de chercher à prou­ver — thèse de Mitt Rom­ney pen­dant la cam­pagne — que le busi­ness de Trump a été en par­tie fondé grâce aux fonds des oli­gar­ques russ­es mafieux (sa « péri­ode casi­nos »). La sou­p­lesse de la loi per­me­t­trait alors une incul­pa­tion pour blanchi­ment. Si Trump n’est pas sage, s’il ne marche pas droit, il fini­ra donc logé gra­tu­ite­ment par l’État, ou « démis­sion­né », ruiné…

Com­ment pro­téger le « trump­isme » à défaut de Trump ? Que faire quand on est la famille Mer­cer — action­naire de Bre­it­bart — qui avait financé Trump ? Que faire quand on est Steve Ban­non, l’idéologue de la Droite Alter­na­tive qui s’était mis en réserve de Bre­it­bart News pour devenir le con­seiller stratégique de la Mai­son-Blanche ? Que faire quand Fox News épure en quelques mois des chroniqueurs trump­istes (hormis Tuck­er Carl­son Tonight et Han­ni­ty) ?

Les républicains à contre-pied

Lors de sa « ren­trée » médi­a­tique détail­lée du 10 sep­tem­bre dernier sur CBS (60 min­utes, avec Char­lie Rose) Ban­non a expliqué sa démis­sion : « on n’a pas la même lat­i­tude quand on est employé du gou­verne­ment », d’autant que, « tout Wash­ing­ton le sait, l’establishment répub­li­cain veut annuler l’élection prési­den­tielle… ils ne veu­lent pas du nation­al­isme économique qui a con­stru­it la citoyen­neté de ce pays, de Jef­fer­son aux Roo­sevelt ». Il pré­cise : « Ils n’aident pas le Prési­dent… ils ne réalisent pas que c’est grâce à lui qu’ils sont élus… ils ont ten­dance à se couch­er devant les médias à la moin­dre alerte, ils doivent donc ren­dre des comptes [ndlr : en par­ti­c­uli­er aux prochaines élec­tions par­lemen­taire de 2018]… et s’ils ne sou­ti­en­nent pas Trump, nous leur déclarerons la guerre… au béné­fice du tra­vailleur améri­cain ».

Dans la même inter­view, Char­lie Rose s’est ren­du au siège de Bre­it­bart News, en présence de Ban­non, pour ren­con­tr­er le nou­veau rédac­teur-en-chef du site, Alex Mar­low. Ce dernier con­firme l’approche : « les nou­velles con­di­tion­nent la cul­ture… c’est ce que Andrew Bre­it­bart [ndlr : le fon­da­teur] avait vu avant tout le monde [ndlr : à droite]… il affir­mait que “la poli­tique se situe en aval de la cul­ture”… c’est ce qui nous a guidé depuis… nous nous con­cen­trons sur les faits, l’information, mais nous sélec­tion­nons des arti­cles qui vont touch­er une fibre sen­si­ble chez les améri­cains lais­sés pour compte, qui, franche­ment, représen­tent la majorité des améri­cains. Nous admet­tons que nous avons une “vue du monde”, pop­uliste, nation­al­iste, celle du con­ser­vatisme pop­u­laire »

Aus­si, depuis le 19 août, sont mis sous préavis : le speak­er Ryan, le leader du sénat McConnell, et surtout le clan Gold­man Sachs qui entoure le Prési­dent, en par­ti­c­uli­er Gary Cohn. McMas­ter et Jared Kush­n­er ne sont pas loin… Bre­it­bart les désta­bilise, les présen­tant dans de nom­breux arti­cles comme « sur le départ », « en dif­fi­culté », voire « devant démis­sion­ner » (Gary Cohen). Au point que la presse générale reprend le thème, ne serait-ce que pour rel­a­tivis­er.

Ban­non n’en reste pas là. Il ren­force l’équipe et étend le réseau.

Par­mi les ajouts, il faut not­er l’arrivée dès jan­vi­er de John Car­ney, un jour­nal­iste du Wall Street Jour­nal, qui a pour mis­sion de lancer la nou­velle rubrique économique du site et d’exercer une cer­taine cen­sure à l’égard de la prési­dence : « tant que Trump tien­dra les promess­es qui ont garan­ti son élec­tion – s’occuper de l’Amérique des tra­vailleurs améri­cains – nous serons ses meneurs de claque. S’il faut, nous le cri­ti­querons ».

Métapolitique télévisuelle

Ce recrute­ment de qual­ité s’inscrit peut-être au sein d’un plan plus ambitieux : une asso­ci­a­tion avec le groupe médi­a­tique Sin­clair. Le lièvre a été levé par le Finan­cial Times du 22 août (Con­ser­v­a­tive media await Steve Bannon’s next move), arti­cle repiqué par d’autres (dont Forexrepos­i­to­ry). Le groupe de télévi­sion Sin­clair broad­cast Group est en attente d’une autori­sa­tion gou­verne­men­tale (la FTC) afin d’absorber un groupe con­cur­rent : Tri­bune Media. Cette trans­ac­tion de 3,9 mil­liards de dol­lars, si approu­vée, dévelop­perait un out­il de 215 sta­tions de télévi­sion, qui cou­vri­rait 70% des foy­ers améri­cains.

David Smith, action­naire prin­ci­pal de Sin­clair, est un admi­ra­teur de Ban­non qu’il con­nait bien. Il serait, selon des fuites de la Mai­son-Blanche, impa­tient d’offrir un cor­pus intel­lectuel à son réseau, qui taillerait des croupières à Fox News, donc aux Mur­doch. Smith a recruté un proche de Trump, sou­vent vis­i­ble pen­dant la cam­pagne (et venu au sec­ours du prési­dent lors des inci­dents de l’été) : Boris Epshteyn. Les astres sem­blent donc s’aligner.

Cette trans­ac­tion sera-t-elle approu­vée par les amis de George Soros ?

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