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Élections polonaises : la campagne des ONG de Soros sur les médias sociaux

24 décembre 2023

Temps de lecture : 7 minutes
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Élections polonaises : la campagne des ONG de Soros sur les médias sociaux

Temps de lecture : 7 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 30 octo­bre 2023

Elles avaient échoué en Hongrie l’année dernière mais ont réussi cette année en Pologne. Même si les raisons de l’échec du PiS à reconduire sa majorité absolue pour la troisième fois de suite sont multiples, l’existence d’ingérences étrangères dans la campagne qui a précédé les élections législatives du 15 octobre 2023 en Pologne est désormais prouvée sans que l’on connaisse encore toute leur étendue. Ces ingérences de la nébuleuse Soros étaient déjà connues depuis quelques temps et nous les avions évoquées sur le site de l’Observatoire du Journalisme.

Dépenses des ONG sous enquête

Quelques jours après les élec­tions, un député de la majorité sor­tante, Dar­iusz Mate­c­ki, est allé véri­fi­er les dépens­es de ces ONG pour pro­mou­voir sur les réseaux soci­aux leurs mes­sages con­tre les listes élec­torales de droite. Les listes visées étaient celles, d’une part, de la coali­tion gou­verne­men­tale sor­tante Droite unie, qui sont en fait les listes du PiS sur lesquelles se présen­taient égale­ment les can­di­dats de deux petits par­tis alliés au PiS, ain­si que, d’autre part, les listes de l’alliance des nation­al­istes et des lib­er­tariens, Con­fédéra­tion (Kon­fed­er­ac­ja).

Le député Mate­c­ki est lui-même mem­bre du par­ti Pologne sou­veraine, un de ces deux par­tis alliés au PiS au sein de la coali­tion Droite unie (son chef est le min­istre de la Jus­tice sor­tant). Con­fédéra­tion, mal­gré les déné­ga­tions de part et d’autre sur l’existence d’une telle pos­si­bil­ité, était con­sid­érée comme le seul allié poten­tiel du PiS si celui-ci devait échouer à recon­duire sa majorité absolue, ce que prévoy­aient les sondages.

Finale­ment, même avec Con­fédéra­tion, le PiS n’a plus la majorité absolue, et la prochaine coali­tion gou­verne­men­tale en Pologne devrait rassem­bler la Coali­tion civique menée par la Plate­forme civique (PO) de l’ancien pre­mier min­istre et ancien prési­dent du Con­seil européen Don­ald Tusk, la coali­tion cen­triste Troisième voie et la coali­tion Nou­velle Gauche. Cette nou­velle coali­tion gau­cho-libérale a tout pour plaire à Soros et ses amis.

Plus de 300 publicités hostiles sur Facebook

Les dépens­es des NGO dans la cam­pagne ne sont pas anodines à l’échelle polon­aise. Ain­si que le remar­que le député Mate­c­ki, à pro­pos d’une seule de ces organisations :

« Ils ont dif­fusé 332 pub­lic­ités sur Face­book au cours des 90 derniers jours. Quelqu’un a soudaine­ment investi près de 1,5 mil­lion de zlo­tys dans une cam­pagne élec­torale en Pologne, dans des pub­lic­ités inci­tant directe­ment les citoyens à ne pas vot­er pour tel ou tel par­ti poli­tique. Ils ont dépen­sé davan­tage sur Face­book que n’im­porte quel par­ti poli­tique. »

Pour don­ner une idée des sommes, pré­cisons qu’il faut à peu près 4,5 zlo­tys pour un euro.

Une couverture tissée entre Estonie et Hongrie

Les chiffres don­nés ci-dessus con­cer­nent le pro­fil Do:łącz géré par la société estoni­enne Ampli­fy App OÜ. Le site wPolityce.pl appar­tenant à l’hebdomadaire con­ser­va­teur Sieci aler­tait sur l’activité de cette société estoni­enne de médias dès le mois de juin dernier, dans un arti­cle au titre évo­ca­teur :

« Des per­son­nes liées à Soros veu­lent empêch­er la vic­toire du PiS ! Un entre­prise estoni­enne opère déjà en Pologne. Des noms de députés de la PO en arrière-plan ».

Le site wPolityce.pl appre­nait alors à ses lecteurs que cette société estoni­enne apparte­nait en fait à un Hon­grois, Tibor Dessewffy, « un soci­o­logue qui exerce des fonc­tions impor­tantes au sein du groupe de réflex­ion ECFR (Euro­pean Coun­cil on For­eign Rela­tions) basé à Brux­elles, une organ­i­sa­tion à but non lucratif financée par l’Open Soci­ety Foun­da­tion (OSF) de George Soros. » Et le média polon­ais d’ajouter : « Comme l’a rap­porté mandiner.hu en 2021, l’en­tre­prise de M. Dessewffy est l’une des com­posantes d’une puis­sante machine de big data dévelop­pée pour la cam­pagne de 2022 visant à évin­cer Vik­tor Orbán du pou­voir. »

On trou­ve aus­si un arti­cle de juin sur l’activité poli­tique de Do:łącz en Pologne et son pro­prié­taire hon­grois sur le site Inter­net de la télévi­sion publique polonaise.

Quelques messages significatifs

Par­mi les mes­sages de cam­pagne ayant fait l’objet d’une pro­mo­tion payante sur Face­book par le pro­fil Do:łącz, il y a par exem­ple ce mes­sage on ne peut plus clair au-dessus du por­trait des lead­ers du PiS et de Con­fédéra­tion : « Ne votez pas pour le PiS ou pour Con­fédéra­tion ! ». Et comme il ne s’agit pas de par­tis poli­tiques, ces mes­sages n’entrent bien sûr pas dans les frais de cam­pagne et ne sont donc pas pla­fon­nés. On ne s’en offusque pas s’il s’agit d’organisations polon­ais­es financées avec de l’argent polon­ais. Mais là, c’est de l’argent qui vient de l’étranger pour fauss­er le jeu des élec­tions polon­ais­es. Quand on soupçonne les Russ­es d’être dans le coup, tous nos grands médias en par­lent, mais quand c’est de l’argent améri­cain ou allemand…

La campagne des ONG de Soros sur les médias sociaux

La cam­pagne des ONG de Soros sur les médias sociaux

Encore un peu d’argent allemand et de l’ami Soros

Ain­si, le mag­a­zine Lib­erté ! (en français) dont le rédac­teur en chef Leszek Jażdżews­ki, avait sans doute, par ses pro­pos out­ranciers pronon­cés en présence de Don­ald Tusk con­tre l’Église et con­tre le PiS, con­tribué à la défaite des libéraux et de la gauche aux élec­tions lég­isla­tives polon­ais­es de 2019, aurait-il dépen­sé 1 143 357 zlo­tys rien qu’en réclames à con­tenu poli­tique sur Face­book pen­dant la cam­pagne élec­torale polon­aise ain­si que 135 000 zlo­tys sur Youtube, fait remar­quer Dar­iusz Mate­c­ki. Et le député demande : « Lib­erté est liée, entre autres, à la fon­da­tion alle­mande Friedrich Nau­mann Foun­da­tion for Free­dom et à l’Open Soci­ety Foun­da­tions (Soros). Est-ce l’ar­gent de ces organ­i­sa­tions qui a été dépen­sé pen­dant la cam­pagne élec­torale en Pologne ? » Ce qui est cer­tain, c’est que des mag­a­zines plus lus que Lib­erté ! ne dis­posent pas de ce genre de budget.

Les exem­ples de pubs de Lib­erté ! don­nés en lien par le député de la majorité sor­tante con­duisent à des mes­sages attaquant Con­fédéra­tion ou des mes­sages cher­chant à con­va­in­cre les Polon­ais que ce par­ti for­merait une coali­tion avec le PiS s’il en a la pos­si­bil­ité après les élections.

Ne pas oublier Amnesty International

Une autre fon­da­tion, la Fon­da­tion Bato­ry, créée dans les années 1980 par George Soros en per­son­ne (avec l’accord du régime com­mu­niste de l’époque) et financée par l’Open Soci­ety Foun­da­tions du même Soros, aurait dépen­sé 349 083 zlo­tys rien qu’en pro­mo­tion Face­book pen­dant la cam­pagne élec­torale. Une autre organ­i­sa­tion classée à gauche et très hos­tile aux gou­verne­ments con­ser­va­teur du PiS comme la Fon­da­tion Bato­ry, et qui reçoit elle aus­si des fonds de l’OSF, c’est Amnesty Inter­na­tion­al dont la branche polon­aise aurait dépen­sé 142 424 zlo­tys pour la pro­mo­tion de ses mes­sages sur Face­book pen­dant la cam­pagne élec­torale polonaise.

Le député de Pologne sou­veraine rap­pelle que son par­ti mil­i­tait depuis plusieurs années pour faire adopter une loi imposant la trans­parence des finance­ments des ONG. Une loi comme en avait la Hon­grie avant que la Cour de Jus­tice de l’UE ne décrète que ce n’est pas con­forme avec le droit européen.

La main américaine

Dans un entre­tien pour l’hebdomadaire con­ser­va­teur polon­ais Do Rzeczy pub­lié deux semaines avant les élec­tions du 15 octo­bre (et dont la tra­duc­tion anglaise est acces­si­ble sur le site Sovereignty.pl), le Hon­grois Csa­ba Faragó, chef du départe­ment inter­na­tion­al de la Fon­da­tion Százád­vég, un impor­tant groupe de réflex­ion con­ser­va­teur en Hon­grie, expli­quait ain­si le mode opéra­toire de ces inter­férences étrangères, en l’occurrence en prove­nance de la gauche américaine :

« Leur méth­ode est restée la même depuis les années 1990 : ils essaient d’en­voy­er de l’ar­gent des États-Unis, qu’il s’agisse de l’ar­gent des con­tribuables ou de l’ar­gent des fon­da­tions, sou­vent de manière détournée. Ils organ­isent des appels d’of­fres, des­tinés exclu­sive­ment à leurs organ­i­sa­tions parte­naires en Hon­grie ou ailleurs, qui sont celles qui sont appelées à recevoir cet argent. Ils s’efforcent ensuite de les encadr­er pour pro­duire un impact majeur sur l’opin­ion publique d’un pays. »

George Soros et la société ouverte

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