Black Panther ? Cinéma raciste mais en couleur

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La « guerre des genres et des racisés » fait maintenant rage dans le monde des médias et de la culture, des séries TV au cinéma, en passant par le Festival d’Avignon annoncé comme « transgenré ». Ayant du nez, Marvel relance donc, sans visée commerciale, son héros noir oublié, Black Panther. En salles depuis le 14 février 2018. De quoi rendre heureux le journaliste mondialisé moyen.

« Whitewashing », « Blackwashing », depuis plusieurs années le débat fait rage dans un monde du cinéma qui joue souvent le rôle de « père la morale » politique, bien que l’arroseur puisse parfois se retrouver arrosé, comme avec cette « affaire Weinstein » qui a pu montrer combien les lieux où l’on donne nombre de leçons ne sont pas nécessairement ceux où on en applique les bienfaits. Sur le plan des couleurs de peau, c’est à qui repère son actrice blanche jouant le rôle d’une tahitienne ou bien son comédien noir courant après le Graal dans l’Écosse des Chevaliers de la Table Ronde.

La télévision, c’est mieux en couleur

De l’avis général, la télévision et le cinéma en couleur ont été un progrès. C’est pourquoi, nombre de médias promeuvent la couleur dans le monde de la culture, et au-delà. De prime abord, le souci est louable : il s’agirait de rendre justice aux diverses minorités opprimées tout au long de l’histoire de l’humanité. Reste que vu le nombre de minorités qui se déclarent chaque jour, cette humanité opprimée minoritaire devenue majoritaire pose la question de la nature de l’oppresseur. On pense évidemment à l’homme blanc de culture européenne, grecque et chrétienne. Celui par qui tout mal semble arriver, et qui de ce fait est appelé à expier par le monde médiatico-culturel dominant. Bien sûr, il devrait sembler étonnant de définir les individus selon leur couleur de peau, raciste peut-être d’ailleurs, même quand il s’agit d’une personne considérée comme blanche ; de même, il pourrait sembler discriminatoire de caractériser des populations minoritaires blanches (au regard de cette majorité que sont devenues les minorités, si on les considère comme un bloc, ainsi qu’elles se perçoivent) comme étant coupables par essence, et particulièrement coupables d’actes perpétrés par des êtres humains (supposément blancs) morts depuis longtemps. Il y a une sorte de mode du progrès colorisé, fort visible au cinéma. C’est ainsi que fin 2017, Netflix annonçait coproduire avec la BBC une série sur la Guerre de Troie, avec comme objectif avoué de dépoussiérer les « vieux stéréotypes de genre ». C’est comme cela qu’Achille, héros grec à la blonde chevelure, devint noir. Le retour à la couleur, au fond, est surtout un retour au Noir et Blanc, mais sans blancs.

Si tu n’as pas ton super Héros, ta communauté a raté sa vie

Bien sûr, il serait déplorable que des universitaires s’intéressant de plus près à la figure d’Achille le découvrent profondément grec, bien que noir, et ainsi peut-être (le conditionnel s’impose) propriétaire d’esclaves, comme un vulgaire général confédéré Lee. Auquel cas, il conviendrait d’envisager de déboulonner les statues d’Achille, de nettoyer livres et médiathèques, de transformer un peu les photos et éventuellement de demander à tout un chacun de rectifier. Reste que nous n’en sommes pas là, et que pour le moment, en attendant que Super Woman ou Superman deviennent homos, bi ou trouplés (avec Batman, par exemple), la transfiguration miraculeuse de figures mythologiques européennes et blanches en personnages racisés s’appuie sur de véritables héros hors sol.

Ainsi en va-t-il de Black Panther, héroïque marvelien longtemps victime de discrimination de la part de ses copains, de Captain América aux Quatre Fantastiques, en passant par Batman, lequel pousse l’immonde jusqu’à porter un costume noir, comme une ultime provocation. Ne dit-on pas parfois que Batman nourrirait de noirs desseins, de même qu’aucun Pape ne devient l’Élu sans un peu de fumée blanche ? En matière de racisme, c’est bien connu il n’est pas de fumée sans feu. Voilà donc que ressurgit le super héros de la communauté minoritaire noire mondiale, dit-on, lequel vient à point nommer remettre un peu d’ordre.

Black Panther sur les écrans et dans les médias officiels

Pour France 24, c’est-à-dire pour l’État français, pas de surprise : le film « veut révolutionner la représentation des noirs au cinéma ». Il y a donc, à gauche de la pensée, des noirs et des blancs, peut-être même des « races ». Enfin, le commun des mortels n’est pas vraiment un « commun » mais un commun des mortels noir ou blanc, etc. Tout ceci sans racisme aucun, plutôt au nom de la lutte contre ce dernier. D’ailleurs, les acteurs sont noirs, le réalisateur est afro-américain et des militants racisés français projetaient d’organiser des séances réservées aux noirs à Paris, avant que la moutarde ne monte au nez des réseaux sociaux, un souhait antiraciste qui manquait un peu de clarté au sujet des métis, personne n’ayant saisi à partir de quel degré de noirceur de peau, ou selon quels critères physiologiques, il aurait pu ou non entrer dans le cinéma.

Sur Franceinfo, « Je suis très heureux affirme un jeune homme à la peau noire ». L’observateur impartial ne peut que souhaiter que les médias de l’État français organisent une ou deux soirées visant à déterminer ce que signifie « avoir la peau noire », que chacun puisse se situer dans l’échelle des couleurs de peau, puisque telle échelle semble exister . Pour Les Inrocks, les choses conservent une sorte de fraîcheur édénique touche pas à mon pote (de couleur) : l’heure est au « black super power » car il est « temps que les verrous sautent ». D’où la nécessité de ce film possédant « toutes les nuances du black power ». Heureusement, ce média ne pousse pas le bouchon jusqu’à user de termes tels que « white power » sans quoi l’accusation de racisme pourrait fuser.

Donc, en résumé : black power, c’est autorisé et c’est bien ; white power, c’est raciste et c’est mal. Faut déboulonner d’urgence. C’est qu’il « n’est plus question que d’émancipation du joug occidental dans ce spectacle prodigieusement dépaysant ». Il n’est pas interdit de s’étonner de voir fleurir ce genre de conceptions du monde dans un hebdomadaire qui accusait ainsi l’OJIM, par la voix du journaliste Doucet, en 2013 : « Pourtant, dans ses portraits, l’Ojim tourne parfois à l’entreprise voyeuriste. Les origines ethniques ou les orientations sexuelles supposées des journalistes classés à gauche prennent souvent le pas sur la description de leur carrière professionnelle ». Bien ou mal, on s’y perd.

Tu seras (et a été) noir mon fils

Du reste, on y perdrait presque son latin, pardon son afro-latinisme, étant donné que début février la presse officielle informait ses lecteurs du caractère noir, justement, de l’occident, par élucidation du mystère Cheddar Man, notre « ancêtre britannique à la peau noire » ; si bien que l’on ne comprend plus bien qui en occident, si ce dernier est noir depuis des Cheddar lustres, a opprimé qui. Sans compter que Google ayant mal référencé le film Black Panther, une recherche de son affiche le week-end précédant le 14 février 2018, conduisait à une image sous-titrée « La planète des signes, suprématie ». Comme Google est, en sa grande sagesse, appelé à contribuer à la lutte contre les fake news, l’heure est tout de même grave. Mais pas tant que cela aux yeux de LCI ou de L’Obs, médias pour lesquels ce film est avant tout important en tant qu’il lutte « contre Trump ». On l’avait presque oublié, celui-là. Heureusement, Black Panther passait par là. Pour Le Monde, il en va un peu autrement : « L’Afrique a enfin son super héros ». Un titre d’article digne d’un discours de Jules Ferry promouvant la colonisation à la tribune de l’Assemblée Nationale, sans que la rédaction semble s’en apercevoir, car, enfin…, ainsi l’Afrique n’avait pas de super héros ? Cette affaire sent le tollé continental car non seulement l’Afrique a nombre de super héros, sa mythologie en est pleine, et c’est heureux, mais… pourquoi aurait-elle besoin de super héros noirs, joués par des noirs, mais filmés, financés et voulus par le monde blanc, un monde qui, rappelons-le n’existe pas puisque de races il n’est pas ? Sans quoi, il y aurait des couleurs de peau. Vous suivez toujours ?