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Black Panther ? Cinéma raciste mais en couleur

22 février 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Black Panther ? Cinéma raciste mais en couleur

La « guerre des genres et des racisés » fait maintenant rage dans le monde des médias et de la culture, des séries TV au cinéma, en passant par le Festival d’Avignon annoncé comme « transgenré ». Ayant du nez, Marvel relance donc, sans visée commerciale, son héros noir oublié, Black Panther. En salles depuis le 14 février 2018. De quoi rendre heureux le journaliste mondialisé moyen.

« White­wash­ing », « Black­wash­ing », depuis plusieurs années le débat fait rage dans un monde du ciné­ma qui joue sou­vent le rôle de « père la morale » poli­tique, bien que l’arroseur puisse par­fois se retrou­ver arrosé, comme avec cette « affaire Wein­stein » qui a pu mon­tr­er com­bi­en les lieux où l’on donne nom­bre de leçons ne sont pas néces­saire­ment ceux où on en applique les bien­faits. Sur le plan des couleurs de peau, c’est à qui repère son actrice blanche jouant le rôle d’une tahi­ti­enne ou bien son comé­di­en noir courant après le Graal dans l’Écosse des Cheva­liers de la Table Ronde.

La télévision, c’est mieux en couleur

De l’avis général, la télévi­sion et le ciné­ma en couleur ont été un pro­grès. C’est pourquoi, nom­bre de médias promeu­vent la couleur dans le monde de la cul­ture, et au-delà. De prime abord, le souci est louable : il s’agirait de ren­dre jus­tice aux divers­es minorités opprimées tout au long de l’histoire de l’humanité. Reste que vu le nom­bre de minorités qui se déclar­ent chaque jour, cette human­ité opprimée minori­taire dev­enue majori­taire pose la ques­tion de la nature de l’oppresseur. On pense évidem­ment à l’homme blanc de cul­ture européenne, grecque et chré­ti­enne. Celui par qui tout mal sem­ble arriv­er, et qui de ce fait est appelé à expi­er par le monde médi­ati­co-cul­turel dom­i­nant. Bien sûr, il devrait sem­bler éton­nant de définir les indi­vidus selon leur couleur de peau, raciste peut-être d’ailleurs, même quand il s’agit d’une per­son­ne con­sid­érée comme blanche ; de même, il pour­rait sem­bler dis­crim­i­na­toire de car­ac­téris­er des pop­u­la­tions minori­taires blanch­es (au regard de cette majorité que sont dev­enues les minorités, si on les con­sid­ère comme un bloc, ain­si qu’elles se perçoivent) comme étant coupables par essence, et par­ti­c­ulière­ment coupables d’actes per­pétrés par des êtres humains (sup­posé­ment blancs) morts depuis longtemps. Il y a une sorte de mode du pro­grès col­orisé, fort vis­i­ble au ciné­ma. C’est ain­si que fin 2017, Net­flix annonçait copro­duire avec la BBC une série sur la Guerre de Troie, avec comme objec­tif avoué de dépous­siér­er les « vieux stéréo­types de genre ». C’est comme cela qu’Achille, héros grec à la blonde chevelure, devint noir. Le retour à la couleur, au fond, est surtout un retour au Noir et Blanc, mais sans blancs.

Si tu n’as pas ton super Héros, ta communauté a raté sa vie

Bien sûr, il serait déplorable que des uni­ver­si­taires s’intéressant de plus près à la fig­ure d’Achille le décou­vrent pro­fondé­ment grec, bien que noir, et ain­si peut-être (le con­di­tion­nel s’impose) pro­prié­taire d’esclaves, comme un vul­gaire général con­fédéré Lee. Auquel cas, il con­viendrait d’envisager de déboulon­ner les stat­ues d’Achille, de net­toy­er livres et médiathèques, de trans­former un peu les pho­tos et éventuelle­ment de deman­der à tout un cha­cun de rec­ti­fi­er. Reste que nous n’en sommes pas là, et que pour le moment, en atten­dant que Super Woman ou Super­man devi­en­nent homos, bi ou trou­plés (avec Bat­man, par exem­ple), la trans­fig­u­ra­tion mirac­uleuse de fig­ures mythologiques européennes et blanch­es en per­son­nages racisés s’appuie sur de véri­ta­bles héros hors sol.

Ain­si en va-t-il de Black Pan­ther, héroïque mar­velien longtemps vic­time de dis­crim­i­na­tion de la part de ses copains, de Cap­tain Améri­ca aux Qua­tre Fan­tas­tiques, en pas­sant par Bat­man, lequel pousse l’immonde jusqu’à porter un cos­tume noir, comme une ultime provo­ca­tion. Ne dit-on pas par­fois que Bat­man nour­ri­rait de noirs des­seins, de même qu’aucun Pape ne devient l’Élu sans un peu de fumée blanche ? En matière de racisme, c’est bien con­nu il n’est pas de fumée sans feu. Voilà donc que ressur­git le super héros de la com­mu­nauté minori­taire noire mon­di­ale, dit-on, lequel vient à point nom­mer remet­tre un peu d’ordre.

Black Panther sur les écrans et dans les médias officiels

Pour France 24, c’est-à-dire pour l’État français, pas de sur­prise : le film « veut révo­lu­tion­ner la représen­ta­tion des noirs au ciné­ma ». Il y a donc, à gauche de la pen­sée, des noirs et des blancs, peut-être même des « races ». Enfin, le com­mun des mor­tels n’est pas vrai­ment un « com­mun » mais un com­mun des mor­tels noir ou blanc, etc. Tout ceci sans racisme aucun, plutôt au nom de la lutte con­tre ce dernier. D’ailleurs, les acteurs sont noirs, le réal­isa­teur est afro-améri­cain et des mil­i­tants racisés français pro­je­taient d’organiser des séances réservées aux noirs à Paris, avant que la moutarde ne monte au nez des réseaux soci­aux, un souhait antiraciste qui man­quait un peu de clarté au sujet des métis, per­son­ne n’ayant saisi à par­tir de quel degré de noirceur de peau, ou selon quels critères phys­i­ologiques, il aurait pu ou non entr­er dans le ciné­ma.

Sur Fran­ce­in­fo, « Je suis très heureux affirme un jeune homme à la peau noire ». L’observateur impar­tial ne peut que souhaiter que les médias de l’État français organ­isent une ou deux soirées visant à déter­min­er ce que sig­ni­fie « avoir la peau noire », que cha­cun puisse se situer dans l’échelle des couleurs de peau, puisque telle échelle sem­ble exis­ter . Pour Les Inrocks, les choses con­ser­vent une sorte de fraîcheur édénique touche pas à mon pote (de couleur) : l’heure est au « black super pow­er » car il est « temps que les ver­rous saut­ent ». D’où la néces­sité de ce film pos­sé­dant « toutes les nuances du black pow­er ». Heureuse­ment, ce média ne pousse pas le bou­chon jusqu’à user de ter­mes tels que « white pow­er » sans quoi l’accusation de racisme pour­rait fuser.

Donc, en résumé : black pow­er, c’est autorisé et c’est bien ; white pow­er, c’est raciste et c’est mal. Faut déboulon­ner d’urgence. C’est qu’il « n’est plus ques­tion que d’émancipation du joug occi­den­tal dans ce spec­ta­cle prodigieuse­ment dépaysant ». Il n’est pas inter­dit de s’étonner de voir fleurir ce genre de con­cep­tions du monde dans un heb­do­madaire qui accu­sait ain­si l’OJIM, par la voix du jour­nal­iste Doucet, en 2013 : « Pour­tant, dans ses por­traits, l’Ojim tourne par­fois à l’entreprise voyeuriste. Les orig­ines eth­niques ou les ori­en­ta­tions sex­uelles sup­posées des jour­nal­istes classés à gauche pren­nent sou­vent le pas sur la descrip­tion de leur car­rière pro­fes­sion­nelle ». Bien ou mal, on s’y perd.

Tu seras (et a été) noir mon fils

Du reste, on y perdrait presque son latin, par­don son afro-latin­isme, étant don­né que début févri­er la presse offi­cielle infor­mait ses lecteurs du car­ac­tère noir, juste­ment, de l’occident, par élu­ci­da­tion du mys­tère Ched­dar Man, notre « ancêtre bri­tan­nique à la peau noire » ; si bien que l’on ne com­prend plus bien qui en occi­dent, si ce dernier est noir depuis des Ched­dar lus­tres, a opprimé qui. Sans compter que Google ayant mal référencé le film Black Pan­ther, une recherche de son affiche le week-end précé­dant le 14 févri­er 2018, con­dui­sait à une image sous-titrée « La planète des signes, supré­matie ». Comme Google est, en sa grande sagesse, appelé à con­tribuer à la lutte con­tre les fake news, l’heure est tout de même grave. Mais pas tant que cela aux yeux de LCI ou de L’Obs, médias pour lesquels ce film est avant tout impor­tant en tant qu’il lutte « con­tre Trump ». On l’avait presque oublié, celui-là. Heureuse­ment, Black Pan­ther pas­sait par là. Pour Le Monde, il en va un peu autrement : « L’Afrique a enfin son super héros ». Un titre d’article digne d’un dis­cours de Jules Fer­ry pro­mou­vant la coloni­sa­tion à la tri­bune de l’Assemblée Nationale, sans que la rédac­tion sem­ble s’en apercevoir, car, enfin…, ain­si l’Afrique n’avait pas de super héros ? Cette affaire sent le tol­lé con­ti­nen­tal car non seule­ment l’Afrique a nom­bre de super héros, sa mytholo­gie en est pleine, et c’est heureux, mais… pourquoi aurait-elle besoin de super héros noirs, joués par des noirs, mais filmés, financés et voulus par le monde blanc, un monde qui, rap­pelons-le n’existe pas puisque de races il n’est pas ? Sans quoi, il y aurait des couleurs de peau. Vous suiv­ez tou­jours ?

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