Oprah Winfrey : me too, je veux être présidente ? Les médias en pâmoison

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Les secousses et répliques du tremblement de terre Weinstein n’en finissent plus de bousculer la société du Spectacle. Du moins, son versant médiatique et ses « élites » culturelles et militantes. En dehors de cela, la majorité des humains continuent tranquillement à vivre, draguer et faire l’amour à la sauvette ou en chantant. Il paraît pourtant qu’une dénommée Oprah Winfrey aurait changé l’humanité d’un coup de Golden baguette magique ?

À l’approche de la retraite, l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, dont il faut bien reconnaître l’anonymat dont elle bénéficiait jusqu’alors de ce côté de l’Atlantique, a fait pleurer et frémir l’Amérique. Du moins, la salle des Golden Globes, laquelle a souvent le curieux défaut de se prendre pour l’ensemble des américains. D’où son incompréhension et ses caprices multiples devant l’élection de son antithèse Donald Trump. « Un nouvel horizon se profile pour les femmes » a déclaré, selon le magazine Première, celle qui serait, si l’on en croit sa fiche Wikipédia, « animatrice et productrice de télévision et de cinéma, actrice, critique littéraire et éditrice de magazine ». Une force de la nature, pleine d’énergie, hyper active. Sans doute est-ce pourquoi elle s’est décidée à sauver le monde féministe lors de la cérémonie des Golden Globes du 7 janvier 2018. Elle en a les moyens, Oprah, elle qui est considérée comme la milliardaire noire la plus riche du monde et la seconde plus grande fortune de l’industrie du divertissement, selon Forbes. Comme quoi, contrairement aux idées reçues, on peut être femme, noire, âgée et fort riche !

Les Golden Globes ? Cérémonie militante, comme d’habitude

Que cette remise de prix annuelle soit militante n’est en rien nouveau. C’est même plutôt sa marque de fabrique. Cette année, toutes les récompenses ou presque ont été attribuées en vertu de l’ambiance féministe militante en vogue. Un militantisme en réseau, sans frontières et qui n’épargne donc pas la France, ainsi que le montre l’écho donné au discours de l’amie de Barack Obama, potentiellement candidate, selon la rumeur, à l’investiture démocrate contre Donald Trump en vue des prochaines présidentielles. C’est du moins ce qui a été mis en avant juste après son discours féministe prononcé lors de la cérémonie des Golden Globes, au point que certains observateurs ont eu le sentiment d’une affaire politico-médiatique rondement menée. L’animatrice est une star du talk show outre-Atlantique, elle en maîtrise codes et effets. Une sorte d’icône du monde libéral libertaire, démocrate, militante de toutes les sociétés ouvertes mais aussi du développement personnel, de la méditation et de spiritualités syncrétistes et new âge à souhait. L’image même d’un monde minoritaire qui se prend pour le vrai monde, dans le cadre de la mondialisation dont il est le fer de lance spectaculaire. Femme, noire, médiatico-culturelle, de gauche à l’américaine, accroc aux nouvelles spiritualités… Oprah semble avoir tout pour elle. Mais elle n’a en fait que tout New York et toute la côte Ouest. La réalité est autre : d’après Europe 1, le 12 janvier 2017, une majorité d’américains ne « souhaite pas voir Oprah Winfrey briguer la Maison Blanche ». Ils ne sont que 35 % à souhaiter qu’elle se porte candidate aux élections de 2020. Aux États-Unis aussi, l’écart de réalité entre le pays légal et le pays réel est loin d’être mince : « même parmi les démocrates, seuls 47 % des sondés sont favorables à sa candidature », indique Europe 1. Pourtant, l’écho et le « buzz » ayant suivi le discours d’Oprah Winfrey lors de la cérémonie semblaient indiquer tout le contraire. C’est pourquoi, cette affaire conjoncturelle symbolise l’état réel des médias mondialisés et de leurs acteurs : un univers complètement hors sol relativement au monde réel des vrais gens.

Retour sur cérémonie

À Los Angeles, dans la nuit du 7 ou 8 janvier 2018, Oprah, opulente poitrine amplement mise en valeur et en avant, a donc prononcé un discours faisant « vibrer la salle » selon Europe 1, et annonçant « une aube nouvelle », expression traduite dans d’autres médias par « nouvel horizon ». Il est vrai qu’en Europe, « Aube nouvelle » évoque désormais certain mouvement politique grec… C’est en vue de ce nouvel horizon que la majorité des invitées féminines des Golden Globes étaient vêtues de noir. Oprah a donc tout de la future candidate de l’Ère du Verseau, ce qui ne serait pas pour déplaire au petit club des « élites » mondialisées. En France, son discours a été répercuté de façon louangeuse par tous les médias officiels sans exception, ceux qui ne seraient jamais pourvoyeurs de fake news si l’on en croit le président de la République. Le discours ?

« Violente charge contre les auteurs de violences sexistes » pour L’Express, un « discours enflammé qui scotche les Golden Globes » selon Le Figaro, « un discours inspirant et inspiré » pour Télérama, « émouvant et politique » selon 20 Minutes, « discours vibrant et engagé » d’après BFM, un « discours poignant » pour Le Monde et Franceinfo. Point besoin d’être exhaustif, l’immense majorité des médias réagit de la même façon, Oprah Winfrey paraissant ainsi remplacer Hilary Clinton comme égérie des « élites mondialisées ». La volonté de l’animatrice de télévision de faire de la politique n’est pourtant pas nouvelle, même si cela n’est guère mentionné par les mêmes médias. Reste que dès le lendemain du discours, les réseaux sociaux militants s’agitent et la presse en parle : Oprah pourrait se présenter contre Trump en 2020. Et le battre ! Les premiers sondages, réalisés dans l’immédiate foulée, le montreraient. L’orchestration ne saurait être plus performante. Alors, la noire Oprah contre le blanc Donald ? L’Amérique prétendument de l’intelligence et de la société ouverte contre celle des bouseux ? Un remake du match Trump / Clinton maquillé en match Trump / Winfrey ? La première femme noire à la Maison Blanche ? Sans que personne dans les médias français ne voit à quel point il est racialiste de considérer le sexe et la couleur de peau comme critère de sélection d’une candidature ? Il semble que les américains ne soient pas, majoritairement, en tant que peuple, si emballés que cela… D’autant que le chanteur Seal a déjà mis en doute la sincérité de la star des talk shows stupides. Selon lui, Oprah Winfrey ne pouvait ignorer le comportement de Weinstein, l’homme dont les actes sont à l’origine de l’agitation féministe mondiale actuelle. Il a d’ailleurs publié sur Instagram des photos montrant la complicité amicale entre Oprah et Weinstein. Pour lui, la nouvelle égérie de la minorité médiatico-culturelle américaine ment. Alors ? Los Angeles continue à faire son cinéma ?

Crédit photo : Palazzo Chigi via Flickr (cc)