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Arnaud Lagardère sauve son poste mais reste en mauvaise posture financière

20 août 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Arnaud Lagardère sauve son poste mais reste en mauvaise posture financière

Un des feuilletons du printemps et de l’été 2020 restera – à son corps défendant – le feuilleton d’Arnaud Lagardère avec l’intrusion souhaitée ou subie de nouveaux intervenants, Nicolas Sarkozy au conseil de surveillance du groupe, Vincent Bolloré et Ladreit de Lacharrière comme actionnaires du groupe et Bernard Arnault au capital de la holding personnelle d’Arnaud Lagardère. La publication des comptes de cette holding apporte un nouvel éclairage.

Des comptes obscurs amenés à la lumière

Il existe une hold­ing per­son­nelle d’Arnaud Lagardère, Lagardère Cap­i­tal Man­age­ment (LCM) qui détient les 7,3% d’Arnaud dans le groupe éponyme et per­met la com­man­dite, qui elle-même per­met le con­trôle avec respon­s­abil­ité sur les biens per­son­nels du com­man­di­taire. Cette hold­ing rémunère Arnaud et les mem­bres du comité exé­cu­tif, de manière prin­cière. Mais LCM ne pub­lie pas de comptes depuis…2009. A la demande du fond Amber (NB 20% des actions du groupe Lagardère mais pas de la hold­ing) le tri­bunal de com­merce a con­damné en octo­bre 2019 Arnaud Lagardère à pub­li­er ses comptes, ce qu’il a fini par faire à la mi-août 2020.

Voir aus­si notre arti­cle sur les rémunéra­tions du comité exé­cu­tif

Du rouge et du rouge vif

On com­prend mieux les raisons de cette dis­cré­tion, les comptes sont acca­blants : une perte avoisi­nant les 80M€ en 2019 et une dette au Crédit Agri­cole de plus de 160M€, supérieure à la valeur des actions détenues par la hold­ing LCM dans le groupe Lagardère, estimée à un peu plus de 140M€ à mi-août 2020. Sans compter d’autres dettes autour de 50M€, une sit­u­a­tion de fail­lite virtuelle. Le rachat de 26,7% de LCM par Bernard Arnault (pour une somme annon­cée entre 80M et 100M€), appa­raît comme une bouée de sauve­tage, mais une bouée de sauve­tage qui fait d’Arnaud Lagardère un obligé sur­veil­lé de près, d’autant que d’autres squales nagent alen­tour.

20+23,5 = 43,5%

20% c’est la part d’Amber dans le groupe, 23,5% celle de Vin­cent Bol­loré. Jusqu’ici Amber et Bol­loré s’ignoraient. Plus main­tenant, ils vien­nent de sign­er un accord de bon voisi­nage. L’accord stip­ule qu’ils ne peu­vent ven­dre leurs actions sans les offrir d’abord à l’autre et ils récla­ment qua­tre sièges au con­seil d’administration.

Au même moment les activ­ités du groupe se sont effon­drées au pre­mier semes­tre 2020 : les Relay, les bou­tiques hors taxe, l’édition avec Hachette, la pub­lic­ité avec Paris-Match, Europe 1 et le JDD, aucune activ­ité n’a échap­pé aux rav­ages du virus. Une perte de 200M€ est annon­cée pour les six pre­miers mois de l’année et Arnaud ne recevra pas en 2020 de div­i­den­des qui assur­aient son train de vie. Le Crédit Agri­cole peut deman­der un rem­bourse­ment de sa créance fin 2020 ou début 2021. Une sit­u­a­tion insta­ble.

Vote surprise anticipé sur la gérance

La gérance d’Arnaud Lagardère devait être renou­velée en mars 2021, un risque cer­tain si Amber et Viven­di obte­naient leurs postes d’administrateurs. Avec l’appui tacite de Bernard Arnault, le fils Lagardère s’est fait renou­vel­er par antic­i­pa­tion pour 4 ans (au lieu de 6 ans) le 17 août 2020 coupant l’herbe sous le pied du cou­ple Amber/Bolloré qui pour­rait aller en jus­tice.

On dit Bol­loré intéressé par Hachette pour l’intégrer à Edi­tis et par tout ou par­tie du trio Europe1-Paris-Match-Europe1 pour l’intégrer à Canal+/CNews. Bernard Arnault s’intéresserait aux bou­tiques hors tax­es et autres (Relay) qui ne valent plus grand-chose en ce moment. Il aurait don­né son accord pour le rachat avec son sou­tien financier d’un édi­teur améri­cain par Hachette pour éviter une fusion avec Edi­tis de Bol­loré. Les deux sont vive­ment excités par les puis­sants moyens d’influence que con­stituent les trois titres médias de Lagardère. Imag­i­nons un pôle con­sti­tué des deux quo­ti­di­ens de Bernard Arnault Les Echos-Le Parisien plus Paris-Match/JD­D/Eu­rope1 plus le groupe Le Monde‑L’Obs dom­iné par Xavier Niel, le gen­dre de Bernard Arnault. Plus les médias en pro­pre de Niel, Nice-Matin, France-Antilles et sans doute prochaine­ment La Provence. Quelle belle arma­da pour pré­par­er l’élection prési­den­tielle de 2022 et envis­ager un sym­pa­thique renou­velle­ment de bail pour Emmanuel Macron. Nul doute que ce dernier suit le dossier avec atten­tion entre autres via les rela­tions de sa femme Brigitte avec la fille de Bernard Arnault alias Madame Niel à la ville sans compter l’entregent de Sarkozy au mieux avec les action­naires qataris et vis­i­teur du soir du Prési­dent.

Voir nos infographies sur

NB : Mon­sieur Ramzi Khi­roun, porte-parole du groupe Lagardère, a porté plainte con­tre Claude Chol­let, directeur de la pub­li­ca­tion de l’Ojim pour « injures publiques ». Cette plainte n’influence en rien les arti­cles que nous con­sacrons au groupe Lagardère, pro­prié­taire de médias (Paris Match, JDD, Europe 1). Voir notre arti­cle sur la plainte de M. Ramzi Khi­roun.

Procès Ramzi Khiroun contre Ojim/Claude Chollet : première audience le 7 octobre 2020

Claude Chollet et l’Observatoire du journalisme (OJIM) ont été mis en examen par le procureur de la République à la demande de Monsieur Ramzi Khiroun, ancien chauffeur et garde du corps de DSK et maintenant porte-parole du groupe Lagardère. La mise en examen porte sur le délit d’injures publiques, susceptible d’une amende de 12.000 € et de dommages et intérêts supplémentaires. La première audience a lieu le 7 octobre. Pour nous aider à nous défendre et à nous développer, rejoignez nos donateurs.

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