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Arménie, un choc des civilisations : un documentaire intéressant de Front populaire

17 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Arménie, un choc des civilisations : un documentaire intéressant de Front populaire

Arménie, un choc des civilisations : un documentaire intéressant de Front populaire

Vendredi 11 décembre, à l’écart des médias de grand chemin, les directeurs de la publication de la revue Front populaire présentaient en direct le documentaire intitulé « Arménie, un choc des civilisations ». Nous revenons sur la soirée interactive de présentation de ce film qui a réuni plus de 60 000 personnes.

Ces dernières semaines, les médias de grand chemin nous ont par­lé de nom­breux sujets : les vac­cins con­tre le coro­n­avirus, l’affaire Zecler, le match du PSG annulé parce qu’un joueur a été appelé « noir », le trophée décerné à Assa Tra­oré, etc… La cou­ver­ture médi­a­tique de l’intervention armée de l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh a par con­tre été extrême­ment dis­crète. La sor­tie du doc­u­men­taire « Arménie, un choc des civil­i­sa­tions » est l’occasion d’y revenir et d’en mesur­er les enjeux.

Arménie, un choc des civilisations, récit d’un reportage

À l’automne 2020, le réal­isa­teur Alexan­dre Jonette et les créa­teurs de la revue Front pop­u­laire, Michel Onfray et Stéphane Simon, se sont ren­dus dans la région d’Artsakh, dans le Haut-Karabakh. Leur objec­tif : se ren­dre compte des événe­ments qui ont à peine fil­tré en France, l’agression du Haut-Karabakh par l’armée azérie, épaulée par la Turquie qui aurait enrôlé pour l’occasion des djihadistes.

Le Haut-Karabakh est un petit ter­ri­toire qui n’a jamais accep­té son incor­po­ra­tion à l’Azerbaïdjan en 1921, au début de l’URSS. C’est aus­si un pays qui n’a pas été recon­nu par le « con­cert des nations » et qui est essen­tielle­ment peu­plé de chré­tiens, tout en étant entouré de pop­u­la­tions musul­manes. Il est décrit dans le doc­u­men­taire comme l’avant pointe du monde chrétien.

Le reportage d’une heure en accès libre per­met de suiv­re Stéphane Simon et Michel Onfray dans leur périple et de mieux com­pren­dre ce qui s’est passé dans la région entre le 27 sep­tem­bre et le 9 novem­bre 2020.
Les images lais­sent transparaitre la bru­tal­ité de l’opération appelée « coup de poing », décrite comme une inva­sion organ­isée dans un silence assour­dis­sant. Nous suiv­ons l’équipe décou­vrir des traces de longue date de la présence arméni­enne dans le ter­ri­toire. Les débris des armes util­isées, très sou­vent des drones par­fois équipés de pro­duits chim­iques, sont filmés comme autant de preuves d’une volon­té de bless­er et de tuer. Les témoignages des habi­tants déplacés, qui préfèrent brûler leurs maisons plutôt que de les laiss­er aux futurs occu­pants, sont poignants.

Un reportage engagé

Tant lors du débat engagé sur Face­book à la suite de la pro­jec­tion du doc­u­men­taire que dans le doc­u­men­taire lui-même, Michel Onfray ne cache pas son point de vue engagé et sa vision du con­flit. Il s’agit bien selon lui de la con­ti­nu­ité de la poli­tique d’extermination du peu­ple arménien engagée au début du XXe siè­cle. Le philosophe rejoint sans le citer Éric Zem­mour qui rap­pelle plus sou­vent qu’à son tour le trag­ique de l’histoire, une dimen­sion que nom­bre d’occidentaux ont oubliée.

Une his­toire dont l’universitaire améri­cain Fran­cis Fukuya­ma avait prédit la fin avec la chute du mur de Berlin en 1989 et plus générale­ment celle des régimes com­mu­nistes en Europe. Mais la pré­dic­tion de la dis­so­lu­tion des civil­i­sa­tions dans le grand marché s’est avérée erronée. Michel Onfray accrédite au con­traire la thèse de Samuel Hunt­ing­ton du « choc des civil­i­sa­tions ». Si le prési­dent turc mène une poli­tique bel­li­ciste, elle s’inscrit bien selon Onfray dans un pro­jet de con­quête islamiste mené par Erdo­gan. Elle s’inscrit aus­si selon le philosophe dans la con­ti­nu­ité de la poli­tique d’extermination des Arméniens menée au début du XXe siè­cle. Stéphane Simon souligne plus large­ment au sujet de la poli­tique expan­sion­niste du prési­dent Erdo­gan que celui-ci dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il dit, cela dans la plus grande indifférence.

FOG offensif

Invité lors de la soirée inter­ac­tive, le directeur de l’hebdomadaire le Point, Franz Olivi­er Gies­bert, très offen­sif, souligne la « diplo­matie du caviar » organ­isée par le régime turc vis-à-vis de cer­tains jour­nal­istes français, ce qui pour­rait expli­quer cer­tains « pub­li-reportages » sur le conflit.

Michel Onfray évoque lors du débat le black­out médi­a­tique sur cette opéra­tion mil­i­taire digne d’un « blitzkrieg ». Les chaines des médias de grand chemin sol­lic­itées pour dif­fuser le doc­u­men­taire auraient toutes déclinées la propo­si­tion. Les intérêts des grands patrons de presse et la volon­té de ne pas froiss­er le prési­dent turc expli­queraient le silence des médias français à ce sujet, à quelques excep­tions nota­bles. Le Point et Le Figaro mag­a­zine (avec un reportage de Syl­vain Tes­son) sont cités pour avoir brisé l’omerta.

Le cercle des lanceurs d’alerte plus large que celui décrit par Michel Onfray

Le cer­cle des lanceurs d’alerte sur ce con­flit est effec­tive­ment moins restreint que celui décrit par Michel Onfray. Plusieurs jour­naux et mag­a­zines ont con­sacré des arti­cles à ce sujet. Cer­tains ont dépêché des envoyés spé­ci­aux sur place, par­mi lesquels Valeurs actuelles et L’In­cor­rect, pour ne citer qu’eux. Néan­moins l’impression générale est que cette agres­sion a été reléguée au ray­on des con­flits loin­tains qui nous con­cer­nent assez peu. Alors que comme le souligne Michel Onfray, cela nous con­cerne au pre­mier chef.

Encore un effort camarade !

Michel Onfray salue lors du débat inter­ac­t­if organ­isé après la pro­jec­tion du doc­u­men­taire le reportage de Syl­vain Tes­son au Haut-Karabakh inti­t­ulé « Les Arméniens, un peu­ple aban­don­né ». S’il salue cette ini­tia­tive, il en souligne aus­si le reg­istre « lit­téraire » et appelle à pass­er à la vitesse supérieure.

On pour­rait retourn­er la cri­tique à la revue Front pop­u­laire et estimer que Michel Onfray ne tire pas tous les enseigne­ments de ses con­stats. S’il y a effec­tive­ment un pro­jet d’islamisation des pays européens dont l’Arménie serait la pre­mière vic­time, la façon d’aborder l’immigration dans Front pop­u­laire est pour le moins timorée.

Dans le pre­mier numéro de la revue, la tri­bune offerte au représen­tant en France du par­ti con­ser­va­teur bri­tan­nique, Jere­my Stubbs, est un beau refus d’obstacle. Il se livre à un éloge de l’immigration choisie au Roy­aume-Uni et minore l’importance des flux, alors que ce pays con­nait une immi­gra­tion mas­sive depuis des années. Même con­stat dans «  l’abécédaire du sou­verain­isme », la déf­i­ni­tion de l’immigration est un mod­èle du genre « juste milieu », je n’en dis pas trop pour ne froiss­er personne.

Nous soulignions égale­ment en juin que la posi­tion de Michel Onfray sur le sujet lors d’une inter­view sur Thinkerview mon­trait toute la dif­fi­culté qu’il avait à con­clure que la pour­suite de l’immigration tant en rai­son de son nom­bre que de son orig­ine est une pure folie qu’il faut arrêter toute séance ten­ante, car c’est devenu un enjeu civilisationnel.

Si Michel Onfray recon­nait désor­mais de façon indé­ni­able l’imprégnation de la cul­ture française par le judéo-chris­tian­isme, il hésite à franchir le Rubi­con en prô­nant une immi­gra­tion zéro seule à même d’éviter la dis­pari­tion de l’Occident dont il annonce depuis quelques temps la som­bre – et fatal­iste – pré­dic­tion. Encore un effort camarade !

Le doc­u­men­taire et le débat sont en accès libre sur le net.

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