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Quand le foot devient fou, retour sur un match du PSG

16 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Quand le foot devient fou, retour sur un match du PSG

Quand le foot devient fou, retour sur un match du PSG

Mardi 8 décembre 2020 se déroulait au Parc des Princes le match de football opposant les équipes PSG et Basaksehir (Istanbul). Un improbable incident est venu mettre un terme au match à la quatorzième minute lorsque les joueurs des deux équipes ont simplement décidé de quitter le terrain au motif qu’un arbitre avait fait preuve de racisme.

Le déroulé des faits

Si l’on en croit les médias de grand chemin, l’acte de racisme a été défini­tive­ment con­staté lors du match de foot ce qui jus­ti­fierait pleine­ment la réac­tion des joueurs des deux équipes ayant décidé d’interrompre la ren­con­tre sportive. Pour le pro­fane qui ne suit pas le foot, on rap­pellera qu’il ne s’agissait pas d’une ren­con­tre ami­cale mais d’un match de la ligue des champions.

Tous les gros titres et les jour­nal­istes de télévi­sion ont par­lé de joueurs « choqués » « blessés » ou même « meur­tris ». Quelques min­utes seule­ment après l’évènement, la sen­tence était déjà tombée alors même que les sous-titres à la télévi­sion annonçaient encore « sus­pi­cion de pro­pos racistes du 4ème arbitre ».

Vous avez bien lu, il y avait sus­pi­cion mais les jour­nal­istes avaient déjà don­né con­damna­tion et la télévi­sion brésili­enne avait twit­té que si le match devait repren­dre ce serait sans eux. Un choc vio­lent avec un impact inter­na­tion­al. Mais que s’est-il exacte­ment passé ce soir-là ?

Lors d’une action l’arbitre prin­ci­pal Ovid­iu Hate­gan (il est roumain, c’est plus qu’un détail) sif­fle une faute com­mise par un joueur. À cet instant Pierre Webo, l’entraîneur adjoint de l’équipe turque, qui se trou­ve sur le côté du ter­rain, con­teste avec véhé­mence la déci­sion de l’arbitre. Par la suite un attroupe­ment se crée près des bancs de touche. Ovid­iu Hate­gan demande au qua­trième arbi­tre, Sebas­t­ian Coltes­cu, (un roumain lui aus­si ) de lui désign­er la per­son­ne respon­s­able de ce désor­dre. Le 4ème arbi­tre répond alors sim­ple­ment dans sa langue « c’est le noir, là-bas ».

Arrêt sur images

À cet instant il est impor­tant de faire un arrêt sur image :
En roumain le mot noir se dit « negru » très proche du mot français « nègre » qui peut avoir une con­no­ta­tion raciste. Les deux arbi­tres sont roumains donc il n’est pas choquant qu’ils com­mu­niquent dans leur langue. Répé­tons-le, « noir » en roumain se dit « negru » ou bien « neagra ».

Deux­ième point impor­tant à relever, au moment où l’arbitre prin­ci­pal demande de désign­er le respon­s­able de l’attroupement, il se trou­ve pré­cisé­ment le seul noir au milieu de per­son­nes d’autres races. Dans la pré­cip­i­ta­tion de l’action le moyen le plus sim­ple, le plus rapi­de et le plus effi­cace de désign­er le respon­s­able était de le décrire par la couleur de peau. En tout les cas aucune insulte ou mot à con­no­ta­tion péjo­ra­tive n’a été prononcé.

Webo sur ses grands chevaux

Tout aurait pu très bien se pass­er si mon­sieur Webo avait par exem­ple été le seul blond au milieu de la foule, ou bien le plus petit ou le plus grand ou s’il avait été habil­lé dif­férem­ment. Il aurait été facile de le dis­crim­in­er sur un autre critère. Manque de chance, il était le seul noir. En out­re Pierre Webo n’est pas con­nu pour son calme et sa sérénité.

Le scan­dale que Pierre Webo avait com­mencé à créer en con­tes­tant l’arbitre rebon­dit de plus belle, c’est comme remet­tre une pièce dans le juke box. Une pièce ? non un seau entier de pièces lorsqu’on con­state jusqu’où va l’affaire. Webo, qui est Camer­ounais et entend le français, a com­pris « Negro ». Il ne com­prend pas le roumain et sa sus­cep­ti­bil­ité est déjà large­ment mise à rude épreuve, le raison­ner devient mis­sion impos­si­ble. Il est d’ailleurs à deux doigts de prob­a­ble­ment com­met­tre un impair lorsqu’il dit « Wesh pourquoi il dit negro lui le sale heu… le 4ème arbi­tre ? ». Les médias ont curieuse­ment oublié de men­tion­ner que Pierre Webo avait égale­ment été attaqué par les arbi­tres roumains pour … racisme ! Les arbi­tres dis­ent que Webo les a qual­i­fiés de « Gitans ».

L’entraîneur turc qui sem­blait suiv­re la dis­pute de loin déclare soudain au 4ème arbi­tre : « Sortez s’il vous plaît. On ne vous accepte pas. Vous êtes raciste. »

Demba Ba y va

À cet instant un autre acteur entre en jeu, l’attaquant du Basak­se­hir Dem­ba Ba d’origine séné­galaise, qui était rem­plaçant ce jour-là. Ce dernier vient s’agglutiner pour par­ticiper à la houleuse dis­cus­sion qui se déroule et prend immé­di­ate­ment par­ti (comme tous les acteurs présents sur le ter­rain) con­tre l’arbitre : « En par­lant d’un joueur blanc tu dis “ce gars” et non “ce gars blanc” donc pourquoi tu dis “ce gars noir” pour par­ler d’un joueur noir ? ». L’arbitre prin­ci­pal sem­ble décon­te­nancé et ne répond pas. Dem­ba Ba pro­pose alors de sim­ple­ment quit­ter le ter­rain sans en enten­dre ni en atten­dre davan­tage. Il est suivi par ses coéquip­iers ain­si que par les joueurs du PSG.

Dem­ba Ba est con­nu pour sa lutte con­tre le racisme, lui qui avait offi­cielle­ment déclaré qu’il ne jouerait jamais en Ital­ie suite à un inci­dent où des sup­port­ers ital­iens avait poussé des cris de singe à l’encontre du joueur africain de nation­al­ité belge Roméo Lukaku.

Emballement médiatique

Les jour­nal­istes s’enflamment immé­di­ate­ment et déclar­ent que l’arbitre prin­ci­pal aurait dû réa­gir lorsque son homo­logue (et com­pa­tri­ote) lui a dit le mot « negru » (noir en roumain pour ceux qui ne suiv­ent pas). Comme si ce qual­i­fi­catif était un mot diffam­a­toire ou injurieux.

La presse ne manque évidem­ment pas d’éloges pour ce cheva­lier blanc de l’antiracisme qui, non con­tent d’interrompre un match de ligue des cham­pi­ons (inédit !) deviendrait un exem­ple à suiv­re pour tous les joueurs noirs du monde entier. Mer­cre­di lorsque le match a repris, tous les joueurs se sont age­nouil­lés en référence au mou­ve­ment BLM (Black Lives Mat­ter) pour mon­tr­er leur sou­tien à la lutte con­tre le racisme.

La plu­part des médias ont joué les mou­tons de Panurge à pro­pos de cet évène­ment. On a crié au racisme sans même ten­ter de don­ner une jus­ti­fi­ca­tion. En remet­tant dans le con­texte, qui plaide pour­tant large­ment en faveur du mal­heureux 4ème arbi­tre, on voit bien qu’il est vic­time d’une réac­tion exces­sive de per­son­nes trop sus­cep­ti­bles. Les grands médias ont pris l’habitude de sur­réa­gir dès qu’un sujet aux aspects un tant soit peu vic­ti­maires sur­git. Ils se sont empressés de se réfugi­er dans la doxa en oubliant de faire sim­ple­ment leur travail.

Il est bon de rap­pel­er mal­gré tout que Dem­ba Ba, si prompt à crier au racisme, est aus­si capa­ble de dire le 2 avril dernier sur tweet­er : « Bien­v­enue en Occi­dent, là où le blanc se croit telle­ment supérieur que racisme et débil­ité devi­en­nent banal­ité. TIME TO RISE ».

Somme toute, ce preux cheva­lier de l’antiracisme est capa­ble d’essentialiser et d’amalgamer tout un groupe de per­son­nes en fonc­tion de leur couleur de peau. Du racisme dites-vous ?

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