Frédéric Taddeï, l’inclassable : « Je suis illisible… »
Télécharger en PDF

Frédéric Taddeï, l’inclassable
« Je suis illisible… »

Frédéric Taddeï est né en janvier 1961. Son père est un banquier d’origine italienne, sa mère, femme au foyer, est lorraine. Frédéric Taddeï a deux sœurs, Marie-Isabelle et Sandrine, avec qui il travaille depuis des années à la préparation de ses émissions. Il est depuis 1994 le compagnon de l’actrice Claire Nebout. L’écrivain Marc-Edouard Nabe est le parrain de leur fils.

Formation universitaire

Frédéric Taddeï n’a aucune formation. Il dit avoir recommencé six fois une première année universitaire, dans différentes disciplines.

Parcours professionnel

Dix ans de pérégrinations ont suivi son bac. Dix ans pendant lesquels il voyage et se cultive. Après quoi, se considérant comme ayant été jusqu’à lors un « touriste dans sa propre vie », il lance la revue Maintenant en 1990, reprenant (fait exprès ou non) le même titre que celle qu’avait fondée le boxeur poète Arthur Cravan au début du 20ème siècle (Maintenant, 5 numéros de 1912 à 1915). Repéré par l’homme de presse Jean François Bizot (1944-2007), il débute à Radio Nova avant de piger pour le Magazine Actuel, le magazine branché des années 70 et 80 qui disparaitra en 1994. Il fréquente un temps L’Idiot International, journal pamphlétaire culte de l’avant-garde et de la contre-culture, avant que son directeur de publication, Jean-Edern Hallier, ne soit contraint de mettre la clé sous la porte suite à de multiples condamnations judiciaires (février 1994).

En 1994, à Canal++, il présente une chronique littéraire pour l’émission « Nulle Part Ailleurs », même s’il le nie aujourd’hui en affirmant qu’il s’est toujours refusé à l’exercice de la chronique.

En 1998, Thierry Ardisson lui cède l’émission « Paris Dernière » sur la chaine Paris Première. Caméra au poing, il filme la nuit parisienne et les adresses branchées de la capitale. Le format de l’émission est tout à fait novateur, réalisé entièrement en caméra subjective, et détournant les codes du reportage. De cette émission, il estime alors qu’elle est la seule à pouvoir offrir dans trente ans, un portrait de ce que furent les années 2000. Ses premières années dans le monde du journalisme et de la télévision sont donc signées par le sceau de l’avant-garde et de la nouveauté.

S’en suit « D’art d’art » à partir de 2000, un programme d’une minute trente présenté sur France 2, où il relève le pari d’intéresser le spectateur à l’histoire d’une œuvre d’art. On lui reconnait le mérite d’avoir inventé un nouveau genre, dans lequel le spécialiste et l’érudit, d’ordinaire mis en avant, cèdent la place à l’amateur. L’émission est suivie par quelques cinq millions de français chaque semaine.

En 2005, il anime sur Europe 1 « Regarde les hommes changer », émission d’une heure avec un seul invité qui devient « Regarde le monde changer » en 2009 et ne dure plus que quinze minutes.

En 2006, il lance sur France 3 une émission quotidienne, « Ce soir (ou jamais !) » dans laquelle il invite des intellectuels et des artistes à débattre de l’actualité. À ce sujet, il déclare qu’il souhaite « rétablir la démocratie dans cet univers qu’est la télévision ».

En septembre 2010, Frédéric Taddeï tient, dans le Figaro Magazine, ses « carnets de voyageur moderne ». De 2010 à 2011, il présente sur Europe 1 « Le Débat des grandes voix ». A la rentrée 2011, « Ce soir (ou jamais !) » passe à un rythme hebdomadaire. Taddeï quitte définitivement Europe 1 pour France Culture et présente l’émission « Tête-à-tête » dans laquelle il échange avec son invité pendant une heure, le dimanche à 17h. La même année, il remplace Frédéric Beigbeder dans le magazine GQ, son rôle consistant alors à interroger des personnalités dans un restaurant. Il devient en outre le « monsieur cinéma » de France 3, le jeudi soir, en présentant « La grande soirée cinéma ».

En octobre 2011, Taddeï lance dans l’ombre de « Ce soir (ou jamais !) » un pure player intitulé Newsring, pour lequel il obtient une levée de fond record pour un site participatif : 3,5 millions d’euros. L’objectif est de créer un véritable site de débat où la parole n’est confisquée par personne.

En mars 2013, l’émission passe sur France 2.

Frédéric Taddéï est l’objet de polémiques récurrentes. Il lui est régulièrement reproché d’inviter à son émission des personnalités « contestées » ou « sulfureuses », telles que Marc-Edouard Nabe, Tariq Ramadan, Dieudonné M’Bala M’Bala, Alain Soral ou Alain de Benoist. Le 15 septembre 2009, suite au scandale créé par le comédien et réalisateur Mathieu Kassovitz qui remet en question l’interprétation officielle des attentats du 11 septembre 2001 sur le plateau de « Ce soir (ou jamais !) », une petite cabale médiatique se développe, visant à supprimer son émission, dont Taddéï ressort néanmoins indemne. Deux ans plus tard, son émission cessera cependant d’être quotidienne pour devenir hebdomadaire.

En mars 2013, invité dans l’émission « C à vous » à l’occasion du transfert de son émission de France 3 à France 2, le journaliste Patrick Cohen [portrait] lui reproche d’inviter « des gens qu’on n’entend pas ailleurs [mais] aussi des gens que les autres médias n’ont pas forcément envie d’entendre ». « Est-ce que vous continuerez à inviter Tariq Ramadan, Dieudonné, Alain Soral ? » lui demande Cohen. « Vous, vous faites le journal, vous ne faites pas une émission de débats intellectuels, lui répond Taddéï. Je suis sur le service public, ce n’est pas à moi d’inviter les gens en fonction de mes sympathies ou de mes antipathies ». Mais l’allusion au service public ne trouble pas Cohen, lequel officie sur France Inter, qui réplique : « ce n’est pas une question de sympathie ou d’antipathie ! On a une responsabilité, quand on anime une émission de débats publics, de ne pas propager des thèses complotistes ou de ne pas donner la parole à des cerveaux malades »…

Dans une chronique parue quelques jours plus tard dans Libération et intitulée « La liste de Patrick Cohen », Daniel Schneiderman estime que « se priver d’invités intéressants parce qu’on n’est pas d’accord avec eux est, pour un journaliste payé par le contribuable, une faute professionnelle ».

Parcours militant

Non renseigné

Publications

  • Frédéric Taddeï et Marie-Isabelle Taddeï, D’Art d’Art !, vol. 1, Paris, Éditions du Chêne, 2008
  • Frédéric Taddeï et Marie-Isabelle Taddeï, D’Art d’Art !, vol. 2, Paris, Éditions du Chêne, 2009

Ce qu’il gagne

Non renseigné

Sa nébuleuse

– Jean François Bizot (1944-2007), essayiste, romancier, homme de presse et de radio (Radio Nova, Actuel…), l’homme qui l’a lancé.

– Jean-Pierre Elkabbach et Thierry Ardisson qui lui ont confié l’émission « Paris Dernière » (« On hésitait à l’époque entre Le Bolloc’h, Beigbeder et Taddéï », confiera plus tard Thierry Ardisson)

– Rachel Kahn, responsable de l’unité divertissements de France 3 à partir de 2000, qui propose à Frédéric Taddéï de créer l’émission « Ce soir (ou jamais !) »

Il l’a dit

À propos de l’émission « Ce soir (ou jamais !) » :

« Je défie qui que ce soit de dire ce que je pense des sujets, des débats que j’anime. Je suis illisible. […] J’invite des artistes et des intellectuels représentatifs. Je prends garde à ce qu’il y ait des antagonismes, des centristes et des excentriques, des contestataires, des hommes et des femmes, des vieux et des jeunes. Bref, la configuration idéale. Je veux qu’ils aient le temps de parler et qu’ils aient le temps de finir leur phrase. Je rends la parole à celui qui a été coupé. Quand on anime une émission comme celle-ci on doit bien connaître la loi… », Agoravox, 15 juin 2010

« Légitimité ? C’est un mot qui n’existe pas. Qui est légitime ? Un économiste serait légitime pour parler d’économie, mais un artiste ne le serait pas… c’est un gag ! Prenons un exemple : la crise de 1929 ; à votre avis, qui dit les choses les plus intéressantes sur la crise économique ? Le chroniqueur économique du San Francisco Examiner, ou Charlie Chaplin ? », Enquête&Débat, 23 juin 2012

« Dans les autres émissions de télé, le public est payé. Il siffle ou applaudit quand on lui dit. C’est en fonction du chauffeur de salle. On les prend pour pire que des potiches. Mon public n’est pas payé, il n’intervient pas pour donner son avis et dire ce qui est bien ou mal. Au centre du débat, ce n’est pas un combat de gladiateur. Il n’y a pas de prime à dire « la guerre c’est moche », « la mort c’est pas bien ». Partout ailleurs, le mec qui dit cela est applaudi ! », Ibid.

« Il n’y a pas de censure à la télévision. Il n’y a que de l’autocensure. Des gens qui se disent « ah ! mais je ne peux pas inviter celui-là ou celui-ci, sinon on va penser que je pense comme lui ». Moi j’invite tout le monde ! », Ibid.

« J’attends de mes invités que sur un sujet rebattu, c’est-à-dire l’actualité, ils disent quelque chose de non convenu. Il faut du courage et de la modestie durant une interview. Oser poser certaines questions, ne pas avoir peur de passer pour un imbécile. Il faut garder en tête que si un jour il reste quelque chose de votre travail, ça sera les réponses et non les questions. », Le Journal du Dimanche, 13 mars 2010.

« Je croyais naïvement que B-H Lévy voulait être le Sartre de son époque. Je me trompais. Il se contente d’un rôle moins ambitieux : agent de la circulation médiatique. Il siffle quand ça lui déplaît, agite son bâton, demande les papiers, fait souffler dans le ballon. Heureusement que nous vivons en démocratie, sinon il nous passerait à tabac ! », Le Point, 8 juillet 2010.

« Ceux qui pensent que tout se ramène à un affrontement UMP/PS n’ont rien compris à notre époque. », Le Nouvel Observateur, 21 avril 2011.

« Toutes les opinions autorisées par la loi sont défendues par la constitution. Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé et ce n’est pas à moi, animateur de télévision, qui vais décider de ce qu’on a le droit de dire (…) Je m’interdis d’être le procureur ou le défenseur des uns et des autres (…) Il y a des gens que ça choque, je le comprends, mais il ne faut pas regarder l’émission », sur le plateau de« C à vous » 12 mars 2013.

Ils l’ont dit

« Il n’appartient à aucun milieu répertorié. Il est réellement, dans le monde médiatique, une figure alternative », Sandrine Treiner (journaliste ayant travaillé avec lui de 2005 à 2009), Le Journal du Dimanche, 13 mars 2010.

Frédéric Taddéï est « plutôt proche de la tendance « Indigènes de la République » », Caroline Fourest [portrait], dans son autobiographie publiée sur son blog.

Crédit photo : Siren-Com via Wikimedia (cc)

Vous appréciez le travail de l'OJIM et vous avez apprécié cet article, aidez-nous !

Aidez l'Ojim à se développer !

Le travail de l’Ojim se développe avec des correspondants en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Pologne et bientôt en Hongrie. Nous avons pu vous proposer des analyses de la presse européenne sur les viols de Cologne, sur la véritable situation des médias en Pologne, des dossiers fournis sur les censures et les auto censures des grands médias. Nous frôlons les 200 portraits de journalistes et ceux ci sont de plus en plus lus y compris à l’université et dans les écoles de journalisme. Mais le nerf de la guerre ne suit pas toujours, si vous voulez nous aider c’est facile et vous bénéficiez d’une déduction fiscale :
En donnant 30 euros vous financez les brèves d'une journée de publication et ceci ne vous coûte que 10 euros après déduction fiscale
En donnant 100 euros vous nous aidez à couvrir les frais d'un portrait et ceci ne vous coûte que 33 euros après déduction fiscale
En donnant 200 euros vous financez un dossier et ceci ne vous coute que 66 euros après déduction fiscale
En donnant 400 euros vous financez une infographie ou une vidéo et ceci ne vous coûte que 133 euros après déduction fiscale.
Vous pouvez payer en ligne ci-dessous ou nous envoyer un chèque à OJIM 48 bd de la Bastille 75012 Paris. Pour ceux qui veulent recevoir le reçu fiscal de déduction merci de nous indiquer votre adresse physique.
Le petit cochon de l'Ojim vous remercie et vous souhaite une grande année 2016.


Claude Chollet
Président de l'OJIM

Si vous ne souhaitez pas utiliser PayPal

Vous trouverez ci-dessous notre IBAN :
FR76 3000 3030 5200 0505 4097 265 (Société Générale)
Bénéficiaire : OJIM, 48 bd de la Bastille 75012 Paris.