Nicole Ferroni
Facebook à l’assaut du journalisme (Perugia 2)

Facebook à l’assaut du journalisme (Perugia 2)

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La 11ème édition du Festival International du Journalisme s’est tenue à Pérouse (Perugia, Ombrie, Italie) du 5 au 9 avril 2017. Créé en 2006 à l’initiative d’Arianna Ciccone le festival a reçu près de 600 intervenants venus de 47 pays et organisé plus de 300 conférences, ateliers, débats dans douze salles de la ville de Pérouse. Le Festival a été marqué par une véritable prise en mains de Facebook et Google (à la fois sponsors officiels et participants à de nombreux débats). Un envoyé spécial de l’Ojim était présent, voici le deuxième de ses comptes rendus.

Vous avez pu voir dans un précédent article la tentative de Google via Google News check de se positionner comme filtre en amont du journalisme en qualifiant l’information transmise : bonne/vraie (comprendre : désirable) ou mauvaise/fausse (comprendre : indésirable), introduisant un jugement moral qui permettra au malheureux journaliste de séparer le bon grain de l’ivraie et de ne pas perturber le non moins malheureux public.

Si Google peut le faire, Facebook le fera, concurrence oblige.

Facebook et son drapeau rouge

Le réseau social a été critiqué car certains internautes auraient fait un « mauvais usage » du réseau diffusant des « fausses nouvelles » conduisant à des « évènements indésirables » comme l’élection de Donald Trump, le Brexit ou le non au référendum constitutionnel organisé par Renzi en Italie. Il fallait donc réagir.

Adam Mosseri, vice-président produit (Product Vice President) de Facebook est venu porter la bonne parole auprès des journalistes réunis à Pérouse le 7 avril 2017. Pull over ras du cou, jean, veste élégante, Mosseri est le prototype du grand frère américain, athlétique, souriant, sympathique, il ne vous veut que du bien. Quelques extraits.

À Facebook nous sommes les amis du journalisme et nous avons une responsabilité vis à vis de votre public. Nous voulons « aider notre communauté » et en 2017 nous mettrons l’accent sur quatre points. Premier point la découverte, nous allons mettre en relation vos sujets préférés avec leur environnement. Ensuite « l’intégrité », il y a des soucis avec les fausses nouvelles. Vous allez pouvoir signaler « les fausses nouvelles, les discours de haine », nous allons avoir recours à des tiers vérificateurs d’information (Third party fact checking programs) qui vont nous signaler les fausses informations. Troisième point : nous allons lancer un programme d’éducation du public. Quatrième point, nous allons être un meilleur partenaire pour les médias. Nous allons travailler avec vous pour vous améliorer, pour que vous puissiez monétiser vos produits. Tout ceci fait partie du programme « Journalisme 2017 » que Facebook a lancé au début de cette année. Nous allons lancer une alliance avec vous éditeurs, journalistes, membres qualifiés de la communauté. Quand une nouvelle sera douteuse, un drapeau rouge sera posté qui vous mettra en garde.

Ministère de la vérité

Le gouvernement allemand veut mettre en place une loi qui permettra de condamner à de lourdes amendes les réseaux sociaux qui diffuseront des « discours de haine » (sous-entendu c’est le gouvernement qui définira ce qu’est ou ce que n’est pas un discours de haine). La loi allemande considérerait les réseaux sociaux comme des éditeurs et non comme des distributeurs, ce qui est à la fois une menace et une chance pour Facebook.

Le réseau social annonce qu’il ne veut pas s’impliquer lui même dans la vérification des faux discours ni dans la qualification de ce qu’est un discours de haine ou de violence. Il aura donc recours aux fameuses « parties tierces » comme International Fact Checking Network de l’université (américaine bien entendu) Poynter, qui à son tour va se reposer sur des correspondants qualifiés. Leur correspondant pour la France ? Désintox de Libération dont le propriétaire Patrick Drahi n’a certainement aucun conflit d’intérêt…

Certains gouvernements d’un côté (l’Allemagne en pointe, la France pas très loin avec le comité interministériel contre les discriminations) avec l’aide des puissantes sociétés numériques américaines tentent de mettre en place un système qui ressemblera au monde décrit par George Orwell dans 1984, avec la minute de la haine (contre la haine bien entendu), la mise en scène du réel, voire la reconstruction du réel. Comme le disait Guy Debord « dans la société du spectacle, le vrai devient un moment du faux ». Au même moment Facebook en étant plus intrusif par la qualification de ses informations sera en mesure de capter encore un peu plus de la valeur ajoutée créée par les éditeurs. Pauvres médias dont la publicité se déplace déjà sur les réseaux sociaux, complices de Facebook ils scient avec application la branche sur laquelle ils sont assis…

À suivre…

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