Google à l’assaut du journalisme (Perugia 1)

[Rediffusions estivales 2017 – article publié initialement le 15/04/2017]

La 11ème édition du Festival International du Journalisme s’est tenue à Pérouse (Perugia, Ombrie, Italie) du 5 au 9 avril 2017. Créé en 2006 à l’initiative d’Arianna Ciccone le festival a reçu près de 600 intervenants venus de 47 pays et organisé plus de 300 conférences, ateliers, débats dans douze salles de la ville de Pérouse. Le Festival a été marqué par une véritable prise en mains de Facebook et Google (à la fois sponsors officiels et participants à de nombreux débats). Un envoyé spécial de l’Ojim était présent, voici le premier de ses comptes rendus.

Dialogue

La grande et magnifique salle de la Guilde des notaires (Sala dei notari) est pleine à craquer pour accueillir le 7 avril un invité de marque qui est aussi un des principaux financiers du Festival. Il s’agit de Richard Gingras, vice-président de Google News. Gingras dans la soixantaine, cheveux et barbe grisonnants, col ouvert dans un très élégant costume style Armani est à l’aise et fort affable. Pour l’interroger Davide Casati du quotidien Il Corriere della Sera, plus jeune, bien cravaté, moins bien habillé, fort respectueux. Commence alors une danse du ventre du journaliste autour de l’homme de Google, sur un ton de plus en plus énamouré. Résumé du dialogue :

Journaliste (sur le ton de l’espoir) : J’utilise Google tous les jours pour faire des recherches et j’en suis fort content mais je souhaiterais que votre admirable entreprise puisse m’aider plus. Pour être plus précis non seulement trouver des informations mais aussi les qualifier, je veux dire par là savoir si une information est vraie ou fausse, bonne ou mauvaise (buona o cattiva), est ce possible ?

Google (sur un ton bonhomme) : Vous connaissez la mission de Google News (mission statement), « les nouvelles sont nécessaires aux citoyens pour être de bons (c’est nous qui soulignons) citoyens » (news are necessary for citizens to be good citizens). Google News a un milliard de lecteurs par semaine, nous agrégeons des informations venues de 80000 sources différentes dans 70 pays avons donc un devoir vis à vis de la communauté. Les fake news (terme à la mode pour qualifier les bons vieux bobards, note de l’auteur) sont une menace car elles spéculent sur la peur des gens, nous allons les éliminer.

Journaliste (attentif) : Et comment ?

Google Fact check va faciliter votre travail

Google (sûr de lui) : Bien entendu il n’est pas question de censure. Nous allons simplement utiliser nos puissants algorithmes et le big data pour lancer Google Fact check. Ce dernier vous permettra de manière sûre et désintéressée de vous retrouver dans la jungle de l’information, de savoir ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est bon et souhaitable et ce qui est mauvais et odieux.

Journaliste (les yeux pleins de larmes) : Vous l’avez déjà lancé ?

Google (impérieux) : Nous sommes opérationnels depuis octobre aux États-Unis et au Royaume-Uni. Nous nous appuyons sur des contrôleurs d’information (Duke University, Jigsaw) et nous mettons un émoticône sur les informations vérifiées. Émoticône souriant vert : oui cette information est bonne (sous entendu conforme à nos intérêts, ceux de la côte ouest des États-Unis et du libéral libertarisme), émoticône rouge faisant la grimace cette information est fausse (sous entendu hostile à nos intérêts etc…), émoticône gris neutre nous ne savons pas.

Journaliste (enthousiaste) : Et quand allons nous profiter de cette merveilleuse opération en Italie ?

Google (souriant) : Tout de suite, La Repubblica et votre journal le Corriere sont déjà partenaires et vos journalistes pourront profiter pleinement de cette information dans les prochaines semaines

Le journaliste remercie, le public applaudit. Google s’est positionné en amont de l’information et va la « qualifier » faisant ainsi le travail du journaliste qui n’aura plus à vérifier lui-même quoi que ce soit, réduit au rôle de copieur de communiqués d’agences de presse « qualifiés » par Google l’ami de la démocratie et des bons sentiments. Oui Google soutient bien les journalistes, comme la corde soutient le pendu.

À suivre…