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Vaccin AstraZeneca : une « hésitation vaccinale » qui a mauvaise presse

13 mars 2021

Temps de lecture : 5 minutes

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Vaccin AstraZeneca : une « hésitation vaccinale » qui a mauvaise presse

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Vaccin AstraZeneca : une « hésitation vaccinale » qui a mauvaise presse

13 mars 2021

Le lancement fin 2020 de la campagne de vaccination sur le continent européen devait être un « moment touchant d’unité » et « d’histoire de succès européenne » selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, citée par la RTBF. C’était sans compter sur la réticence de certains esprits chagrin, vite pointés du doigt, mais bientôt rejoints par les gouvernements de plusieurs pays européens…Revue de presse d’un épisode tourmenté de la lutte contre le coronavirus.

Des vaccins tant attendus

Per­son­ne ne se sat­is­fait de la sit­u­a­tion actuelle. Entre hécatombe de morts, restric­tions des lib­ertés et entrav­es à la lib­erté d’entreprendre, les motifs d’insatisfaction sont nom­breux. Dans un con­texte d’urgence san­i­taire, les lab­o­ra­toires phar­ma­ceu­tiques ont rival­isé de rapid­ité pour met­tre sur le marché des vac­cins con­tre le coro­n­avirus. La com­mis­sion européenne s’est impro­visée acheteur de médica­ments, une com­pé­tence qui ne lui est pour­tant pas recon­nue dans les textes fon­da­teurs de l’Union européenne.

Peu importe, l’avenir radieux que laisse entrevoir la sor­tie de la crise san­i­taire ne doit souf­frir aucune cri­tique. Dès le mois d’octobre, nous appre­nions, notam­ment par Le Monde, que Face­book « inter­di­s­ait les pub­lic­ités qui découra­gent la vac­ci­na­tion ». Puis en décem­bre, nous étions infor­més, notam­ment par Forbes, que « Twit­ter va sup­primer les Tweets con­tenant des infor­ma­tions erronées sur les vac­cins ». Qu’est-ce qu’une infor­ma­tion erronée sur un vac­cin qui n’a pas béné­fi­cié des con­di­tions habituelles de mise sur le marché ? Les censeurs des réseaux soci­aux le savent, mais pas le citoyen moyen. Ce dernier serait tou­jours prêt à écouter la moin­dre rumeur (lire : infor­ma­tion non offi­cielle), bien vite qual­i­fiée de com­plot pour mieux la discréditer.

Les rabats-joie ostracisés

Les cri­tiques con­cer­nant les con­di­tions de mise sur le marché des vac­cins con­tre le coro­n­avirus sont sou­vent tournées en déri­sion. Ain­si, le 26 novem­bre, France 24 se lançait dans la défense du vac­cin mis au point par le lab­o­ra­toire AstraZeneca-Oxford. Les polémiques : une «  tem­pête dans un verre d’eau ».

Et la chaine publique d’énumérer les argu­ments en faveur du vac­cin : « même si le vac­cin d’Ox­ford n’avait qu’une effi­cac­ité de 62 %, ce serait déjà très promet­teur. (…) L’er­reur” dans le dosage qui a entraîné l’avalanche de cri­tiques con­tre les résul­tats pub­liés par AstraZeneca pour­rait aus­si être une béné­dic­tion. Les sci­en­tifiques ont peut-être, sans le vouloir, trou­vé le dosage idéal ». Qu’en ter­mes élé­gants ces choses-là sont dites…

Plus mesuré, Le Monde soulig­nait le 9 févri­er quelques tra­vers du vac­cin : « Erreur de dosage lors des essais, manque de don­nées sur les plus de 65 ans… L’arrêt de la cam­pagne en Afrique du Sud con­stitue le dernier d’une série de revers pour ce vac­cin très atten­du ». Des carences qui ne trou­blent pas le min­istre français de la san­té : « Chez AstraZeneca, nul doute que l’on doit ador­er Olivi­er Véran. Non seule­ment le min­istre français de la san­té s’est fait vac­cin­er lun­di 8 févri­er, dans la mat­inée, avec le pro­duit dévelop­pé par le groupe anglo-sué­dois et l’université d’Oxford. Mais il a invité « l’ensemble des soignants » à en faire de même « pour pou­voir se pro­téger au plus vite ».

La réponse à cette cor­diale invi­ta­tion n’a pas tou­jours été un suc­cès. Le 11 févri­er, Le Télé­gramme nous infor­mait que « les hôpi­taux de Brest et Mor­laix sus­pendent la vac­ci­na­tion AstraZeneca des soignants (…). De nom­breux effets sec­ondaires ont été con­statés ».

Revenant à la charge, Le Monde s’employait le 20 févri­er à torde le cou aux cri­tiques. Prenant pour exem­ple la rumeur la plus folle selon laque­lle le vac­cin AstraZeneca aurait été dévelop­pé « à par­tir d’un fœtus humain avorté », le jour­nal­iste du quo­ti­di­en du soir en tirait la con­clu­sion que « la com­po­si­tion du vac­cin con­tre le Covid-19 dévelop­pé par l’entreprise bio­phar­ma­ceu­tique et l’université d’Oxford ali­mente bien des fan­tasmes sur les réseaux soci­aux ». On aura com­pris avec une telle com­para­i­son out­ran­cière que les « doutes » ne peu­vent être que des fantasmes.

Mais mal­gré ces argu­ments, nous appre­nions le 1er mars par la presse cana­di­enne, notam­ment dans La Presse, que « la France et l’Allemagne ont du mal à écouler leurs vac­cins AstraZeneca. (…)  boudé par les pop­u­la­tions en France et en Alle­magne, oblig­eant les autorités à mul­ti­pli­er les mes­sages ras­sur­ants pour éviter de laiss­er périmer les stocks ».

Ces « mes­sages ras­sur­ants » n’ont vis­i­ble­ment pas con­va­in­cus tout Le Monde  : le 2 mars, le porte-parole du Syn­di­cat nation­al des pro­fes­sion­nels infir­miers déplo­rait au micro de BFM TV que l’« on ne pro­pose aux soignants que le vac­cin AstraZeneca, qui est le vac­cin le moins effi­cace ».

La con­tre-attaque n’a pas tardé : la radio affil­iée à l’Etat français France Info relayait le 9 mars le cour­roux de l’académie de médicine con­cer­nant « l’hésitation vac­ci­nale “éthique­ment inac­cept­able chez les soignants” ». S’il s’agit d’éthique, on ne dis­cute plus, donc ?

Pen­dant ce temps, l’Union européenne devait affron­ter un autre revers : le taux de vac­ci­na­tion était selon le Parisien le 10 mars bien inférieur dans les pays de l’Union européenne qu’au Roy­aume-Uni, un pays qui vient de quit­ter l’UE. Une mau­vaise nou­velle après les révéla­tions le 18 décem­bre 2020 sur le prix des vac­cins achetés par l’UE, plus élevé que le prix obtenu par la Bel­gique seule, comme l’avait souligné notam­ment Le Midi Libre.

Mais l’on n’avait pas tout vu ni surtout tout lu. La journée du 11 mars a été une journée mau­dite pour le lab­o­ra­toire AstraZeneca.

La pre­mière salve est venue d’un jour­nal alle­mand, Die Presse, qui nous infor­mait que le Dane­mark et la Norvège met­taient en pause la cam­pagne avec le vac­cin du lab­o­ra­toire AstraZeneca.

Puis le jour­nal espag­nol El País nous appre­nait que l’Islande se joignait à ces pays pour sus­pendre la cam­pagne de vac­ci­na­tion avec ce vaccin.

Le site d’information L’internaute essayait de réca­pit­uler les rai­son de la sus­pen­sion « par plusieurs pays de ce vac­cin ».

Une suspension qui fait tâche d’huile

François Asse­lin­eau, tou­jours en veille active sur le sujet, énumérait sur Twit­ter, les nom­breux pays qui ont sus­pendu le 11 mars la cam­pagne de vac­ci­na­tion avec le vac­cin AstraZeneca :  8, à 17 heures.

En y regar­dant de plus près, on apprend que par­mi les pays cités, le Lux­em­bourg a sus­pendu « un lot de 4 800 dos­es de vac­cin AstraZeneca (sur une com­mande de 16 000 dos­es) », selon L’essentiel Lux­em­bourg.

LCI nous informe dans la soirée que « l’Autriche, l’E­stonie, la Litu­anie, la Let­tonie ont opté pour la sus­pen­sion d’un seul lot de vac­cin ».

Tou­jours le 11 mars, le min­istre français de la san­té restait imper­turbable. Il a « bal­ayé l’hy­pothèse d’une sus­pen­sion de la vac­ci­na­tion par AstraZeneca » lors d’une con­férence de presse, selon Europe 1 dans un arti­cle mis en ligne à 19h04.

Lors du jour­nal de TF1 de 20 heures, le ton se veut ras­sur­ant. Les inci­dents seraient min­imes au regard du nom­bre de per­son­nes vac­cinées. Le jour­nal­iste ne fait aucune men­tion de la sus­pen­sion de lots d’autres pays que l’Islande le Dane­mark et la Norvège.

Dans ce débat de san­té publique, cha­cun essaye de s’informer pour se forg­er son opin­ion et faire son choix. L’impression qui ressort est qu’il y aurait chez cer­tains dirigeants poli­tiques ou représen­tants de pro­fes­sions presque un impératif moral à se faire vac­cin­er, quitte à l’imposer aux soignants et à créer un passe­port vac­ci­nal. Et d’un autre côté, des citoyens qui ne veu­lent pas être traités comme des cobayes et dont la méfi­ance sort ren­for­cée des cen­sures plus ou moins affichées sur le sujet. Un sacré pataquès dont les oukas­es et la cen­sure con­tribuent à brouiller encore davan­tage la com­préhen­sion des enjeux…

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