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Technikart, la queue de la comète bobos de gauche ?

Le numéro de novembre 2018 de Technikart propose une (jolie) femme blonde dénudée, arborant le drapeau français, sur les épaules, modèle des « Facho-bohèmes ». De quoi avoir été aperçu de loin dans les kiosques des gares. L’OJIM s’est demandé si l’intérieur du magazine présentait autant de joliesse que sa couverture.

Technikart est un vieux magazine qui autrefois avait l’air jeune et branché, un peu comme les Inrocks. Technikart a été fondé en 1991 comme magazine « socio culturel » se voulant observateur et analyste des modes de la société, avec un ton rebelle, décalé etc. Un magazine de gauche bourgeois bohème classique. Le journal a eu une vie agitée, se déployant sur divers supports, lançant des magazines associés, étant partie prenante de tel groupe avant de le quitter, tentant des percées en Amérique ou en Chine mais aussi subissant les foudres de lecteurs abonnés ne le recevant pas. Toujours presque mort et toujours vivant, Technikart a connu plusieurs retours, La Nouvelle République titrait ainsi en 2014 : « Après les cendres, la renaissance ». Le mensuel disait-on était fauché, menacé par des huissiers, ne versait pas ses salaires… Il est cependant reparti en avant sous la direction de Laurence Rémila, toujours au manettes. Ce dernier (Laurence est un homme) disait, lors de sa prise de fonction en 2014, toujours dans La Nouvelle République, vouloir lutter contre la tendance de la presse à ne pas traiter du fond tout en conservant un côté « à rebrousse-poil ». Quatre ans plus tard en novembre 2018, avec une femme dénudée légèrement vêtue du drapeau bleu blanc rouge et ce titre « Facho-bohèmes : faut-il avoir peur de l’ultra droite en basket », il est difficile d’être convaincus (en plus la jeune femme porte des converses).

Facho-Bohèmes ? Qui ? Quoi ?

De qui et de quoi parle donc Technikart, magazine qui se veut toujours « décalé » malgré son rachat en 2016 par le groupe Ateo Finance ? De son petit monde clos très parisien branché, ce même ADN qui avait déclenché une rapide polémique en 2012 quand le mensuel avait réalisé une « enquête » dans la Creuse, parlant de « ploucs », « consanguins », « viocs et bovins en surnombre ». Autant de mots qui écrits sur une banderole de supporters du Paris SG au sujet de gens du Nord sont tout de suite taxés d’ultra droite. En novembre, Technikart voit des « facho-bohèmes » partout. Charlotte d’Ornellas par exemple qui illustrerait « le côté sexy et bobo d’une droite plus dure que jamais ». Il y aurait gros danger car « la ligne entre la fachosphère et la bobosphère n’a jamais été aussi ténue… ».

Citer le début du reportage vaut son pesant de journalisme très parisien :

« Espèce de Fa-bo ! » « Fasciste-bohème toi-même ! » « Je ne suis pas pro-Marion, mais… ». La scène se déroule en terrasse, une fin de soirée un peu arrosée à Saint-Germain-des-Prés. Un groupe d’amis – le genre qui préfère oublier les heures les plus sombres de notre histoire récente (l’arrivée au pouvoir du président Macron) – délire sur l’actu du moment… « Mais où va le monde ?! Si on ne peut même plus louer un ventre de Philippine tranquillement… » D’autres blagues suivront, pas toujours du meilleur goût. Et très rapidement, je me rends à l’évidence. On a beau en parler en rigolant, être entre lecteurs de Libé et des Inrocks (le vote le plus extrémiste de l’assemblée ayant été pour Mélenchon en 2017 – et uniquement au premier tour, hein), la récente et délirante droitisation du pays semble avoir déteint sur chacun d’entre nous... suis-je condamné à voir le nombre de mes amis « facho-bohèmes » – un bobo en glissement progressif vers les idées d’extrême-droite – exploser ? Une anecdote, inimaginable il y a quelques années. Fin septembre, Michel Houellebecq se mariait en petit comité. Au dîner de noces qui suit la cérémonie, chez Lapérouse, une table est réservée aux amis journalistes. À sa grande surprise, Nelly Kaprièlian, la redoutée critique livres des Inrocks, se retrouve placée à côté de la jeune garde d’un autre mag, l’ultradroitier Valeurs actuelles (un hebdo moyennement fan de Christine and the queens). Se plaint-elle de la présence de ses ennemis idéologiques ? Déguerpit-elle sur le champ ? Du tout. Une fois les présentations faites, Nelly et son compagnon passeront le dîner à discuter, très courtoisement, avec leurs confrères Geoffroy Lejeune et Charlotte d’Ornellas. »

Ils sont donc partout ?

Ce qui inquiète Technikart ? Que la jeunesse bobo parisienne se mette à trouver des qualités sur tel ou tel sujet à Zemmour ou à Marion Maréchal. Pourquoi ? Le magazine ne s’interroge pas sur des causes qui pourraient être sociétales ou politiques, voire concrètes et ayant trait à la vie des gens, non, la raison est toute autre : s’ils ont de l’influence sur les jeunes de gauche, ceux qui seraient, d’après Technikart trop à droite, eh bien, c’est parce qu’ils passent trop dans les médias. « On les entend trop », en somme. Pas de doute, Technikart est quant à lui toujours un média de gauche : les idées d’autrui « n’ont jamais autant été médiatisées », entendu « trop ». Charlotte d’Ornellas, Obertone, Jacques de Guillebon, Zemmour mais aussi L’Incorrect sont trop présents. Le magazine, parlant de « domination culturelle » des « facho-bohèmes », interroge Bruno Jeudy, lequel se demande « si nous avons là l’avant-garde de l’arrivée au pouvoir d’une Le Pen ou pas ». Et pour Dominique Reynié, c’est « l’ultra droite des idées qui donnera le La à la prochaine présidentielle ». Tout cela viserait à préparer la prise de pouvoir future de Marion Maréchal, quelque chose comme une conquête des « élites parisiennes » par les idées, et avec l’aide, entre autres de la « passionaria », « l’égérie de la génération identitaire », Charlotte d’Ornellas et de l’ISSEP, l’Institut lyonnais de Marion Maréchal. Les « mini Maurras » seraient « en terrasse » et au service de Marion, « tout ça pour ça ? », des gens « vaguement pensant ».

Le magazine semble craindre ce qu’il appelle l’ultra droite (sans jamais expliquer ce que c’est) et une « alliance entre droite et extrême droite », sans jamais non plus définir ce dernier terme. Camarades encore un effort !

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