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Stéphane Séjourné, Macronien « canal historique » contre certains éditorialistes

11 août 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Stéphane Séjourné, Macronien « canal historique » contre certains éditorialistes

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Stéphane Séjourné, Macronien « canal historique » contre certains éditorialistes

11 août 2021

Red­if­fu­sion esti­vale. Pre­mière dif­fu­sion le 11 juin 2021

« Compter dans le temps de parole des politiques les éditorialistes les plus engagés ». L’idée peut paraître absurde mais elle a tout de même été avancée par un Député européen La République En Marche : Stéphane Séjourné. La mesure, qui a pour le moment peu de chances d’aboutir, vise naturellement les éditorialistes critiques vis-à-vis de la majorité macroniste.

Réformer les règles de l’audiovisuel français pour musel­er l’opposition ? Stéphane Séjourné, prési­dent de la délé­ga­tion française Renais­sance (groupe de La République En Marche au Par­lement européen) et proche du prési­dent, a jeté un pavé dans la mare et pro­pose ni plus ni moins le décompte de la parole des édi­to­ri­al­istes dont les idées poli­tiques sont assez claire­ment exprimées. Pour étay­er son pro­pos il a évidem­ment cité le cas d’Éric Zem­mour. Et pour cause : on imag­ine mal ce lieu­tenant du prési­dent citer le nom de l’éditorialiste Christophe Bar­bi­er qui affir­mait en 2019 partager les mêmes idées qu’Emmanuel Macron… ou bien Thomas Legrand sur France Inter, bobo libéral lib­er­taire assumé.

Une sortie qui ne doit rien au hasard

Si Stéphane Séjourné n’est pas un per­son­nage médi­a­tique de pre­mier plan, il n’en demeure pas moins influ­ent. Issu du pre­mier cer­cle macronien, éma­na­tion de la jeune garde rap­prochée de Dominique Strauss-Khan, dans sa forme plutôt gauchère, il est passé par l’UNEF et le PS. À ce pro­pos, la jour­nal­iste du Figaro Eugénie Bastié reprend à son compte la for­mule de l’essayiste québé­cois Matthieu Bock-Côté pour qui « La gauche a telle­ment l’habitude de domin­er que lorsqu’elle est con­testée, elle se croit assiégée. ».

Ancien con­seiller poli­tique du prési­dent, Stéphane Séjourné a quit­té le PS en 2016 (la même année que son com­pagnon de Pacs Gabriel Attal) pour par­ticiper à l’épopée élec­torale d’Emmanuel Macron. Con­seiller du prési­dent jusqu’en 2018, il a repris offi­cielle­ment cette fonc­tion fin 2020 et dis­pose d’un bureau à l’Élysée. Loin d’être un élec­tron libre, le per­son­nage sait ce qu’il dit et est en con­tact per­ma­nent avec le prési­dent. Rap­pelons qu’il n’est pas revenu sur cette propo­si­tion après le — petit- tol­lé qu’elle a provoqué.

Un ballon d’essai ?

La crise san­i­taire nous a appris à vivre avec la com­mu­ni­ca­tion macro­niste et ses fameux bal­lons d’essais. La méth­ode : annon­cer une mesure, générale­ment impop­u­laire (con­fine­ment, fer­me­ture des crèch­es), tester la réac­tion de l’opinion et avancer ou reculer selon cette réac­tion. À plus long terme, la méth­ode per­met de banalis­er une mesure d’apparence con­tra­dic­toire avec le sens com­mun ou la cul­ture d’une pop­u­la­tion. La même banal­i­sa­tion a pu être observée récem­ment avec la recon­nais­sance faciale dans les trans­ports qu’on croy­ait pour­tant réservée à la Chine com­mu­niste mais qui a gag­né cer­tains élus pas franche­ment com­mu­nistes

En pro­posant cette mesure extrême de décompter le temps de parole d’un édi­to­ri­al­iste, Stéphane Séjourné fait pro­gress­er une vision restric­tive de la lib­erté d’expression. Cette banal­i­sa­tion des com­porte­ments de cen­sure, en pro­posant le pire, ouvre la voie au moins pire, une logique éculée et efficace.

Une proposition qui ne passera pas maintenant

Dans l’immédiat, la sug­ges­tion du con­seiller d’Emmanuel Macron n’a que peu de chances d’aboutir. Le prési­dent du CSA Roch-Olivi­er Maistre l’a d’ailleurs assez claire­ment expliqué. Dans les rangs de la majorité, un autre « his­torique » du clan Macron a dit ses réti­cences, en la per­son­ne de Stanis­las Guéri­ni, délégué général de LREM, pour qui une telle mesure irait à l’encontre de la loi de 1986 sur l’audiovisuel.

La mise en œuvre serait par ailleurs déli­cate car il s’agirait de rat­tach­er les chroniqueurs.

En sep­tem­bre 2020, la jour­nal­iste médias de France Inter Sonia Dev­illers avait alerté le CSA à ce sujet, évo­quant des édi­to­ri­al­istes à la « parole éminem­ment polémique » comme Michel Onfray, Zineb El Rhaza­oui, Rokhaya Dial­lo et Gabrielle Cluzel. La peur de cette jour­nal­iste libérale lib­er­taire du ser­vice pub­lic étant, comme elle l’affirme elle-même, la « droiti­sa­tion des plateaux ». L’immense majorité de la pro­fes­sion jour­nal­is­tique pen­chant à gauche, cette droiti­sa­tion est (même à con­sid­ér­er le phénomène CNews) à rel­a­tivis­er, et la mesure pour­rait faire boomerang.

La mise en appli­ca­tion d’une compt­abil­i­sa­tion du temps de parole paraît aus­si très aléa­toire tant les nuances poli­tiques sont nom­breuses (ain­si Éric Zem­mour pour­rait économique­ment paraître très libéral en com­para­i­son à Marine Le Pen et se trou­ver plus proche de cer­tains cadres des Républicains).

Un autre prob­lème est soulevé par le jour­nal Mar­i­anne sous la plume du jour­nal­iste Hadrien Math­oux qui rap­pelle que « chaque jour­nal, radio ou chaîne de télévi­sion choisit sa ligne édi­to­ri­ale, ses jour­nal­istes et ses invités, que ceux-ci plaisent au pou­voir ou non ». Nat­acha Polony a aus­si rap­pelé qu’en appli­quant une telle compt­abil­ité, Emmanuel Macron n’aurait pas pu pren­dre la parole en 2017…

Un débat légitime sur l’éditorialisation de l’information

Si le curseur est, volon­taire­ment, poussé très loin par une jour­nal­iste de gauche comme Sonia Dev­illers et par le député européen Stéphane Séjourné, le débat sur la place des édi­to­ri­al­istes peut néan­moins être posé.

Depuis quelques années, les édi­to­ri­al­istes rem­pla­cent les poli­tiques sur les plateaux : le phénomène Zem­mour en est une illus­tra­tion fla­grante. Plus vendeur qu’une per­son­nal­ité poli­tique qui se doit d’être dans la retenue et ne peut pas « chercher le buzz » en per­ma­nence, l’éditorialiste ou le chroniqueur assure le spec­ta­cle en défen­dant un point de vue sou­vent plus dur que ce que ferait un respon­s­able poli­tique. Cette démarche par­ticipe plus générale­ment du phénomène de la poli­tique spec­ta­cle qui appau­vrit le débat et mène les min­istres sur les plateaux de Cyril Hanouna, main­tenant pro­posé par Mar­lène Schi­ap­pa pour arbi­tr­er le futur débat de sec­ond tour de l’élection de 2022.

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